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Des chercheurs américains ont récemment déterminé que les femmes présentant des taux de manganèse plus faibles en début de grossesse étaient plus susceptibles de développer une pré-éclampsie. Ce qui suggère qu’un apport en manganèse avant et pendant la grossesse pourrait potentiellement permettre de réduire ce risque.

Une maladie aux complications potentiellement mortelles

Survenant généralement après la 20e semaine de grossesse et touchant chaque année plus de 40 000 femmes, la pré-éclampsie constitue également la seconde cause de décès maternels en France. Cette maladie se caractérise par une pression artérielle élevée et des dommages aux organes associés, notamment les reins. Si celle-ci n’est pas traitée, elle peut entraîner de graves complications, notamment un AVC pour la mère et/ou une naissance prématurée. Bien que les facteurs de risque comprennent obésité, diabète et antécédents familiaux de la maladie, ses causes biologiques profondes restent inconnues.

Récemment publiée dans la revue Epidemiology, cette étude serait la première à établir un lien entre la pré-éclampsie et des taux de manganèse plus faibles en début de grossesse, bien avant l’apparition de la maladie. En effet, si des recherches épidémiologiques avaient précédemment montré que les femmes souffrant de pré-éclampsie avaient tendance à présenter des taux de manganèse plus faibles que celles n’en souffrant pas, celles-ci n’avaient pas permis d’établir si la variation des niveaux de manganèse précédait le développement de la pré-éclampsie.

« Si nos résultats sont confirmés par d’autres cohortes prénatales potentielles, alors cette association entre de faibles niveaux de manganèse et la pré-éclampsie devrait être examinée expérimentalement, d’abord chez la souris, puis chez l’Homme », estime le professeur Noel Mueller, auteur principal de l’étude. « Ces nouvelles découvertes s’avèrent particulièrement pertinentes, étant donné que les taux de pré-éclampsie augmentent et que nous n’avons toujours pas de stratégie efficace pour la prévenir », souligne de son côté Tiange Liu, co-auteur de l’étude.

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De hauts niveaux de manganèse associés à un risque de pré-éclampsie jusqu’à deux fois plus faible

Précédemment, l’équipe de recherche avait découvert, dans une étude datant de 2019, qu’au sein d’un échantillon de plus de 1 000 femmes de Boston, les taux de manganèse dans les globules rouges, mesurés peu après l’accouchement, avaient tendance à être plus faibles chez les sujets ayant eu une pré-éclampsie. Pour cette nouvelle analyse, les scientifiques américains ont examiné les données du « Projet Viva », mené de 1999 à 2002 dans le Massachusetts et détaillant les cas de pré-éclampsie ainsi que les niveaux de manganèse dans le sang prélevé au cours du premier trimestre de grossesse.

Les scientifiques ont supposé que si la pré-éclampsie avait tendance à être précédée par de faibles niveaux de manganèse des mois plus tôt pour cet échantillon, comprenant 1 312 femmes dont 48 (3,7 %) avaient développé une pré-éclampsie, cela constituerait une indication encore plus forte que ces derniers représenteraient un facteur causal de la maladie. Et il s’est avéré que des taux de manganèse plus élevés au cours du premier trimestre étaient associés à un risque plus faible de pré-éclampsie plus tard durant la grossesse, en fonction de la concentration, ce qui suggère qu’une augmentation progressive du manganèse entraînerait une diminution progressive du risque.

Les chercheurs ont divisé les femmes en trois groupes de taille égale en fonction de leurs niveaux de manganèse – faible, moyen et élevé – et ont constaté que celles du groupe affichant les concentrations les plus élevées présentaient un risque de pré-éclampsie deux fois plus faible par rapport à celles chez qui les niveaux les plus faibles avaient été relevés.

Explorer les mécanismes cellulaires pour mieux comprendre le rôle du manganèse

L’étude étant basée sur l’observation, elle n’a pas permis d’établir de relation causale entre des niveaux de manganèse plus élevés et un risque de pré-éclampsie plus faible, mais ces résultats suggèrent que de futurs travaux impliquant notamment le suivi de femmes adoptant un régime à forte teneur en manganèse (moules, riz brun, patates douces, pignons, épinards…) pourraient permettre de définir une relation de cause à effet claire.

Le manganèse joue de multiples rôles biologiques dans les cellules humaines, notamment dans les complexes enzymatiques qui aident à protéger les cellules contre les molécules nocives contenant de l’oxygène. Mais on ne sait pas encore très bien comment il pourrait prévenir la pré-éclampsie. Selon les chercheurs, l’étude des mécanismes cellulaires pendant la grossesse aiderait à comprendre comment les différences de niveaux de manganèse pourraient expliquer les changements dans le risque de pré-éclampsie.

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