Lumière sur la vie tragique de Mary Shelley, l’écrivaine de génie qui a donné vie à Frankenstein

Lumière sur la vie tragique de Mary Shelley, l’écrivaine de génie qui a donné vie à Frankenstein

En avance sur son temps à bien des égards, Mary Shelley a su marquer l’histoire de la littérature avec Frankenstein ou le Prométhée moderne. Son oeuvre est loin de se limiter à l’écriture du roman gothique le plus connu de son temps, mais redonne de l’élan au genre de la science-fiction avec des récits métaphoriques qui font la critique des idéaux romantiques avec lesquels elle a grandi. Lumière sur la vie d’une auteure incontournable de la littérature anglaise.

Fille d’une philosophe féministe et d’un journaliste politique, Mary Wollstonecraft Godwin nait le 30 août 1797 à Londres. Les enfants du couple grandissent cependant éloignés de leur mère lorsque le père se remarie en 1801. Mary grandit avec une belle-mère qu’elle déteste, cette dernière mettant volontairement les enfants du précédent mariage de son mari de côté. Malgré les difficultés financières de son père, ce dernier prend le temps pour éduquer ses enfants dans un large éventail de sujets et leur fait connaître des intellectuels de l’époque. Mary grandit en une adolescente curieuse de tout, très active, fine d’esprit et surtout dotée d’une persévérance à toute épreuve.

À dix-sept ans, elle tombe éperdument amoureuse de Percy Bysshe Shelley, poète épique et romantique aux idées politiques radicales. L’année suivante, Mary accouche prématurément d’une petite fille qui meurt peu de temps après. En pleine dépression, elle est hantée par des visions du bébé revenant d’entre les morts et parvient à se sortir de sa situation en faisant un autre enfant avec Percy. Accompagné de leur fils William, le couple voyage jusqu’à Genève pour passer l’été avec le poète Lord Byron. D’autres intellectuels les rejoignent et tous passent leur temps à écrire, discuter et partir en bateau sur le lac.

« ET SI UN CADAVRE POUVAIT ÊTRE RANIMÉ ? »

Un été que Mary désigne de pluvieux, les confinant à la villa la majorité du temps. Les soirs, au coin du feu, le groupe se raconte des histoires de fantômes et des récits folkloriques européens. Lord Byron propose que chacun d’eux écrive une histoire de fantôme dans les jours à venir pour amuser les autres convives. Tous les matins lorsque les autres lui demandent si elle a réussi à écrire quelque chose, elle est forcée de répondre non. Lors d’une soirée suivante alors que les autres discutaient du concept même de la vie, Mary eut l’idée qui allait non seulement changer sa vie, mais aussi la littérature : « Et si un cadavre pouvait être réanimé ? »

La première illustration de Frankenstein

Mary devient passionnée par son histoire, y pensant jour et nuit et suite aux encouragements de Percy, elle transforme ce qui devait être une simple nouvelle en un roman qu’elle publie en 1818 sous le nom de Frankenstein ou le Prométhée moderne. Le concept de base esquisse des thématiques de la science-fiction qu’elle se plaira à revisiter plus tard. Elle se faisait déjà appeler mademoiselle Shelley et selon elle, cet été fut la transition entre son enfance et la vie adulte. Le couple accueille un second enfant dans leur vie, Clara, et poursuit une existence gravitant autour de l’écriture, des voyages et des lectures. Lors d’un voyage en Italie, Clara meurt une fois le couple à Venise et quelques mois plus tard, William meurt également de la malaria à Rome.

ELLE NE TROUVE DU CONFORT QUE DANS LA LITTÉRATURE ET L’ÉCRITURE

Mary Shelley retrouve la dépression de la mort de son premier enfant et ne trouve du confort que dans la littérature et l’écriture. Comme la première fois, elle regagne foi en la vie avec la naissance de son quatrième enfant, Percy Florence en novembre 1819. Elle écrit Mathilda, où la narratrice raconte depuis son lit de mort l’histoire de son père, de son amour incestueux et du suicide de ce dernier. Le couple fréquente le même cercle d’amis pendant de nombreux mois et le couple ne croyant pas à la monogamie du mariage, s’autorise à fréquenter certains d’entre eux, résultant en quelques passions et beaucoup de conflits.

