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Fierté mal placée ou égo démesuré ? On l’ignore mais dans les deux cas, il semble évident que Madagascar est actuellement dépassée dans la gestion de la pandémie de coronavirus qui ne va qu’en s’aggravant dans le pays. Et ce, malgré les démentis incessants de certains membres du gouvernement et de la confiance stable que veut montrer le président malgache, Andry Rajoelina. Toutefois, si certains responsables se leurrent ou veulent leurrer les autres sur la situation sanitaire du pays, il y en a un qui, par conscience ou seulement par professionnalisme, a voulu prendre le taureau par les cornes, en demandant l’aide de la communauté internationale, comme le ministre de la Santé Ahmad Ahmad. Un geste patriotique qui lui coûtera peut-être son poste…

Un ministre de la Santé inquiet

Comme nous le rapporte Le Monde, le lundi 20 juillet, le ministre de la Santé malgache a adressé une lettre aux partenaires techniques et financiers du pays demandant leur aide de toute urgence pour fournir au pays des équipements de santé supplémentaires. Selon lui, « les hôpitaux sont débordés par l’afflux de formes sévères de la maladie, dont certains décèdent malheureusement faute d’accès aux soins ». Il déclare que cela nécessite ainsi une « réorientation stratégique en renforçant la lutte sur la base des données épidémiologiques d’autres régions ».

Pour cela, le ministre demande la fourniture urgente de « 35.350 kits de prélèvement pour le diagnostic par PCR ou GeneXpert, 1.201 concentrateurs d’oxygène 12 litres, 968.000 masques type FFP2 et 328.644 boîtes de comprimés de 200mg d’hydroxychloroquine », cite Le Monde. Mais si Ahmad Ahmad a demandé humblement l’aide de la communauté internationale pour gérer une crise qui dépasse les compétences du gouvernement, ce dernier a vite fait d’exclure le ministre de la Santé de cette initiative personnelle qu’il a prise.

Quand la ministre de la Communication désavoue de plein fouet l’initiative de son confrère

Lalatiana Andriatongarivo, à la fois porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication et de la Culture, n’y est pas allée de main morte pour faire un démenti sur la lettre envoyée par le ministre de la Santé en déclarant haut et fort dans un communiqué que cette initiative a été « prise sans concertation » et pis encore, que « le contenu de la lettre reflète l’état de débordement dans lequel se trouve le ministre de la Santé publique ».

Allant plus loin, la ministre assure que l’État a déjà entrepris plusieurs actions pour empêcher la propagation de la maladie dans la Grande Île. Une plaidoirie et un effort pour faire passer le ministre de la Santé pour un fou qui, pourtant, ne convainc pas grand monde. Et pour cause puisque, pas plus tard que le mercredi 22 juillet dernier, Madagascar comptait « plus de 7.458 cas de contamination et une soixantaine de décès » et les chiffres ne cessent de croître au fil des jours comme le témoigne André Spiegel, le directeur de l’Institut Pasteur à Madagascar qui confie au Monde qu’« on a une épidémie en phase ascendante, toujours à Antananarivo et qui se répand dans les autres régions. Le taux de positivité des tests est supérieur à 45 % actuellement sur l’ensemble des résultats rendus. »

Quid de la tisane Covid-Organics ?

Mais si certains se demandent comment Madagascar a pu en arriver là, il faudrait remonter quelques mois et semaines auparavant pour comprendre la situation. Le 11 mai, le dirigeant du pays, Andry Rajoelina, s’est en effet targué sur RFI et France 24 de maitriser la pandémie dans le pays, allant même jusqu’à affirmer qu’il existe une tisane à base d’Artemisia, dénommée Covid-Organics, qui permet de lutter et de soigner la pandémie.

Très confiant, le président de la République est même allé jusqu’à se montrer critique envers l’OMS et à sous-estimer les avertissements de l’organisme de santé. Mais si l’heure est grave et n’est pas à la critique, la représentante de l’OMS et des Nations unies à Madagascar, Charlotte Faty Ndiaye, a déclaré que « la situation épidémiologique implique une mobilisation de tous les acteurs santé autour d’une réponse coordonnée du gouvernement ». Mais c’est justement là le hic puisque le gouvernement semble lui-même désordonné en interne avec un penchant dangereux pour dédramatiser la situation…

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