Une étude publiée dans Nature replace les dernières collisions planétaires au cœur de l’histoire du Système solaire. Ces impacts tardifs, longtemps sous-estimés, pourraient expliquer pourquoi Mercure, Vénus, la Terre et Mars présentent aujourd’hui des visages si radicalement différents.

Pourquoi les planètes rocheuses du Système solaire interne sont si différentes malgré une formation similaire
Mercure, Vénus, la Terre et Mars se sont formées dans la même région chaude du disque protoplanétaire. Elles partagent une composition dominée par roches et métaux. Pourtant, leurs trajectoires ont divergé. La seule distance au Soleil ne suffit pas à expliquer ces contrastes spectaculaires.
Les chercheurs rappellent que toutes ont grandi par accumulation progressive de petits corps. Toutefois, ce scénario commun masque une réalité plus complexe. Derrière cette origine partagée se cachent des histoires propres, marquées par des événements violents survenus après l’essentiel de leur formation.
L’accrétion tardive, ces impacts rares mais décisifs qui ont remodelé noyaux, croûtes et atmosphères
Les scientifiques parlent d’accrétion tardive pour désigner les collisions survenues après l’essentiel de la croissance planétaire. Ces impacts n’ont ajouté qu’environ 1 % de masse supplémentaire. Pourtant, leur influence sur la structure interne et la surface aurait été majeure.
Ces chocs, parfois gigantesques, ont modifié la répartition des matériaux lourds. Ils ont affecté les noyaux planétaires, bouleversé les croûtes et perturbé les enveloppes gazeuses. En conséquence, l’évolution thermique et géologique de chaque monde a pu basculer durablement.
L’étude souligne aussi que la chronologie compte autant que la violence. Un impact survenu au bon moment peut transformer une planète en profondeur. Ainsi, quelques événements rares auraient suffi à orienter des milliards d’années d’histoire planétaire.
Des scénarios distincts pour Mercure, Vénus, Mars et la Terre selon les simulations numériques
Grâce à des modèles avancés, les chercheurs ont testé divers scénarios de collisions. Pour Mercure, un impact majeur unique pourrait expliquer son noyau de fer surdimensionné. Une telle collision aurait arraché une partie importante de son manteau rocheux.
Concernant Vénus, plusieurs chocs importants auraient entretenu une chaleur interne durable. Ce mécanisme pourrait alimenter un volcanisme intense encore observé aujourd’hui. Mars, de son côté, présenterait sa célèbre dichotomie hémisphérique à la suite d’un impact massif tardif.
L’accrétion finale pourrait avoir influencé l’atmosphère et même l’habitabilité des planètes rocheuses
Au-delà de la géologie, ces impacts auraient façonné les atmosphères naissantes. Selon le moment et l’énergie libérée, une collision peut dissiper une enveloppe gazeuse fragile. À l’inverse, elle peut apporter des éléments volatils essentiels à une évolution ultérieure.
Pour la Terre, des chocs plus modérés auraient favorisé une tectonique transitoire des plaques. Ce contexte aurait lancé un vaste cycle géologique. Progressivement, cette dynamique a stabilisé le climat et soutenu l’émergence d’un environnement compatible avec la vie.
En définitive, l’habitabilité planétaire ne dépend pas seulement de la distance au Soleil. Elle pourrait se jouer dans ces derniers instants chaotiques de formation. Cette grille de lecture oriente désormais la recherche, aussi bien dans notre voisinage cosmique que vers les exoplanètes.
Par Eric Rafidiarimanana, le
Source: futura-sciences.com
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