Et si la clé des allergies se jouait avant même les premiers éternuements ? Une molécule méconnue, présente dans l’intestin de certains nourrissons, pourrait bien transformer notre manière d’aborder la santé infantile. Une piste inédite pour prévenir les allergies avant même leur apparition.

Une molécule issue du microbiote infantile capable de freiner les réactions allergiques
Imaginez une molécule minuscule, produite par certaines bactéries intestinales, qui jouerait dès la naissance un rôle de chef d’orchestre du système immunitaire. En effet, dès les premiers jours de vie, notre organisme commence déjà à se façonner sous l’influence du microbiote.
Ce scénario n’est plus une fiction. En effet, plusieurs travaux récents confirment cette intuition. Des chercheurs danois ont identifié une substance naturelle aux propriétés immuno-modulatrices très puissantes chez le nourrisson. Par exemple, ce composé, le 4-hydroxyphényl lactate (ou 4-OH-PLA), est généré par certaines bifidobactéries.
Ainsi, il réduit significativement la production des anticorps IgE, responsables de nombreuses allergies, tout en laissant intactes les autres fonctions immunitaires. Autrement dit, il freine l’emballement allergique, sans affaiblir les défenses naturelles de l’organisme.
Un lien fort entre présence de bifidobactéries et baisse des allergies dans les premières années de vie
Aujourd’hui, Un enfant sur trois souffre d’une forme d’allergie. Dès lors, on peut se demander pourquoi certains sont plus vulnérables que d’autres. Mais alors, pourquoi une telle vulnérabilité dès le plus jeune âge ? Pour y répondre, des chercheurs ont suivi 147 enfants pendant cinq ans, étudiant leur microbiote, les métabolites produits et leurs réponses immunitaires face aux allergènes courants.
Ils ont constaté que les nourrissons présentant une forte concentration de bifidobactéries productrices de 4-OH-PLA dans leurs selles au cours des premiers mois développaient nettement moins de réactions allergiques par la suite. Par conséquent, il semble que certains profils bactériens soient naturellement protecteurs.
Ainsi, cette observation suggère un rôle protecteur actif du microbiote intestinal dans les premières étapes du développement immunitaire. Et ce n’est pas une simple corrélation. En pratique, le 4-OH-PLA agit en modulant l’équilibre immunitaire dès la naissance. En l’absence de ces bactéries, le système immunitaire peut sur-réagir à des éléments inoffensifs, déclenchant rhinites, eczéma ou asthme. Une flore intestinale équilibrée : une barrière naturelle contre les allergies.
Trois facteurs naturels qui favorisent la présence de bifidobactéries protectrices chez le nourrisson
Mais alors, comment favoriser la présence de ces bactéries protectrices ? L’étude pointe trois facteurs majeurs : une naissance naturelle, un allaitement exclusif et des contacts précoces (avec des frères, sœurs, autres enfants…). Ces conditions facilitent une transmission naturelle des bifidobactéries de la mère à l’enfant.
Autrement dit, la façon dont un nourrisson interagit avec son environnement peut orienter toute sa trajectoire immunitaire. C’est pourquoi ces facteurs précoces méritent une attention particulière. Et dans nos sociétés occidentales, de plus en plus aseptisées, cette colonisation bénéfique tend à disparaître, ce qui pourrait expliquer en partie la flambée des maladies allergiques.
Une stratégie préventive inédite : probiotiques et laits enrichis pour bébés à risque
Heureusement, la bonne nouvelle, c’est qu’on peut agir. Des pistes concrètes sont à l’étude : l’élaboration de probiotiques ciblés et laits enrichis pour stimuler la production de 4-OH-PLA. Par ailleurs, des essais cliniques sont déjà en cours au Danemark, dans le cadre du projet « Begin », pour tester cette approche sur des nourrissons à risque.
L’objectif est ambitieux mais prometteur : prévenir l’asthme et les allergies en amont. En somme, loin d’être une anecdote de laboratoire, cette découverte change la donne : elle remet le microbiote intestinal au cœur des stratégies de prévention. Enfin, cette avancée nous invite, peut-être, à repenser notre rapport à l’hygiène, à l’accouchement et à l’alimentation infantile.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Source: Futura
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