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Tremblez devant le cinéma d’horreur japonais, ce genre qui mêle tradition et modernité

Le cinéma d’horreur japonais a un style particulièrement terrifiant, car il joue à la fois sur les angoisses de la société et sur ce que l’homme ne pourra jamais réellement comprendre. La solution est toujours hors de portée et au même titre que les protagonistes, le spectateur est une victime. Au-delà de ça, le cinéma d’horreur japonais utilise également des codes et des références qui transcendent les frontières, là où d’autres films de l’archipel ne parviennent pas à convaincre les Occidentaux.

 

À l’origine du cinéma d’horreur, il y a la littérature d’horreur, datant de la période Heian (794 – 1185). La majorité de ces textes et de ces centaines d’histoires, qui elles-mêmes s’inspirent du folklore de toute l’Asie du sud-est, sont réunis dans Konjaku Monogatarishu. L’incarnation du supernaturel et de l’horreur par excellence au Japon, c’est le fantôme. Ou plutôt le yokai, qui est sensiblement la même chose que la version occidentale à la différence qu’ils ont souvent des caractéristiques animales et qu’ils sont censés être connectés à tout ce qui est étrange ou inexplicable.

 

 

Durant la période d’Edo et de Meiji, ces histoires sont connues sous le nom de kaidan, et puisent justement dans ces histoires millénaires pour donner des frissons aux Japonais, que ce soit à l’écrit ou au théâtre. L’horreur est donc quelque chose qui fascine le public japonais depuis des siècles, et il est donc logique que le cinéma suive la même trajectoire en profitant de ce trésor folklorique qu’est le Japon. Si le cinéma d’horreur japonais est resté discret pour le grand public dans la majeure partie du XXe siècle, même avec des chefs-d’oeuvre comme Ugetsu (1953), Kwaidan (1964) ou Onibaba (1964), les choses ont bien changé depuis les années 90.

Il faut dire que la culture japonaise a souvent été alourdie de stéréotypes dans la vision occidentale qui considère fou tout ce qu’elle ne comprend pas. Pourtant, l’horreur est un moyen parfait de transcender les frontières et d’aller directement toucher le coeur humain. Que vous soyez japonais, suédois, français ou américain, vous tremblez en regardant The Ring (1998). L’intérêt pour le genre a également explosé grâce au jeu vidéo et aux séries de survival-horror comme Resident Evil et Silent Hill. Alors, au final, qu’est-ce qui caractérise le film d’horreur japonais ?

 

 

Si l’on prend l’exemple le plus connu avec The Ring, on retrouve la figure du yokai incarné par Sadako. Adapté d’un roman de Koji Suzuki, le film réalisé par Hideo Nakata nous fait suivre l’histoire d’Asakawa, un journaliste qui réalise un papier sur les légendes urbaines et s’intéresse à l’histoire d’une cassette vidéo maudite. Il apprend que ladite cassette est capable de tuer le spectateur sept jours après son visionnage. Le seul moyen d’y échapper est d’en faire une copie et de la donner à quelqu’un d’autre qui la regardera. Bien sûr, lorsque Asakawa tombe enfin sur la vidéo et la regarde, il commence à comprendre que la malédiction est bien réelle.

Un compte à rebours s’amorce avec sa semaine à vivre où il tente de comprendre le fonctionnement de la cassette. C’est ici l’un des thèmes récurrents de l’horreur japonais. L’homme est face à un phénomène qu’il ne comprend pas, à l’instar des histoires de H. P. Lovecraft. Asakawa apprendra cependant assez de choses pour savoir à qui il fait face. Il s’agit de Sadako, une jeune fille noyée par son père. Au bout des sept jours, elle sort de la télévision et se rue jusqu’à sa victime. Les cinéastes japonais sont connus pour utiliser le silence et le vide pour installer une appréhension et une angoisse chez le spectateur.

 

 

À tout moment, quelque chose peut arriver. Mais n’arrive pas bien souvent avant la fin. Tout comme Asakawa est condamné à ne vivre que sept jours, le spectateur est toujours en attente du moment fatidique. Cela dit, le cinéma japonais est loin d’être aussi unidimensionnel. Si les premières décennies du cinéma d’horreur puisent dans des siècles et des siècles de folklore avec des histoires de fantômes et d’événements surnaturels, les ramifications du genre ont aussi produit des films beaucoup moins contemplatifs et angoissants pour plonger dans le gore, la débauche et le malsain.

Si l’exemple de Sadako est si parlant, c’est parce qu’il est directement issu d’un autre pilier de la culture japonaise : le shintoïsme. Le Japon est un cas particulier, car la plupart des croyants ne se privent pas de mélanger bouddhisme et shintoïsme. Si l’un apporte une philosophie sur la vie et la mort, l’autre se raccroche davantage à la tradition. Dans le shinto, chaque être vivant possède une âme. Et si la personne y étant rattachée meurt dans une situation émotionnelle extrême, son esprit reste bloqué sur Terre. Ce qui le cas de Sadako mais aussi de la plupart des personnages du genre.

 

 

Ce qui est fascinant, c’est de voir à quel point les artistes japonais se sont adaptés à la société contemporaine. Le Japon est connu depuis déjà plusieurs décennies comme le berceau de la technologie. Technologie déjà utilisé dans un classique de l’horreur japonais, Tetsuo. Les oeuvres les plus récentes exposent justement que les écrans, les consoles, les téléphones et tout ce que nous utilisons tous les jours et qui est censé nous éloigner du folklore traditionnel nous protège absolument pas des esprits. Au contraire, ces derniers peuvent les utiliser et les retourner contre vous. En parlant de ça, vérifiez bien que personne ne sorte de votre écran après l’avoir éteint ce soir.

 

 

Ceci n’est que la partie visible de l’iceberg puisque le cinéma d’horreur japonais puise dans des sources millénaires et a sans cesse su réinventer le folklore du pays pour s’adapter à chaque époque. En effet, de l’époque de Heian à aujourd’hui, les fantômes japonais ont su survivre dans l’imaginaire collectif. Si vous êtes féru de films d’horreur et que vous ne vous êtes jamais essayé au cinéma japonais, on ne peut que vous conseiller de commencer dès ce soir. Et vous, quel style de film d’horreur vous effraie le plus ?

Par Florent, le

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