
Située dans le nord-est de la Sibérie, la Iakoutie compte parmi les régions habitées les plus froides du monde. Pour supporter ces conditions extrêmes, les chevaux qui y vivent ont développé une série d’adaptations essentielles en un temps record.
Équidés robustes
Pour supporter des températures pouvant atteindre -70 °C en hiver, ces équidés à la silhouette trapue et au pelage dense sont capables de réduire leur activité métabolique et d’abaisser leur température corporelle centrale, comme le font certains animaux tels que les écureuils terrestres de l’Arctique. Contrairement à ces derniers, largement inactifs durant ces phases de torpeur, les chevaux iakoutes continuent à vaquer à leurs occupations, ce qui a conduit les chercheurs à parler d’« hibernation debout ».
La vitesse à laquelle ces animaux ont développé ces traits métaboliques, anatomiques et physiologiques est tout aussi impressionnante. Selon les auteurs de l’étude, publiée en 2025 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, il s’agit de « la population équine la plus résistante au froid », ainsi que « l’un des cas les plus rapides d’adaptation aux températures extrêmes de l’Arctique ».
Pour parvenir à cette conclusion, ceux-ci ont séquencé les génomes d’équidés iakoutes actuels, ainsi que des spécimens datant du début du XIXe siècle et d’il y a environ 5 200 ans, qu’ils ont ensuite comparés à ceux de chevaux du Pléistocène supérieur et de Przewalski modernes.

Évolution éclair
Il s’est avéré que les chevaux iakoutes contemporains ne descendaient pas des équidés indigènes ayant peuplé la région jusqu’au milieu de l’Holocène (il y a 6 000 ans environ), mais y avaient été introduits lors de migrations humaines récentes.
« Un groupe de cavaliers turciques a migré dans la région, avec ses chevaux, entre le XIIIe et le XVe siècle, ce qui implique que ces adaptations soient apparues en l’espace de quelques centaines d’années seulement », détaillent les chercheurs. « Un laps de temps très court du point de vue de l’évolution. »
L’équipe a également trouvé des preuves d’une évolution convergente (lorsque des espèces non apparentées mais soumises à des contraintes environnementales similaires développent les mêmes adaptations) chez les chevaux iakoutes, les populations humaines autochtones et les mammouths laineux, suggérant que « seules quelques stratégies évolutives sont compatibles avec la survie dans des environnements extrêmement froids ».
Par Yann Contegat, le
Source: IFL Science
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