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Ils grimpent 50 étages pour 28 centimes : plongée dans un job né de la folie urbaine et du vide juridique en Chine

Dans les entrailles verticales de Shenzhen, une jeunesse grimpeuse a trouvé sa place, entre ascenseurs saturés et commandes en surchauffe. Bienvenue dans l’univers méconnu des livreurs relais, ces rouages anonymes d’une mégalopole qui ne cesse de s’étirer vers le ciel.

Panorama des gratte-ciel de Shenzhen au coucher du soleil illustrant l’urbanisation verticale et la densité extrême des villes chinoises
À Shenzhen, les tours s’élèvent à perte de vue. Une verticalité urbaine qui façonne le quotidien, l’économie informelle et de nouveaux métiers au cœur de la mégalopole chinoise – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Face aux ascenseurs saturés, une solution improvisée : des livreurs relais pour gravir les étages à la place des coursiers

Aux heures de pointe à Shenzhen, les ascenseurs des gratte-ciels sont saturés. Pour les livreurs à scooter, chaque minute perdue dans un hall représente une perte d’argent. Ainsi, au pied des tours, une solution apparaît : confier la dernière ligne droite à un relais humain.

Ces coursiers d’un nouveau genre sont souvent jeunes ou à la retraite. En effet, ils prennent le relais en scannant un QR code, signe que la course leur est confiée. Ensuite, ils montent, parfois à pied, livrer le repas à destination. Le tout contre quelques pièces, souvent moins de 30 centimes.

Ce système né dans l’urgence s’est imposé comme une réponse à un problème logistique insoluble. Il illustre l’inventivité populaire face aux limites d’une infrastructure urbaine pensée sans tenir compte des contraintes de la livraison de masse. En somme, une débrouille devenue indispensable au bon fonctionnement de la ville.

Une micro-économie née au pied des gratte-ciels, entre débrouille personnelle et organisation semi-professionnelle

Ce système de relais, d’abord artisanal, s’est peu à peu structuré. Par exemple, des figures comme Shao Ziyou, ancien coursier devenu coordonnateur, orchestrent désormais de véritables mini-réseaux. Devant certaines tours, ces « chefs de palier » distribuent les commandes, gèrent les pics de flux et encaissent une fraction sur chaque livraison réussie.

Pourtant, tout cela fonctionne… tant que personne ne regarde trop de près. Car ici, pas de contrat, pas de sécurité sociale, pas de filet. Ce sont les zones grises d’une Chine ultra-moderne où la loi court souvent derrière la réalité. Il aura fallu des scandales médiatiques pour interdire officiellement l’accès à ces jobs aux enfants de moins de 16 ans. Mais sur le terrain, les règles restent floues.

Une armée invisible de jeunes, de retraités et de précaires pour qui quelques yuans font la différence

Ce qui frappe, c’est la diversité des profils qui endossent ce rôle : collégiens en vacances, personnes âgées au revenu insuffisant, travailleurs migrants à la recherche d’un complément. D’une manière générale, tous partagent un point commun : le besoin immédiat de liquidités.

Avec un rythme soutenu, certains atteignent les 100 yuans par jour (environ 13 euros). Certes, c’est peu, mais suffisant pour payer un repas, un téléphone, ou soutenir une famille restée au village. Il n’y a ni gloire ni ascension sociale ici, juste une bataille quotidienne contre la gravité… et contre l’indifférence.

Gratte-ciels géants et droit du travail minuscule : une société urbaine en déséquilibre

Au fond, ces livreurs relais incarnent une véritable parabole urbaine : dans une ville qui pousse vers le ciel, les services les plus basiques ne parviennent plus à suivre. Autrement dit, chaque gratte-ciel devient une montagne à franchir, chaque ascenseur une épreuve, chaque étage un défi économique.

Et pourtant, dans ce chaos vertical, des mains invisibles assurent la continuité, adaptant leur quotidien aux absurdités d’un système qu’ils n’ont pas choisi. Cela pose une question vertigineuse : à quoi bon bâtir des tours si l’on oublie ceux qui doivent les gravir ?

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

Source: Futura

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