Mary fait de nouveau une fausse couche en 1822 et perd tellement de sang qu’elle est aux portes de la mort lorsque Percy intervient pour lui faire prendre un bain d’eau glacée, lui sauvant la vie de justesse. Cependant Percy s’occupe peu d’elle et passe le plus clair de son temps avec l’une de leurs amies, Jane Williams. Edward Williams, le compagnon de cette dernière et Percy s’en vont suite à l’achat d’un bateau dont rêvaient les deux hommes. Ils partent le long de la côte ouest de l’Italie, mais plusieurs jours après le départ, Mary reçoit une lettre écrite par Leigh Hunt (écrivain et poète du même cercle d’amis), demandant des nouvelles de Percy en expliquant qu’ils n’étaient jamais arrivés à destination.

Plusieurs jours après cela, les cadavres des deux hommes sont retrouvés sur une plage proche de Viareggio et leurs corps incinérés au plus vite par Lord Byron et Leigh Hunt venus sur place. Ne pouvant s’abandonner à la dépression, elle puise dans ses forces pour continuer à écrire et ainsi subvenir à ses besoins et ceux de son fils Percy. Elle écrit Le Dernier Homme qui dépeint une humanité perdue sur le chemin du progrès en 2073. Suite à une terrible guerre dans les décennies à venir, une peste éradique peu à peu l’espèce humaine jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un homme, accompagné de son chien. Un roman entre science-fiction, critique sociale et désespoir apocalyptique.

LE DERNIER HOMME EST UN ROMAN ENTRE SCIENCE-FICTION, CRITIQUE SOCIALE ET DÉSESPOIR

Déjà à l’époque, Mary est surtout connue comme l’auteur de Frankenstein

Elle est ensuite connue pour l’écriture de Lodore en 1835 et Falkner deux ans plus tard, des romans mettant en scène des héroïnes en proie à des figures masculines tyranniques et trouvant leur chemin dans un monde qu’elles voudraient voir changer. Les années suivantes lui permettent aussi de compléter ses finances en faisant redécouvrir la poésie de son mari et veille à l’éducation de son dernier fils. Une fois ce dernier dans sa vie adulte, il voyage avec elle en Allemagne et en Italie dans les années 1840 alors que Mary tombe de plus en plus souvent malade. Des migraines terribles et des paralysies passagères l’empêchent de lire et d’écrire et elle meurt d’une tumeur au cerveau le 1er février 1851.

SES ÉCRITS ONT MARQUÉ LA LITTÉRATURE À JAMAIS

Ce n’est qu’un an plus tard, le jour de l’anniversaire de la mort de sa mère que Percy Florence ouvrit le bureau de sa mère et trouva des mèches de cheveux de ses frères et soeurs qu’il ne connaîtra jamais, un carnet partagé avec son père Percy Bysshe et une copie de son poème Adonaïs dont l’une des pages était attachée à un morceau de soie contenant une portion des ses cendres ainsi qu’un morceau de son coeur. De Mary Shelley, il nous reste des histoires de ses voyages au sein d’un cercle littéraire légendaire, ses écrits ayant marqué la littérature à jamais et transformé le genre de la science-fiction et bien sûr l’histoire de sa vie. Une vie tragique qui reste le témoin le plus frappant de la persévérance de Mary Shelley.

Son oeuvre est devenue incontournable dans la littérature et a su influencer les différents courants artistiques des deux siècles suivants. Des romans thérapeutiques pour son auteur et fascinants pour ses lecteurs qui découvraient l’un des esprits les plus brillants du courant romantique. C’est avant tout grâce à sa vie passionnante que ses personnages ont pu prendre vie dans l’imagination de millions de lecteurs. Quel est selon vous le meilleur roman de Mary Shelley ?

Un homme n’est vieux que quand les regrets ont pris chez lui la place des rêves.

— John Barrymore