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C. J. Walker, cette fille d’esclaves devenue la première entrepreneuse millionnaire des États-Unis

Une femme définitivement en avance sur son temps

En bâtissant un véritable empire dans le domaine des soins capillaires, C. J. Walker a marqué à jamais l’histoire des États-Unis. Toute sa vie, cette fille d’esclaves a également combattu les injustices et les préjugés raciaux, luttant pour les droits et l’indépendance des femmes.

Née près de la ville de Delta en 1867, Sarah Breedlove est le premier membre de sa famille à être venu au monde libre. Jusqu’à la Proclamation d’Émancipation, signée en 1863, ses proches travaillaient, comme la grande majorité des Noirs de Louisiane, dans une plantation de coton.

Orpheline dès l’âge de 7 ans, ses parents ayant succombé à une épidémie de fièvre jaune, elle est forcée d’emménager avec sa sœur et son mari. Travaillant ensuite comme domestique, elle se marie à l’âge de 14 seulement avec Moses McWilliams. De cette union naît Lelia. McWilliams meurt trois ans plus tard, et Sarah Breedlove déménage avec sa fille à Saint-Louis, dans l’État du Missouri.

Des esclaves travaillant dans une plantation de coton durant la seconde moitié du XIXe siècle

En 1894, elle se remarie avec John Davis, dont elle se sépare neuf ans plus tard. Elle déménage alors à Denver et commence à travailler comme blanchisseuse pour la modeste somme d’un dollar par jour, afin de pouvoir financer les études de sa fille. Mais comme beaucoup d’autres femmes travaillant dans ce secteur, elle constate rapidement que les produits chimiques qu’elle utilise abîment sa peau et ses cheveux.

Sarah évoque ce problème avec ses frères, tous barbiers à Saint-Louis, qui l’orientent vers Annie Turnbo Malone, une entrepreneure afro-américaine qui lui apprend comment mettre au point des soins capillaires. Forte de ces connaissances, elle développe dès l’année suivante sa propre ligne de produits capillaires et cosmétiques, spécialement conçue pour les femmes noires. En 1906, elle fonde sa société à Denver.

Quelques mois plus tôt, elle a rencontré le journaliste Charles Joseph Walker, son troisième et ultime époux. Se faisant désormais appeler Madam C. J. Walker, elle conserve ce nom après leur divorce, prononcé six ans plus tard, et l’appose même sur ses produits. Pratiquant le porte-à-porte, elle apprend aux Afro-Américaines comment les utiliser, ce qui lui permet de populariser son célèbre « Madam C. J. Walker’s Wonderful Hair Grower ».

Son activité se développant à un rythme extrêmement soutenu, C. J. Walker lance son service de vente par correspondance, également basé à Denver. Quelque temps plus tard, elle ouvre le Lelia College, du nom de sa fille, où elle dispense des cours et forme de véritables professionnelles des soins capillaires. Cela lui permet d’ouvrir rapidement des manufactures dans les villes de Pittsburgh, Indianapolis, ainsi que le quartier de Harlem à New York.

De 1911 à 1916, C. J. Walker emploie des milliers de femmes, qui travaillent dans ses boutiques ou se spécialisent dans le porte-à-porte. Ses produits capillaires et cosmétiques sont désormais vendus à travers tous les États-Unis, ainsi qu’une partie des Caraïbes. Il s’agit ni plus ni moins de l’une des affaires les plus rentables de l’époque.

En plus de l’utilisation des soins capillaires et des techniques de vente, Walker enseigne aussi comment créer et faire croître une entreprise, et apprend aux femmes à établir un budget et à devenir indépendantes financièrement. En 1917, elle tient une conférence marquante à Philadelphie, durant laquelle elle défend l’entrepreneuriat féminin et encourage les participantes à s’engager dans la vie civique et politique.

Accueillant pas moins de 200 femmes, il s’agit de l’un des premiers événements de ce type aux États-Unis. Définitivement en avance sur son temps, Walker confie ensuite les rênes de la compagnie à sa fille, et se tourne vers l’activisme et la philanthropie, faisant don de plus de 100 000 dollars à des institutions et causes diverses, et créant également des associations.

Madam C. J. Walker (au volant) de sortie avec ses amies

Lorsqu’elle s’éteint en 1919, son testament stipule que les deux tiers des profits futurs de sa société seront reversés à des orphelinats et des œuvres de bienfaisance. Les États-Unis lui rendent hommage en 1993 en l’intronisant au National Women’s Hall of Fame, et un timbre à son effigie est émis en 1998 par le United States Postal Service.

Pour aller plus loin, découvrez l’histoire de Sarah Rector, cette descendante d’esclaves devenue millionnaire à 10 ans.

Par Yann Contegat, le

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