Découvrez les origines scientifiques autour du mythe des dragons

Découvrez les origines scientifiques autour du mythe des dragons

Depuis des millénaires, les dragons n’ont eu de cesse de fasciner les civilisations qui les ont placés au cœur de leurs contes et légendes. En se basant sur l’évolution des différentes espèces qui partagent avec eux certaines particularités physiques, serait-il possible que ces créatures légendaires deviennent un jour réalité ?

UNE CRÉATURE LÉGENDAIRE

Malgré tous les efforts de l’équipe en charge des effets spéciaux sur la série Game of Thrones pour leur donner vie à l’écran, aucune preuve ne permet d’affirmer que les dragons aient pu exister. Mais cela condamne-t-il pour autant la possibilité que l’évolution donne un jour naissance à de telles créatures ?

Imaginez une seconde que les dragons existent réellement. Pas des créatures ressemblant grossièrement à des dragons, mais de véritables dragons qui voleraient et cracheraient du feu. Comment ces animaux auraient-ils évolué et quelle serait leur place dans l’écosystème ?

Les effets spéciaux permettent aujourd’hui de donner vie à des créatures de synthèse particulièrement crédibles

UNE CROYANCE MILLÉNAIRE ET TENACE

D’après l’anthropologue David E. Jones, spécialiste de la question, nos ancêtres n’avaient pas besoin de recourir aux derniers logiciels de création 3D pour créer des dragons convaincants : « À un moment donné de leur histoire, la plupart des peuples étaient persuadés que ces créatures mythiques étaient réelles ».

Pour mieux comprendre pourquoi ces mythes sur les dragons étaient si répandus à travers le monde, il faut observer les singes. Dans la savane africaine, ces derniers sont en effet confrontés à trois types de prédateurs : les serpents, les aigles et les grands félins, qui provoquaient des comportements d’alarme différents chez les primates.

Ces comportements d’alarme ont fait l’objet d’études approfondies et ont servi de base pour mieux comprendre les comportements analogues chez les humains. Pour l’anthropologue, le dragon représente un amalgame de ces peurs primaires : le corps sinueux du serpent, les ailes de l’aigle, les pattes et les crocs du félin se combinent au sein de notre cerveau reptilien pour former cette redoutable créature qui nous semble alors étonnamment familière.

Bien que cette idée se tienne, il est malheureusement pratiquement impossible à l’heure actuelle de la vérifier. Pour autant, il est certain que les civilisations se sont inspirées de la réalité lorsqu’elles ont imaginé les dragons. Wang Fu, philosophe chinois ayant vécu au XIVe siècle, avançait d’ailleurs une théorie similaire à celle de Jones en affirmant que ces terribles créatures possédaient le cou d’un serpent, les serres d’un aigle et les pattes d’un tigre.

LE DRAGON PUISE SES PARTICULARITÉS PHYSIQUES CHEZ DIFFÉRENTS ANIMAUX : LE CORPS DU SERPENT, LES AILES DE L’AIGLE, LES PATTES ET LES CROCS DU FÉLIN

Pour trouver des animaux possédant des caractéristiques similaires au dragon tel que nous l’imaginons, il nous faut remonter des millions d’années en arrière, à l’ère mésozoïque (- 252 à – 66 millions d’années), qui voyait les reptiles, et plus particulièrement les dinosaures, régner en maîtres sur notre planète.

Les animaux qui se rapprochaient le plus des dragons sur le plan anatomique étaient des dinosaures

Les similitudes entre dinosaures et dragons sont bien documentées. Certains paléontologues sont même allés jusqu’à nommer les espèces qu’ils ont découvertes en l’honneur de ces créatures surnaturelles. Ainsi, on retrouve au panthéon des sauriens le terrible « Roi Dragon de Poudlard » (Dracorex hogwartsia, un pachycéphalosaure à la tête hérissée de pointes) ou le « Dragon de Qijiang » (Qijanglong guokr, un sauropode de 15 mètres de long).

Si l’on se base sur leur impressionnante apparence, et leur goût immodéré pour les chevaliers et les princesses, il semble que les dragons auraient occupé au sein de la chaine alimentaire une place similaire à celle des prédateurs comme le Tyrannosaure Rex.

Toutefois, lorsque l’on observe attentivement l’anatomie des dragons selon les cultures, on constate rapidement qu’il serait erroné de les regrouper avec de tels dinosaures sur le plan taxonomique. En se basant sur les deux formes distinctes les plus connues, on obtient deux scénarios d’évolution alternatifs.

Le dragon oriental s’apparente à un gigantesque serpent doté de pattes

Le premier groupe de dragons accueille le dragon chinois (aussi appelé dragon oriental), le « drakon » apparu en Grèce durant l’Antiquité, et le « wyrm » anglais. Tous trois possèdent des corps allongés et de petites pattes, voire pas de pattes du tout, et leur apparence rappelle fortement celle d’un serpent.

