Surnommé « l’ancêtre de Tinder », ce chêne centenaire aide les âmes soeurs à se retrouver

Surnommé « l’ancêtre de Tinder », ce chêne centenaire aide les âmes soeurs à se retrouver

Connu sous le nom de Der Bräutigamseiche (le Chêne de l’époux), cet arbre cinq fois centenaire situé à la périphérie de la ville d’Eutin qui reçoit chaque année plus de 1 000 lettres a permis à de nombreux célibataires de se rencontrer et serait responsable de plus de 100 mariages. Certains le considèrent même comme le véritable l’ancêtre des sites de rencontres.

« L’ANCÊTRE DE TINDER »

Au fil du temps, le Chêne de l’époux est devenu l’une des principales attractions touristiques de la petite ville d’Eutin en Allemagne. Chaque année, des centaines de personnes à travers le monde lui adressent leurs missives et espèrent trouver l’âme sœur pour le prix d’un timbre-poste.

L’arbre se trouve au cœur de la forêt de Dodauer, à une centaine de kilomètres d’Hambourg

Marie de Brandebourg aimerait rencontrer un homme qui sache danser, Heinrich cherche une partenaire qui adore les voyages, tandis que Liu de Shijiazhuang, en Chine, aimerait simplement correspondre avec une allemande.

Pour le facteur à la retraite Karl-Heinz Martens, 72 ans, chargé pendant plus de 20 ans de placer ces lettres dans le tronc du chêne plusieurs fois centenaire, cet arbre a définitivement « quelque chose de magique et de romantique ».

Martens possède un album rempli de photos, de lettres provenant du monde entier et de coupures de journaux évoquant les belles rencontres permises par « l’ancêtre de Tinder », le surnom affectueux donné à l’arbre par les internautes.

Des mariés prennent la pose au pied du Chêne de l’Époux (1900)

Si le Chêne de l’époux, responsable d’une centaine de mariages, bénéficie aujourd’hui d’une renommée internationale, il était à l’origine le témoin privilégié d’une histoire d’amour interdite, il y a de cela 128 ans.

En 1890, Minna, une jeune allemande, tombe amoureuse d’un chocolatier prénommé Wilhelm. Le père de cette dernière lui interdit de le voir, et les deux amants commencent à échanger secrètement des lettres enflammées, qu’ils placent dans le tronc du chêne. Un an plus tard, le père de Minna lui donne la permission d’épouser Wilhelm, et ces derniers se marient le 2 juin 1891, à l’ombre des branches de l’arbre.

Cette histoire digne d’un conte de fée fait le tour de l’Allemagne, et bientôt, des centaines de romantiques remplis d’espoir commencent à adresser leurs lettres au Chêne de l’époux.

L’arbre reçoit tellement de courrier, que la Deutsche Post décide en 1927 de lui attribuer son propre code postal et son propre facteur. Une échelle est placée contre son tronc afin de permettre aux curieux d’accéder facilement au trou faisant office de « boite aux lettres naturelle », où sont glissées les missives.

LA DEUTSCHE POST LUI ATTRIBUE SON PROPRE CODE POSTAL EN 1927

Quiconque passe à proximité du chêne peut ouvrir, lire et répondre aux lettres, mais il est indispensable de respecter une règle simple, comme l’explique Martens : « Si vous ouvrez une lettre à laquelle vous ne souhaitez pas répondre, vous devez la remettre dans l’arbre pour quelqu’un d’autre puisse la trouver ».

Les lettres adressées au Chêne de l’époux viennent du monde entier

L’ARBRE REÇOIT 1 000 LETTRES CHAQUE ANNÉE

Selon Martin Grundler de la Deutsche Post : « L’arbre reçoit environ 1 000 lettres par an, principalement durant la période estivale. Je suppose que c’est la saison où tout le monde veut tomber amoureux ».

Selon la légende, si une femme fait trois fois le tour du tronc de l’arbre par une nuit de pleine lune en pensant à l’homme qu’elle aime, sans prononcer un mot ou rire, elle se mariera dans l’année.

Avant la chute du Mur de Berlin, il n’y a aucun contact entre les Allemands de l’Est et de l’Ouest, et de nombreuses lettres adressées à l’arbre demandent quel genre de musique écoutent les gens de l’autre côté du mur et quel genre de voitures ils conduisent.

En 1988, Martens place dans le tronc du chêne la lettre de Claudia, une jeune fille est-allemande de 19 ans qui recherche un correspondant. Un fermier ouest-allemand nommé Friedrich Christiansen tombe sur sa lettre et décide de lui répondre. Friedrich et Claudia vont échanger des dizaines de lettres durant près de deux ans. Lorsque le Mur de Berlin tombe, ils se rencontrent enfin et se marient quelques mois plus tard.

En 1989, c’est le facteur lui même qui trouve l’amour en découvrant une note manuscrite d’une certaine Renate lui étant directement adressée : « J’aimerais vous rencontrer, vous êtes tout à fait mon genre, et je me sens seule ». Ils se marient finalement en 1994 et la réception est évidemment organisée sous le chêne.

LE FACTEUR ATTITRÉ DU CHÊNE DE L’ÉPOUX TROUVE L’AMOUR SOUS SES BRANCHES EN 1989

Ironie du sort, l’arbre centenaire, qui a vu naître tant d’histoires d’amours solides au fil des années, n’a pas connu une vie sentimentale heureuse. Il a été marié symboliquement à un châtaignier de 200 ans près de Düsseldorf en 2009, qui a dû être abattu 6 ans plus tard, le laissant veuf. Aujourd’hui encore, il reste le seul arbre au monde disposant de sa propre adresse postale. Six jours par semaine depuis 91 ans, son facteur attitré traverse la forêt, qu’il pleuve qu’il neige ou qu’il vente, et grimpe à l’échelle pour placer les lettres dans son tronc.

Si vous souhaitez écrire au Chêne de l’époux, voici son adresse :

Bräutigamseiche

Dodauer Forst

23701 Eutin, Germany

L’émotion nous égare : c’est son principal mérite.

— Oscar Wilde