Une nouvelle théorie du complot vient semer la discorde entre les deux rivaux historiques : la Chine accuse désormais l’armée américaine d’avoir « amené » le coronavirus sur son territoire. La continuité d’une longue série d’attaques.

Des attaques en puissance des deux côtés

Nouveau rebondissement dans la rivalité entre la Chine et les États-Unis ! Après la guerre commerciale qui secoue les deux pays depuis 2018, Zhao Lijian, le ministre chinois des Affaires étrangères, a affirmé sur Twitter, réseau social pourtant interdit en Chine, que le coronavirus apparu à Wuhan en décembre avait en réalité été importé par les Américains. Selon Zhao Lijian, l’armée américaine, en déplacement à Wuhan à l’occasion des Jeux mondiaux militaires (événement pourtant censé promouvoir la paix par le sport entre les différentes armées mondiales) en octobre, aurait transmis le virus. Cela fait suite à un tweet de Donald Trump hier, qui a qualifié l’épidémie de Covid-19 de « virus chinois ». Ce dernier tweet a provoqué l’indignation en Chine, ainsi Geng Shuang, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, y a vu une « stigmatisation de son pays ». Depuis le début de la pandémie, les républicains américains n’ont eu de cesse de se servir du virus afin de dénigrer la Chine, à l’instar de Mike Pompeo, le secrétaire d’Etat (l’équivalent du ministre des Affaires étrangères), qui parlait de « virus de Wuhan », ou Kevin McCarthy, républicain de Californie, qui parlait de « coronavirus chinois ».

Ces attaques s’inscrivent dans un contexte de rivalité entre les deux nations les plus puissantes du monde. Les États-Unis supportent mal de perdre leur supériorité au profit de la Chine, et Donald Trump en particulier, dont la diplomatie ne fonctionne que par des tweets outrageux, ne cesse d’insulter tous ceux, y compris les autres dirigeants mondiaux, qui ont le malheur de lui déplaire. La guerre commerciale, tout d’abord, à coups de hausse de taxes douanières entre les deux pays depuis 2018, a considérablement marqué un net refroidissement des relations entre les deux pays. De même, les deux puissances se livrent à une sorte de « course à l’espace », moindre que celle que les États-Unis ont menée contre l’URSS pendant la Guerre froide, mais tout de même importante, puisque la Chine veut envoyer le premier taïkonaute dans les années 2030, et les États-Unis veulent y voir la première femme durant celle qui s’annonce. Plus récemment, les États-Unis ont apporté leur soutien aux Hongkongais manifestant contre le pouvoir de la Région administrative spéciale (RAS), qu’ils accusent d’être à la botte de Beijing, en contribuant notamment au financement du Civil Human Rights Front, qui a organisé les marches de protestation contre le pouvoir.

Le pouvoir chinois fragilisé par sa mauvaise gestion de l’épidémie

Aucune preuve n’a été apportée à l’accusation profanée contre l’armée américaine. Victor Shih, professeur associé à l’université de Californie, pense que, plus qu’un simple tweet diffamatoire, il pourrait s’agir d’une véritable campagne destinée à faire croire aux populations et aux dirigeants mondiaux que cette idée serait vraie. Cela leur permettrait de ne plus être ‘ceux par qui le malheur est arrivé’ (de nombreuses attaques racistes ont visé les Asiatiques au tout début de l’épidémie), mais que le mal serait venu de l’ennemi impérialiste. Il y a toutefois peu de chances que cette théorie prenne dans le monde. Même au sein de la population chinoise, le retard et la dissimulation de l’information par les autorités ont mené à la colère. La mort du docteur Li Wenliang, ophtalmologiste ayant le premier révélé l’épidémie, en février, a déjà mis le feu aux poudres. Récemment, le 10 mars, un article révélant les pressions auxquelles ont dû faire face les urgentistes a été censuré. Le magazine Rend Wu (‘Les gens’), une filiale du Quotidien du peuple, l’organe de presse officiel du Parti communiste chinois, avait interviewé Ai Fen, la cheffe du département des urgences de l’hôpital central de Wuhan, qui avait relayé les informations de son collègue Li Wenliang, et qui racontait avoir subi des pressions afin de minimiser les risques aux yeux du public.

Aujourd’hui encore, le pouvoir chinois n’a pas l’air de vouloir être honnête. En février, le pouvoir annonçait chaque jour 2 à 2,2 % de morts liés à la maladie, alors qu‘une étude réalisée dans l’hôpital Zhongnan de Wuhan et publiée par le réseau scientifique Jama annonçait un taux de mortalité de 4,3 %. Plus inquiétant (mais malheureusement assez banal pour le pouvoir chinois), l’épidémie aurait eu pour effet de renforcer la censure et le contrôle sur les réseaux sociaux. De nombreux comptes ont été bloqués sur Weibo et WeChat (les équivalents locaux de Twitter et WhatsApp) et, en février, Chen Qiushi, journaliste qui rendait compte de la situation à Wuhan, a purement et simplement disparu, d’autant plus qu’il couvrait les manifestations à Hong Kong.

À l’heure où de nombreux dirigeants internationaux appellent leurs populations et la communauté internationale à l’union sacrée pour faire face à la pandémie, d’autres ne semblent pas considérer l’importance de faire front uni, et semblent n’avoir d’autre préoccupation que de continuer à se disputer avec ses voisins.

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