Cultivée, douée pour les arts et polyglotte, Julia Pastrana fut présentée au public comme « la femme singe » ou « la femme la plus laide du monde » à l’occasion d’exhibitions dégradantes connues en Amérique sous le nom de « freak shows ». Retour sur le destin tragique de cette femme atteinte d’une maladie génétique rare.
Lorsque la mère de Julia Pastrana découvre l’enfant hirsute qu’elle vient de mettre au monde, elle est persuadée d’avoir été frappée par une terrible malédiction et décide de vivre recluse dans une grotte aux côtés de sa fille. Deux ans plus tard, des bergers mexicains les découvrent et choisissent de les conduire dans la ville la plus proche. Malgré son apparence inhabituelle, les locaux ne tardent pas à se prendre d’affection pour la douce Julia, et le gouverneur local décide de la recueillir et de l’élever.
À l’âge de vingt ans, Julia Pastrana décide de quitter sa propriété et de retourner dans les montagnes de l’ouest du Mexique. Ce qui ne se produira jamais. En chemin, elle rencontre un promoteur peu scrupuleux nommé Theodore Lent, qui va changer à jamais son destin.
Lent parvient à convaincre la jeune femme que sa place est sur scène, et lui promet gloire et fortune si cette dernière accepte de le rejoindre.
Au milieu du XIXe siècle, Julia Pastrana commence à faire parler d’elle aux États-Unis. Bien que cette jeune femme à la pilosité surdéveloppée sache chanter, danser et parle plusieurs langues, elle est présentée comme « la femme singe du Mexique », et son promoteur n’hésite pas à attiser la curiosité du public lors des représentations auxquelles elle participe en mettant en avant le fait qu’elle soit mi-femme, mi-animal.

Certains « pseudo-scientifiques » de l’époque victorienne, dont les thèses sont essentiellement basées sur des conceptions et des clichés racistes, défendent ardemment la vision de Theodore Lent, et vont même jusqu’à réaliser de faux certificats affirmant que Pastrana appartient à une nouvelle espèce hybride mi-singe mi-humaine, qui sont placardés dans toutes les villes où elle se produit.
Bien évidemment, la jeune femme est également examinée par de véritables hommes de science, qui se rendent rapidement compte qu’elle souffre en réalité d’une condition génétique extrêmement rare.
La célébrité de Julia Pastrana ne cessant de grandir, Lent réalise rapidement qu’il risque de perdre son numéro vedette si un autre promoteur fortuné vient à l’engager. Il décide donc de la demander en mariage.
Difficile cependant d’imaginer que cette union découle d’une quelconque romance entre ce promoteur véreux et son attraction fétiche, bien que plusieurs écrits de l’époque précisent que Pastrana lui était « profondément dévouée ».

En 1859, Julia tombe enceinte alors que le couple est en voyage à Moscou. En raison de sa taille minuscule (environ 1m34) et de l’étroitesse de son bassin, les médecins craignent que l’accouchement ne soit difficile. Leurs inquiétudes se confirment : les nombreuses complications et l’utilisation de forceps entraînent de graves lésions qui se révèlent fatales à la mère et au nouveau-né, également atteint d’hypertrichose.
Theodore Lent semble plus dévasté par la perte de son attraction phare (qui constitue alors sa principale source de revenus) que par celle de sa femme et de son enfant. Ce dernier confie leurs dépouilles au professeur Sokoloff, de l’université de Moscou, qui les embaume en utilisant une approche novatrice.
Impressionné par la qualité du travail réalisé, Lent prend conscience qu’il pourra continuer à gagner de l’argent en exhibant les corps embaumés de Julia Pastrana et de son fils, et décide de les racheter afin de pouvoir les exposer à Londres.
Durant plus d’un siècle, ceux-ci sont exhibés à l’occasion de diverses expositions organisées partout en Europe, avant que le gouvernement norvégien ne décide d’interdire cette pratique et ordonne leur confiscation durant les années 1970.

Il faut finalement attendre 2013 pour que la dépouille de Pastrana soit restituée à son pays d’origine, à la suite d’une pétition officielle déposée par plusieurs hommes politiques mexicains. Elle repose aujourd’hui dans un cimetière de l’État du Sinaloa.
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