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Camille Noûs est une personne pour le moins occupée. Ses écrits couvrent des sujets allant de la biologie moléculaire à la socio-économie. Un corpus de travaux impressionnant lui ayant valu de figurer en bonne place au sein des classements internationaux et de bénéficier d’une certaine renommée.

Un scientifique « fantôme » particulièrement prolifique

Créé par RogueESR, groupe d’universitaires français s’opposant fermement la politique menée par le gouvernement actuel dans le domaine de l’enseignement et de la recherche, l’auteur fictif Camille Noûs a pour principal but de mettre en évidence la facilité avec laquelle les systèmes de classement peuvent être exploités. Ses scores impressionnants illustrant l’absurdité des indicateurs actuellement utilisés pour évaluer les travaux scientifiques.

Publiant depuis un an environ, Noûs a déjà cosigné près de 200 articles scientifiques. Une productivité impressionnante visant à montrer que la recherche est avant tout un processus collaboratif et à dénoncer l’accent actuellement mis sur la méritocratie (ou « darwinisme », selon les termes du président du CNRS), qui nie complètement cette dimension collective.

En France, le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES), autorité administrative indépendante, décide en substance de qui est excellent et qui ne l’est pas, et l’une des principales caractéristiques qu’il utilise pour le déterminer se résume au nombre d’articles publiés par chaque chercheur.

Pour RogueESR, l’initiative Camille Noûs vise en particulier à rompre « avec la rhétorique de la trouvaille géniale et solitaire qui justifie le marketing de soi-même, la course au chiffre, l’évaluation à l’impact et la mise en concurrence des scientifiques ».

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Dénoncer l’évaluation quantitative de la recherche

« Je l’ai vu comme un acte revendicatif, une bonne manière de manifester le fait que la manière dont l’édition scientifique et l’évaluation scientifique fonctionnent n’est pas en adéquation avec les valeurs académiques », estime Stéphane André, professeur à l’université de Lorraine et l’un des premiers à avoir inscrit Camille Noûs en tant que coauteur de l’un de ses articles.

« L’avènement des classements basés sur la liste des articles publiés pousse les chercheurs à ne plus vouloir faire avancer le savoir mais leur propre nombre de publications. »

Camille Noûs est peut-être un auteur scientifique fictif, mais les problèmes l’ayant rendu nécessaire sont bien réels. De telles actions illustrent la lassitude de nombreux chercheurs dans le monde vis-à-vis du cadre universitaire actuel et du monopole exercé par des entités telles que les revues ou les conseils, décidant de leur sort et de celui de leurs travaux sur la base de paramètres biaisés ou arbitraires.

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