La neurodiversité, concept de la psychologue australienne Judy Singer, est encore méconnue sur le Vieux Continent. Nous avons rencontré Juliette Speranza, une artiste et enseignante convaincue que le XXIe siècle sera celui de la neurodiversité.

L’ESPOIR, TOUJOURS L’ESPOIR

Speranza, en italien, ça veut dire « espoir ». Et l’espoir, Juliette n’en manque pas : « Je rêve d’un monde dans lequel on ne hiérarchiserait plus les intelligences, dans lequel les minorités cognitives seront respectées. » Les minorités cognitives, ce sont tous ceux qui pensent « différemment » : les autistes, les dys, les personnes porteuses de troubles de l’attention, les hauts potentiels…

Sur les bancs de l’école, c’était déjà une atypique qui s’ignorait : réactions inappropriées, relations aux profs très conflictuelles, décalage constant avec les jeunes de son âge, Léo Ferré et d’autres chanteurs oubliés dans les écouteurs, des centres d’intérêt peu communs et surtout une sensibilité exacerbée…

Les cases, les étiquettes, très peu pour elle. Juliette est une touche-à-tout : écrivain, prof, doctorante en philosophie, auteur de théâtre… Son parcours est pourtant cohérent : elle garde toujours en ligne de mire l’engagement, le don de soi, la critique, un regard aiguisé sur le monde. Ses textes de théâtre (Les hommes ne veulent plus mourir, Elektra la Rienne…) bousculent le lecteur et soulèvent des questions sociétales comme l’acceptation de l’autre, la tolérance, la féminité.

UN PROJET NÉ D’UN CONSTAT DOULOUREUX

Son envie de transmettre et sa foi en l’humain la poussent à préparer le concours de professeur des écoles. Mais une fois sur les bancs de l’ESPE, elle déchante rapidement : « Dès les premiers jours, ça s’est passé au plus mal avec la hiérarchie. Je me rappellerai toujours de ma première visite, après huit jours de classe. Une des maîtres-formateurs s’est scandalisée que mes élèves de moyenne section fassent la sieste, l’autre que mes documents ne soient pas « aux normes ». Ce n’était que le début. »

Juliette est surprise par l’agressivité que sa pédagogie et son comportement singuliers suscite au sein de l’Education nationale : « On m’a rapidement reproché de ne pas être dans le moule, de ne pas respecter la hiérarchie et les codes de l’institution, alors qu’au départ je faisais de mon mieux pour m’adapter. » Elle est aussi choquée par le traitement réservé à ses élèves autistes, surdoués ou ayant des troubles de l’attention.

Il faut dire qu’elle vit parallèlement la révélation de l’existence de profils atypiques au sein de sa famille. « J’ai eu, plus qu’envie, besoin de comprendre les fonctionnements atypiques. Alors j’ai ouvert un livre, puis deux, puis je me suis passionnée pour le sujet. » Elle passe un test à son tour qui révèle son fonctionnement bien singulier. « J’ai réalisé que je n’étais pas la débile profonde que je croyais être, mais que j’avais un fonctionnement bien à moi qui avait autant de valeur qu’un autre. »

Juliette se jette alors dans le monde des hauts potentiels et découvre un nouvel univers qu’elle élargit à d’autres personnalités qui ont des parcours ou des façons d’être au monde « bizarres ». Elle recoupe les rencontres de personnes inspirantes, ses lectures, dans un travail de recherche et se décide à tenter de faire bouger les lignes, dans la société et dans les pouvoirs publics.

LA NEURODIVERSITÉ-FRANCE EST NÉE

Comme le logo de la Neurodiversité-France, Juliette est sortie de sa chrysalide et est devenue un papillon, résolument déterminée à faire briller toutes les couleurs de la neurodiversité. Elle se lie à Mélanie Ouimet, créatrice du mouvement La Neurodiversité au Quebec, et embarque d’autres atypiques comme l’écrivain autiste Hugo Horiot, l’orthophoniste musicienne Béatrice Sauvageot, dans l’aventure. Ensemble, ils créent l’association La Neurodiversité-France, qui rassemble familles et professionnels de tous horizons autour de la neurodiversité et d’un seul but : valoriser la diversité des intelligences.

SON COMBAT POUR LA NEURODIVERSITÉ NE S’ARRÊTE PAS LÀ

Elle s’investit dans de nombreux projets de recherche ou artistiques, pour sensibiliser le public à la la neurodiversité. Des projets de spectacles verront bientôt le jour et surtout, la première fête de la Neurodiversité verra le jour le 5 octobre à Lyon. Au programme, des lectures, débats et conférences avec des spécialistes et des acteurs de terrain, qui ont la particularité d’être « neuro-atypiques », ou concernés de très près par les problèmes que rencontrent au quotidien les personnes différentes.

Ensemble, ils souhaitent amorcer une véritable révolution, qui sonnera la fin de la souffrance des atypiques à l’école, au travail, mais aussi dans leur vie privée. Vous pouvez suivre et soutenir Juliette sur les réseaux sociaux et sur la page La Neurodiversité-France.

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Françoise Martinez
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Françoise Martinez

Très intéressant !! joli combat