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Comment le cerveau des pilotes de course apprend à cligner des yeux au bon moment selon une étude japonaise

Quand un pilote élite freine à la limite avant un virage, ses yeux restent grands ouverts : une étude menée au Japon révèle une stratégie cérébrale reproductible, mais propre à chaque pilote, pour gérer la charge cognitive extrême.

Voiture de course avec pilote roulant à grande vitesse dans un virage sur circuit automobile
Un pilote de course négocie un virage à haute vitesse sur circuit, démontrant maîtrise et performance en conditions extrêmes – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Ce que trois pilotes élites ont révélé sur leur manière de cligner au volant pendant sept heures d’essais

L’étude a été dirigée par Ryota Nishizono, ancien cycliste professionnel devenu neuroscientifique chez NTT Communication Science Laboratories. Son équipe a suivi trois pilotes élites de Super Formula sur 304 tours, répartis sur trois circuits japonais, pour un total de 7,9 heures de données. Les pilotes étaient équipés d’un eye-tracker Pupil Core à 120 Hz. Chaque battement de cil était synchronisé avec la télémétrie de leur voiture.

Les résultats montrent une précision frappante. Chaque pilote cligne aux mêmes endroits du circuit à chaque passage, tour après tour. Pourtant, la variabilité entre pilotes éclipse cette précision. Le pilote A cligne 8,4 fois par minute. Le pilote C en franchit 53,8. L’écart entre eux atteint un facteur six. Ces différences individuelles coexistent avec un pattern commun. La suppression du clignement s’intensifie dans les zones de freinage extrême et dans les virages à forte accélération latérale. Ce sont les moments où la charge cognitive atteint son pic.

Pourquoi le cerveau supprime le clignement au moment précis où la charge cognitive grimpe

Un clignement dure environ 100 à 150 millisecondes d’occlusion optique pure, période pendant laquelle la vision disparaît complètement. Mais le cerveau prépare cette extinction à l’avance. La suppression neurale visuelle commence 100 millisecondes avant la fermeture des paupières, et persiste jusqu’à 200 millisecondes après leur réouverture. À 300 kilomètres par heure, ces 200 millisecondes représentent environ 16 mètres parcourus sans vision utile.

Face à cet arbitrage coûteux, le cerveau du pilote expert fonctionne comme un gestionnaire de ressources cognitives. Lors des moments exigeant une attention maximale, il inhibe le clignement. Il le repousse vers les instants de faible charge, comme les lignes droites ou les portions stables du circuit. Cette stratégie est connue en neurosciences. Le taux de clignement suit une relation inverse avec la charge cognitive, dans un mécanisme médié par la dopamine. Les auteurs reconnaissent une limite importante. Avec seulement trois pilotes et des circuits familiers, il reste impossible d’isoler ce qui relève de l’expertise ou de l’habitude du terrain.

De la piste au simulateur, comment l’eye-tracking transforme la formation des pilotes et d’autres métiers à haute tension

Depuis 2024, le partenariat entre HarmonEyes et Formula Medicine a transposé ce type d’eye-tracking du laboratoire vers le simulateur professionnel. Le clignement sert désormais de capteur non-invasif pour mesurer fatigue et charge cognitive en temps réel. Une étude récente publiée dans Frontiers Neuroergonomics couple désormais télémétrie et électroencéphalogramme en simulateur motorsport. Elle permet de corréler précisément l’état cérébral et la performance de pilotage.

Ce que la piste révèle chez les pilotes élites intéresse bien au-delà du motorsport. Les mêmes principes sur l’allocation de l’attention sous pression extrême s’appliquent aux chirurgiens, aux contrôleurs aériens ou aux pilotes d’avion de chasse. Le clignement devient ainsi une fenêtre non-invasive sur la manière dont un cerveau expert tient la distance face à la charge mentale.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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