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Des traces de variole ovine retrouvées dans des manuscrits médiévaux vieux de plus de 1 000 ans

Et si les bibliothèques médiévales étaient aussi des archives épidémiologiques ? En analysant d’anciens parchemins, des chercheurs ont retrouvé l’ADN de la variole ovine, révélant une histoire invisible de l’élevage qui plonge ses racines jusque dans l’âge du Bronze.

Chercheuse analysant un manuscrit médiéval en parchemin pour y prélever des traces anciennes du virus de la variole ovine.
Grâce à une méthode non destructive, les scientifiques peuvent analyser des manuscrits médiévaux en peau de mouton et ainsi retrouver des fragments d’ADN ancien liés à la variole ovine – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Sous les enluminures médiévales dormait une archive biologique totalement inattendue

À première vue, les Évangiles d’York racontent une histoire religieuse. Pourtant, leurs pages racontent aussi celle de moutons malades ayant vécu il y a près d’un millénaire. Leur parchemin, fabriqué avec des peaux animales, a conservé des fragments du virus responsable de la variole ovine, aussi appelée clavelée.

Pour les récupérer, nul besoin de découper ces précieux manuscrits. Les scientifiques ont utilisé une méthode non destructive, déjà testée sur les Évangiles d’York en 2017. Une gomme spéciale est passée sur une zone vierge. Les minuscules résidus contiennent des protéines, de l’ADN animal et parfois des traces de pathogènes.

Cette piste s’est révélée très fructueuse. L’étude publiée dans Science Advances rapporte 21 génomes anciens du virus de la clavelée. Plusieurs proviennent de parchemins médiévaux. Ces livres conservés depuis des siècles deviennent ainsi de véritables capsules temporelles de l’histoire vétérinaire.

Bien avant le Moyen Âge, la maladie circulait déjà parmi les troupeaux d’Eurasie

Les manuscrits ne représentent pourtant que la partie la plus spectaculaire de l’enquête. Les chercheurs ont étudié des matériaux couvrant plusieurs millénaires. Ils ont notamment analysé des dents de moutons anciennes. Au Kazakhstan, une molaire de l’âge du Bronze contenait un génome viral. Il daterait d’environ 1875 à 1645 avant notre ère.

Cette découverte repousse loin l’histoire génétique de la maladie. L’équipe a comparé les virus anciens aux souches actuelles. Elle estime que les grandes lignées de capripoxvirus pourraient s’être séparées il y a 11 500 à 3 700 ans. Leur évolution serait donc liée aux grandes transformations de l’élevage humain.

Le commerce de la laine pourrait avoir offert au virus une autoroute inattendue

Le détail le plus fascinant concerne justement ces transformations. L’apparition de la maladie ne semble pas coïncider seulement avec la domestication du mouton. Elle pourrait plutôt être liée à l’intensification des élevages. Les troupeaux sont alors devenus plus nombreux et plus mobiles. Les éleveurs ont aussi sélectionné les animaux pour leur laine.

Le mécanisme paraît presque familier. Plus les troupeaux sont denses, plus un virus peut circuler. Le développement du commerce de la laine a aussi rapproché des populations animales éloignées. Ces échanges ont pu favoriser la diversification et la diffusion de certains virus.

Les parchemins médiévaux offrent un témoignage biologique rare. Ils sont directement liés aux animaux de leur époque. Les chercheurs ont même détecté de l’ADN viral sur des peaux de veau et de chèvre. Une transmission entre espèces est possible. Une contamination pendant la fabrication l’est aussi.

Des bibliothèques entières pourraient encore cacher les traces d’anciennes épidémies

L’intérêt dépasse largement la seule clavelée. Des milliers de manuscrits sur parchemin dorment dans des bibliothèques, des monastères et des collections universitaires. Ces peaux peuvent préserver l’ADN de pathogènes animaux. Elles pourraient donc révéler des épidémies absentes des chroniques écrites. Certaines régions n’ont conservé aucun os exploitable.

Cette perspective arrive alors que la maladie reste un enjeu vétérinaire actuel. En 2026, l’Organisation mondiale de la santé animale renforçait la coopération européenne. Elle concernait la variole ovine, la variole caprine et d’autres maladies des petits ruminants. Les prochaines archives d’épidémies anciennes se trouvent peut-être entre deux pages.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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