Des preuves fossiles suggèrent que les premiers serpents étaient le fruit de l’évolution de lézards fouisseurs, dont les pattes auraient rétréci, puis disparu, à mesure qu’ils s’adaptaient à un mode de vie souterrain. Ce qui les rapproche de nombreuses représentations classiques de dragons souterrains, comme le Nidhogg nordique ou le python grec, qui a plus tard donné son nom à cette célèbre espèce de serpents constricteurs.

Le terrifiant Titanoboa pouvait engloutir des proies gigantesques (ici un crocodile)

LE TITANOBOA MESURAIT 12 MÈTRES ET PESAIT 2 TONNES

Pour simplifier, seule leur taille les distinguerait d’un serpent moyen. Et lorsque l’on regarde en arrière, le terrible Titanoboa, long de 12 mètres et pouvant peser près de 2 tonnes, aurait facilement pu être l’ancêtre de ces gigantesques dragons.

En général, lorsque vous imaginez un dragon, vous ne visualisez pas un serpent géant, mais plutôt une créature surnaturelle dotée de puissantes ailes, qui, d’un point de vue purement anatomique, ne devrait pas exister.

Au cours de l’évolution, les ancêtres des vertébrés volants ont en effet vu leurs membres antérieures se transformer peu à peu en ailes membraneuses, ce qui signifie par extension que le fait de posséder des ailes est un compromis : ces animaux peuvent posséder des bras ou des ailes, mais pas les deux à la fois.

Pour autant, il n’est pas impossible d’imaginer un vertébré à six membres, bien que le saut évolutif requis soit énorme. Lorsque des membres supplémentaires apparaissent, ils ne sont généralement pas le fruit de l’évolution, mais plutôt de malformations congénitales, voire, dans le cas de certaines grenouilles, d’infections parasitaires.

C’est probablement pour cette raison que les films fantastiques modernes, comme Harry Potter ou The Hobbit, ont délaissé le dragon quadrupède au profit d’un bipède plus élégant (une créature connue sous le nom de « wyverne » qui s’avère par extension plus crédible sur le plan anatomique).

HARRY POTTER ET THE HOBBIT ONT DÉLAISSÉ LE DRAGON QUADRUPÈDE AU PROFIT DE LA WYVERNE, BIPÈDE

La plupart des dragons que l’on retrouve dans les films fantastiques et séries sont des wyvernes

Reste désormais à savoir comment faire décoller ces créatures gigantesques. Mais heureusement pour les dragons, un groupe de reptiles préhistoriques suggère qu’une telle prouesse serait « techniquement » possible.

Nommés ainsi en l’honneur du dragon le plus célèbre de la culture ouzbèke, les ptérosaures Azhdarchidae géants étaient les plus gros spécimens volants ayant existé (les scientifiques estiment qu’ils possédaient une envergure d’environ 11 mètres), et donc les plus susceptibles d’évoluer pour donner naissance à de véritables dragons.

Si ces animaux gigantesques étaient capables de voler, c’était principalement parce qu’ils possédaient un squelette creux, qui réduisait considérablement leurs poids, et des ailes surpuissantes. Nos hypothétiques dragons auraient non seulement besoin des particularités similaires, mais devraient également consentir à certains sacrifices anatomiques.

Comme l’explique Mark Witton, chercheur à l’Université de Portsmouth : « Lorsque les oiseaux s’envolent, ils tirent 90 % de leur force de leurs pattes arrière, puis se mettent à battre des ailes, ce qui explique leur taille et leur poids plutôt restreint. À l’inverse, les gigantesques ptérosaures comptaient principalement sur la force considérable de leurs ailes pour décoller, ce qui expliquait la taille relativement restreinte de leur pattes et de leur cage thoracique ».

Supposons maintenant que les dragons soient de lointains descendants des ptérosaures Azhdarchidae géants, ou d’un autre groupe de reptiles volants. Se pourrait-il que leurs attributs magiques deviennent réalité ?

Les ptérosaures Azhdarchidae géants possédaient une envergure d’environ 11 mètres

LES DRAGONS SONT PRÉSENTÉS COMME DES CRÉATURES INTELLIGENTES

Les dragons dépeints dans les mythes et légendes sont souvent dotés d’une incroyable intelligence. Celle-ci se manifeste par une sorte de ruse malveillante qu’ils emploient pour déjouer les pièges tendus par les chevaliers qui les chassent, ou, dans le cas des dragons orientaux, une sagesse infinie qu’ils ne partagent qu’avec de rares humains. Quoi qu’il en soit, ces créatures possèdent des capacités cognitives qui dépassent de loin celles des reptiles.

