Une équipe de l’Institut de Potsdam a évalué, pour 169 pays, ce que la lutte contre le réchauffement fait gagner ou perdre à chaque économie d’ici 2100. Publiée le 15 octobre 2026, l’étude classe les États en cinq groupes d’intérêts. Ce découpage éclaire pourquoi la transition énergétique avance si inégalement dans les négociations.

Quatre leviers économiques permettent au PIK de comparer l’exposition de 169 pays à la décarbonation
L’article, intitulé « Quantifying assets for the geopolitics of climate change mitigation », paraît dans Nature Sustainability. Il est signé par Guanna Pan, chercheuse au Potsdam-Institut für Klimafolgenforschung (PIK), avec plusieurs collègues dont le directeur Ottmar Edenhofer. L’objectif consiste à mesurer comment l’action climatique modifie la valeur des actifs nationaux selon le niveau d’ambition retenu.
Pour cela, l’équipe combine quatre effets. D’abord, la baisse de la demande en énergies fossiles réduit les recettes tirées du pétrole, du gaz et du charbon. Ensuite, les dommages climatiques évités protègent les économies, tandis que le solaire, l’éolien et la capacité à stocker du carbone, forestière ou gérée, gagnent en valeur.
Dix-neuf États dépendants du pétrole, du gaz ou du charbon risquent de freiner les mesures les plus ambitieuses
Le premier groupe réunit 19 pays dont les revenus reposent largement sur les hydrocarbures et le charbon. Selon les auteurs, ces États auraient intérêt à s’opposer aux mesures ambitieuses, puisqu’ils supporteraient l’essentiel des pertes. Cependant, leur poids reste limité, car ils ne représentent qu’environ 6 % de la production économique mondiale.
À l’autre extrémité, trois groupes apparaissent comme de grands gagnants. Ainsi, 51 pays du Sud global subiraient des dégâts climatiques particulièrement lourds sans transition rapide. Par ailleurs, 13 pays au fort potentiel solaire et éolien, majoritairement africains, ainsi que 17 pays dotés d’importants puits de carbone, tireraient également profit d’une action accélérée.
Les 69 économies aux impacts modérés, dont la Chine, les États-Unis et l’Union européenne, totalisent 81 % du PIB mondial
Ces trois groupes favorables ne cumulent pourtant que 13 % de la production mondiale. Dès lors, l’essentiel du poids économique se concentre dans un cinquième ensemble de 69 pays aux impacts modérés. Il rassemble notamment la Chine, les États-Unis et les membres de l’Union européenne.
Pour ces économies, les bénéfices de la politique climatique peuvent atteindre des montants considérables en valeur absolue, surtout grâce aux catastrophes évitées. En revanche, rapportés à la taille de leur économie, ces gains restent moins spectaculaires que pour les grands gagnants. Surtout, le PIK souligne que Washington, Bruxelles et Pékin sont touchés de manière étonnamment similaire.
Les chercheurs recommandent des accords globaux pour rallier les pays perdants, sans garantie politique de succès
Face à ces intérêts divergents, l’équipe recommande des accords globaux, appelés « package deals ». Concrètement, les efforts demandés aux pays réticents seraient associés à des contreparties commerciales, à des coopérations en recherche ou à des transferts financiers compensant leurs pertes. Une telle logique s’inscrit dans la continuité des débats sur la finance climatique.
Toutefois, ces résultats reposent sur des scénarios de modélisation à l’horizon 2100, avec les incertitudes inhérentes à de telles projections. De plus, la carte décrit des intérêts économiques et non les choix politiques réels des gouvernements. Selon Ottmar Edenhofer, l’action climatique ne détruit pas seulement des actifs, elle en crée de nouveaux qui soutiennent la prospérité future.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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