3 raisons de voir Les Frères Sisters, un western époustouflant réalisé par le grand Jacques Audiard

Le premier film intégralement tourné en anglais de Jacques Audiard sort en salle ce mercredi. Après plusieurs chefs-d’oeuvre récompensés en Europe, le Français se lance dans le western !

Un Français à l’assaut du film de Western

Deux frères, partageant le nom de Sisters (The Sisters brothers peut être traduit en français par « les frères Soeurs »), tueurs à gage redoutables et redoutés, sont chargés par leur patron, surnommé The Commodore, de trouver et d’abattre un homme à San Francisco. Aux confins de l’Ouest américain, entre Oregon et Californie, leur mission fait écho à la ruée vers l’or en cette année 1851.

Un scénario qui utilise donc les thèmes récurrents du genre. Mais la patte d’Audiard est bien perceptible. Il se défend d’ailleurs d’avoir voulu faire un film conforme aux canons d’Hollywood : « Dans le western, il y a une très grande présence du paysage, toute une mythologie qui n’est pas la mienne en tant qu’européen », expliquait-il après une projection à la Mostra de Venise (AFP).

 

Un casting hors-norme

Ne paniquez pas : les amateurs des grands classiques goûteront ici autant aux paysages (le tournage a eu lieu entre l’Espagne et la Roumanie) qu’aux fusillades et aux épiques chevauchées. Mais si les frères Sisters sont des as de la gâchette aux chapeaux de cow-boys, leur aventure reste ici au service du propos. « Certes, il y a de la violence, mais il est surtout question d’amour et d’affection dans mon film, ou plus exactement de fraternité, qui est une forme d’amour », poursuit le réalisateur.

Le grand Joachim Phoenix, dans le rôle du cadet Charles, né pour tuer, donne ici la réplique à son grand frère qui rêve de se ranger (John C. Reilly). Comme souvent chez Audiard, le film peut être lu comme on récit initiatique, dans lequel les grandes étendues sauvages de l’Ouest remplacent le décor d’une prison (Un Prophète, Grand Prix à Cannes en 2009), ou d’une cité de banlieue (Deephan, palme d’or 2015). En creux, c’est aussi une critique de l’Amérique contemporaine que développe cette adaptation du roman de Patrick deWitt.

 

 

 

 

 

De gauche à droite, Riz Ahmed, Jake Gyllenhaal, Joachim Phoenix et John C. Reilly.

Le western réinventé

« Nous sommes arrivés jusqu’ici par la brutalité, la violence, le génocide, le fort qui domine le faible », rappelle John C. Reilly, également producteur du film aux côtés de son épouse Alison Dickey. « Ce qui nous intéressait […], c’est de trouver quoi faire de la violence des pères fondateurs », renchérit Jacques Audiard. On est bien loin du western des années 1950 et 1960, célébration assez outrancière d’une conquête de l’Ouest héroïque dans la plus pure tradition d’un « roman national » à l’américaine.

On note enfin avec plaisir le retour du compositeur Alexandre Desplat aux côtés de Jacques Audiard (pour leur 7e collaboration) sur ce western crépusculaire. Il est soutenu par des percussions et des guitares l’action des chevauchées, prolongeant avec le violon la relation trouble entre les deux frères, jusqu’à un final au piano et saxophone à la douceur enfantine.


Le basenji est le seul chien au monde qui n’aboie pas

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