Historiquement, les scientifiques employaient le terme « reptilien » pour décrire les parties du cerveau humain associées à des fonctions vitales de base, comme la respiration. Les reptiles eux-mêmes sont d’ailleurs souvent présentés comme des animaux dénués d’intellect et n’agissant que par pur instinct.

Cependant, de récentes découvertes ont permis de démontrer que ces derniers pouvaient dans certains cas se montrer aussi « intelligents » que les mammifères, comme l’explique Gordon Burghardt, chercheur à l’Université du Tennessee : « La résolution de problèmes complexes, l’apprentissage inversé, l’apprentissage social, la reconnaissance de l’individu, font partie des compétences que certains reptiles maîtrisent ».

Parmi ces espèces, on retrouve notamment les crocodiles et les grands lézards, dont la taille et l’intelligence semblent également conditionnées par leur longévité. Sachant que les dragons sont des créatures gigantesques, quelle pourrait bien être leur espérance de vie moyenne ?

Dans la plupart des légendes, les dragons sont décrits comme des créatures éternelles et sans âge, ne pouvant être terrassées que par un héros. Certaines tortues géantes sont capables de vivre plusieurs siècles, et la secret d’une telle espérance de vie semble résider dans l’extrême lenteur de leur métabolisme.

L’ESPÉRANCE DE VIE DE CERTAINES TORTUES CENTENAIRES SEMBLE RÉSIDER DANS L’EXTRÊME LENTEUR DE LEUR MÉTABOLISME

Certaines espèces de passereaux tapissent les abords de leur nid de baies et de morceaux de verre brisé pour s’attirer les faveurs des femelles

C’est bien connu, le dragon passe le plus clair de son temps à se prélasser sur des piles d’or, et ce goût pour les objets brillants n’est pas uniquement l’apanage des créatures fictives. Ainsi, les mâles de plusieurs espèces de passereaux tapissent le sol de leur nid de toutes sortes de « trésors » (principalement des baies et des morceaux de verre brisé).

Les femmes choisissent ensuite les mâles en fonction de la « qualité » de leur nid, car elles perçoivent ceux qui redoublent d’efforts pour l’agrémenter comme de meilleurs géniteurs. En partant de ce postulat, on pourrait aisément imaginer les femelles dragons sélectionner leur prétendant en fonction de la pile d’or que ces derniers auraient amassée.

Nos dragons commencent à prendre forme. Il s’agit pour l’instant de lointains descendants de reptiles préhistoriques, l’un descendant du Titanoboa, et l’autre du ptérosaure géant, possédant tous deux des capacités cognitives avancées qui correspondent à leur taille gigantesque et à leur longévité hors du commun, et dont la capacité à se reproduire semble conditionnée par l’acquisition d’objets métalliques brillants. Reste désormais à s’attaquer à la capacité la plus fantastique des dragons : cracher du feu.

Lorsqu’il se sent attaqué, le coléoptère bombardier projette une réaction chimique brûlante

Les cobras peuvent cracher du venin, la piqûre d’un fourmi « balle de fusil » s’apparente au fait de marcher sur des charbons ardents avec un clou enfoncé dans le talon, et la morsure toxique du dragon de Komodo s’avère souvent mortelle. Mais s’il est indéniable que certains animaux ont développé des moyens de défense extrêmement efficaces, cracher du feu ne fait malheureusement pas partie de leur arsenal.

En réalité, seuls les coléoptères bombardiers possèdent un moyen de défense se rapprochant de cette « capacité lance-flammes ». En effet, ces insectes produisent de l’hydroquinone et du peroxyde d’hydrogène, et sont à même de projeter une violente réaction chimique brûlante sur leur agresseur lorsqu’ils sont attaqués.

On pourrait donc imaginer une convergence évolutive qui confèrerait de tels pouvoirs à notre gigantesque reptile. Les deux glandes situées dans son cou secrèteraient les substances nécessaires, qui se mélangeraient au fond de sa gorge et lui permettraient d’expulser un puissant jet de gaz et de liquide bouillonnant.

Si les dragons n’existent que dans l’imagination humaine, les coléoptères furent longtemps instrumentalisés par les créationnistes afin de démontrer que la théorie de l’évolution était fausse. Des accusations fantaisistes qui ont depuis été réfutées par les scientifiques, qui ont décrit les étapes clés de leur spectaculaire évolution. Comme le dit le vieil adage « la réalité dépasse bien souvent la fiction », et les créatures bien réelles peuvent souvent égaler, voire dépasser les créatures de fiction en termes d’étrangeté.

Pour aller plus loin, découvrez également le Wendigo, cette terrifiante créature dévoreuse de chair au cœur des légendes amérindiennes.

Le vrai bonheur ne dépend d’aucun être, d’aucun objet extérieur. Il ne dépend que de nous…

— Dalai Lama