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Comment les menstruations ont été utilisées pour manipuler et blâmer les femmes à travers l’histoire

Depuis l’Antiquité, les menstruations ont toujours été considérées comme quelque chose de négatif. Maladie, sorcellerie, impureté… Les femmes réglées étaient vues comme des êtres malsains. C’est à la découverte du cycle menstruel et de l’ovulation au XIXe siècle que les mentalités ont peu à peu évolué.

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Hippocrate

Puisqu’il n’existait pas de réelle explication sur les menstruations jusqu’à récemment, les superstitions à leur sujet étaient, et restent encore dans certaines parties du monde, négatives. Depuis l’Antiquité au moins, la femme réglée est considérée comme malade. La médecine, qui s’appuyait fortement sur la religion, corroborait ces croyances. Par exemple, Hippocrate estimait que le sang menstruel était impur, et que les règles permettaient à la femme d’évacuer de son organisme ses déchets, ses humeurs, ses impuretés.

Aussi, on prêtait au flux menstruel des pouvoirs maléfiques. Une femme réglée pouvait, si elle s’approchait d’une ruche, faire mourir tout un essaim d’abeilles. Elle pouvait également faire pourrir la viande et même anéantir la fécondité des plantes. Pour d’autres, les menstruations étaient une punition infligée aux femmes pour leur perversion. En réalité, la gent féminine était cloîtrée, pendant des siècles, à son rôle de mère. Dès le début de leur puberté, les jeunes filles étaient mariées et enchaînaient les grossesses. Celles qui avaient leurs règles étaient donc des parias.

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Représentation d’un traitement contre l’hystérie féminine

LA FEMME RÉGLÉE ÉTAIT CONSIDÉRÉE COMME UN ÉCHEC, UNE HYSTÉRIQUE SOUFFRANT DE PSYCHOSES

Depuis la nuit des temps, mythes et légendes tentent d’expliquer le flux menstruel, toutes ces croyances les rejoignent. On estimait ainsi que la femme indisposée était un échec, elle n’avait en effet pas su retenir le sperme de son mari, son ventre était “un véritable cimetière”, témoigne Thérèse, née en 1927, dans Rue89. Lorsqu’elle avait ses règles, la femme était également sujette à des psychoses dévastatrices, kleptomane ou encore pyromane. Pendant longtemps, l’hystérie féminine était considérée comme une pathologie valable. 

Mal vue, la femme réglée devait quand même se protéger. Dans la Grèce antique, les femmes utilisaient déjà des compresses enroulées autour d’un bout de bois qu’elles insèrent dans leur vagin. Cette pratique a, par la suite, été condamnée par l’Église catholique qui la considérait comme un péché. C’est pourquoi au Moyen Âge, les femmes ne portaient aucune protection, leurs jupons s’en chargeaient, comme l’explique Le Journal des Femmes.   

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Le flux menstruel a toujours été expliqué de façon irrationnelle via Shutterstock

C’est au XIXe siècle, lorsque l’on commence à comprendre l’ovulation, et donc le fonctionnement du cycle menstruel, que les premières protections efficaces ont fait leur apparition. Certaines femmes ont troqué leur linge pour une ceinture en caoutchouc munie d’une serviette en éponge, ancêtre de la serviette hygiénique. Cette méthode de protection a évolué et sera encore utilisée jusqu’au début du XXe siècle.

LES FEMMES DOIVENT ATTENDRE 1963 POUR QUE LES PREMIÈRES SERVIETTES HYGIÉNIQUES SOIENT COMMERCIALISÉES EN FRANCE

C’est durant ce siècle que le mouvement féministe, réclamant le droit de vote et une plus grande autonomie pour les femmes, se développe. C’est aussi la période où l’on comprend enfin le cycle menstruel dans son intégralité. En 1920, la serviette hygiénique lavable fait son apparition. Le tampon, lui, est inventé en 1937, mais il est très différent de celui d’aujourd’hui. Il faut toutefois attendre 1963 pour que les premières serviettes hygiéniques jetables soient commercialisées en France.

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Les tampons et les serviettes hygiéniques ont fait leur apparition au cours du XXe siècle via Shutterstock

Malgré les immenses progrès du XXe siècle et une réelle compréhension des menstruations, elles restent aujourd’hui taboues. Phénomène totalement naturel présent chez de nombreuses espèces animales, il fait toujours l’objet de sarcasme et de moqueries. Au cours de l’histoire, et jusqu’à récemment, toutes les croyances divulguées au sujet des règles ont en fait permis d’asservir la femme, et de la “cantonner à son rôle de femme au foyer”. Si ce sujet vous intéresse, vous pouvez également découvrir ces 47 femmes lauréates du prix Nobel.

Par Mathilde Rochefort, le

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