Une montagne entière disparaît morceau par morceau depuis plus d’un siècle dans l’Utah. Le site atteint aujourd’hui 1 200 mètres de profondeur et 4 kilomètres de large. Son exploitant prévoit pourtant de le faire grandir encore, sans repousser sa profondeur pour l’instant.

Une idée jugée absurde en 1906 a donné naissance à la première mine de cuivre à ciel ouvert du monde
Dès 1887, Enos Wall repère un potentiel inattendu dans les collines de Bingham Canyon. Le sol renferme du cuivre porphyrique, mais en faible concentration. À l’époque, personne n’envisage de l’exploiter à grande échelle. Wall achète malgré tout plusieurs concessions dans la vallée.
L’ingénieur Daniel Jackling croit en une méthode différente. Il veut extraire un minerai pauvre, mais en quantités massives. Ses confrères jugent l’idée absurde, face à seulement 2 % de cuivre. Jackling investit malgré tout et fonde l’Utah Copper Company en 1906.
Un cratère visible depuis l’espace, ouvert aux visiteurs et recordman mondial de production de cuivre
Le site s’étend en spirale, structuré par des gradins concentriques. Chaque terrasse reste assez large pour les camions-bennes géants de l’exploitation minière moderne. Leurs roues atteignent parfois la taille d’un étage d’immeuble. Depuis plus de cent vingt ans, ce chantier avance donc gradin après gradin.
La mine reste ouverte aux touristes entre avril et octobre, si la météo le permet. Un centre d’accueil offre un promontoire pour observer le gouffre. L’ampleur du site dépasse ce qu’on imagine sans le voir. Cette excavation compte parmi les plus grandes jamais réalisées par l’homme, visible depuis l’espace.
La mine a livré plus de cuivre qu’aucun autre site, soit plus de 19 millions de tonnes. Rien qu’en 2021, l’exploitation a produit 159 400 tonnes de cuivre. Elle a aussi livré 139 500 onces d’or et 2 228 000 onces d’argent. L’or et l’argent restent pourtant méconnus du public.
En avril 2013, un glissement de 70 millions de mètres cubes a frôlé la catastrophe sans faire de blessé
Creuser aussi profondément fragilise les parois de la montagne. Le 10 avril 2013, un immense glissement de terrain s’est produit. Environ 65 à 70 millions de mètres cubes de roche ont dévalé le puits. Ce volume reste peut-être le plus important jamais enregistré en Amérique du Nord hors volcan.
Un système radar surveille en permanence la stabilité des parois. Ses alertes permettent de suspendre les opérations juste avant le glissement. On ne déplore donc aucun blessé ce jour-là. Un second glissement, plus modeste, force ensuite l’évacuation de 100 travailleurs en septembre.
Toujours en activité, la mine prépare une extension qui doit prolonger son exploitation jusqu’en 2040
Le site emploie aujourd’hui plus de 2 000 personnes dans la vallée de Salt Lake. Rio Tinto, groupe britanno-australien, en est propriétaire depuis 1989. Sa filiale Kennecott Utah Copper gère l’extraction, la fonderie et la raffinerie sur place. Ce trou porte aussi le label National Historic Landmark depuis 1966.
Rio Tinto prépare désormais un nouveau projet baptisé Apex. Il vise à prolonger la vie de la mine jusque vers 2040. L’objectif consiste à ajouter environ 1,5 million de tonnes de cuivre supplémentaires. La nouvelle production pourrait démarrer dès 2027, selon les prévisions actuelles.
Contrairement aux anciens plans, le puits ne devrait plus s’enfoncer. L’extension porterait plutôt sur la largeur du site, déjà record. La mine continue ainsi d’écrire sa propre histoire industrielle. Ce trou géant n’a donc pas fini de s’agrandir, un siècle après ses débuts.