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Le cerveau peut fuir la réalité sur commande : la science valide ce pouvoir mental que les jeunes nomment « shifting »

Et si notre esprit avait le pouvoir de changer de dimension comme on zappe de chaîne ? Le « shifting », phénomène viral sur TikTok, intrigue autant qu’il fascine. Derrière cette pratique, des chercheurs détectent de vrais mécanismes cognitifs. Et si ce n’était pas qu’un jeu de l’imagination ?

Adolescente allongée sur son lit, portant un casque audio, écrivant dans un carnet dans une chambre tamisée, illustrant une pratique de projection mentale.
Une scène du quotidien qui illustre le shifting : écriture, concentration et immersion mentale dans un univers imaginaire choisi – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Une pratique mentale codifiée qui permet de se projeter dans un monde imaginaire

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le shifting ne relève pas du simple fantasme. En effet, les pratiquants — majoritairement des adolescents — suivent des protocoles rigoureux : écriture de scripts, respirations guidées, répétition de phrases-clés. Leur but est de transférer leur conscience dans un univers alternatif choisi, souvent inspiré de fictions populaires.

Ainsi, cette projection mentale produit des sensations physiques étranges : picotements, flottement, perte de repères temporels. Dès lors, certains signes laissent penser que le cerveau entre dans un état modifié de conscience, comparable à l’hypnose ou à la méditation profonde. Ce n’est pas un jeu anodin, mais une véritable expérience cognitive, structurée et perçue comme telle par ses adeptes.

Le cerveau mobilise des réseaux cognitifs complexes pour rendre l’expérience réaliste

Les neuroscientifiques s’intéressent de près au shifting. Par exemple, une étude menée par Yale en 2022 montre que l’imagination immersive active certaines zones du cortex préfrontal. Ces zones sont impliquées dans la planification, la mémoire autobiographique et la simulation mentale.

En parallèle, une autre région entre en jeu : le réseau du mode par défaut. Il est associé à la rêverie et à la création de scénarios internes. Par conséquent, le cerveau simule une réalité si cohérente que l’esprit peut s’y croire vraiment. Ce mécanisme repose sur une architecture cognitive avancée que la science commence à cartographier.

Ce processus, dénué de tout aspect magique, souligne la puissance de la cognition humaine. Il permet de générer des univers mentaux riches, sensoriellement convaincants, parfois même plus confortables que la réalité tangible. C’est une capacité d’imagination si développée qu’elle peut brouiller les frontières entre rêve, mémoire et perception.

Une stratégie de coping mentale pour une génération en quête de réconfort psychique

Dans un monde où l’anxiété climatique, l’isolement et l’incertitude dominent, le shifting apparaît comme une soupape psychologique. En ce sens, il offre un refuge malléable et intime que chacun peut façonner selon ses besoins, ses envies, ou ses blessures.

Plutôt que de se replier sur des comportements destructeurs, certains jeunes explorent un espace intérieur qu’ils apprennent à maîtriser. Cette démarche constitue une forme d’échappatoire mentale assumée, régulièrement ritualisée. De plus, elle fonctionne comme un outil de gestion émotionnelle créatif, parfois libérateur.

Certes, les psychiatres restent prudents. Ils rappellent les risques d’une rupture prolongée avec le réel. Toutefois, beaucoup reconnaissent au shifting une forme d’intelligence adaptative, en réponse à un environnement éprouvant et à une société déroutante.

Vers un usage encadré du shifting dans les domaines de la santé mentale et de l’apprentissage

Certaines cliniques commencent à explorer les applications thérapeutiques du shifting. Associé à l’hypnose ou à la réalité virtuelle, il pourrait aider à traiter des traumas, réguler le stress ou améliorer la concentration. Ainsi, ces usages émergents répondent à une demande croissante pour des méthodes alternatives, plus intuitives et moins médicamenteuses.

Par ailleurs, les enseignants s’intéressent aussi à son potentiel pédagogique. En effet, imaginer une leçon comme une expérience immersive pourrait stimuler l’engagement, la créativité et la mémorisation. Cela s’avère utile, surtout pour les élèves les plus déconnectés. Le shifting, compris et encadré, pourrait donc devenir une compétence cognitive à cultiver, bien au-delà du buzz TikTok.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

Source: Science & Vie

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