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Blue Origin fait atterrir sa fusée géante pour la première fois, et ça ne suffit pas à sauver la mission

Le booster central de New Glenn a atterri sans encombre sur sa plateforme maritime, une première pour Blue Origin, mais un moteur de l’étage supérieur a largué le satellite de son client près de 300 kilomètres sous l’orbite cible.

Booster de la fusée New Glenn de Blue Origin posé verticalement sur une plateforme en mer au coucher du soleil
Le premier étage de la fusée New Glenn de Blue Origin après un atterrissage réussi sur une barge en pleine mer, sous une lumière dorée réaliste – DailyGeekShow.com / Image Illustration

La mission NG-3 a réussi le retour du booster et perdu le satellite en quelques minutes d’écart

La fusée New Glenn a décollé le 19 avril 2026 depuis Cape Canaveral. Elle emportait notamment le satellite BlueBird 7 de l’opérateur AST SpaceMobile. Neuf minutes plus tard, le booster central touchait la plateforme maritime Jacklyn. Or cette plateforme n’avait jamais accueilli d’atterrissage complet avant ce vol. C’était un jalon attendu, puisque l’équipe avait remplacé les sept moteurs BE-4 au préalable. La réutilisation complète du premier étage se confirmait enfin.

Mais l’étage supérieur, lui, a trébuché juste après. L’un des deux moteurs BE-3U n’a pas délivré la poussée attendue. Le second allumage devait circulariser l’orbite et ne l’a pas fait. Le satellite a finalement atteint une trajectoire de 154 sur 494 kilomètres. L’orbite visée était de 460 sur 460, soit 296 kilomètres plus haut.

Dave Limp, le patron de Blue Origin, a publié une mise au point sur X dès le lendemain. Il a reconnu que la société n’avait pas tenu son engagement orbital. AST a ensuite désorbité BlueBird 7, et l’assurance couvre la perte.

Un moteur d’étage supérieur hérité de la capsule touristique New Shepard qui n’a pas tenu sa promesse

Le BE-3U affiche sur le papier 941 kilonewtons de poussée. Il carbure également au couple hydrogène liquide et oxygène liquide. Il descend directement du BE-3 qui propulse New Shepard depuis dix ans. New Shepard est la capsule suborbitale qui emmène des passagers privés au-dessus de la ligne de Kármán. L’adaptation pour l’espace vide ajoute une tuyère longue et des allumages multiples en orbite. Elle impose aussi des contraintes thermiques absentes du vol suborbital. Avant son premier vol orbital de janvier 2025, le moteur comptait environ sept cents secondes de tests au banc.

L’équipe de Blue Origin mène désormais son enquête sous supervision de la FAA. L’autorité fédérale refuse d’autoriser un nouveau vol sans validation préalable. Elle attend le rapport d’enquête et les correctifs associés. La FAA applique cette séquence depuis les incidents Falcon 9 et Starship.

Depuis deux ans, les grands lanceurs américains trébuchent tous sur la même marche en orbite

Le vol de Blue Origin s’inscrit dans une série qui intrigue les observateurs du secteur. En juillet 2024, un Falcon 9 a perdu vingt satellites Starlink. Une fuite d’oxygène liquide sur une sonde avait privé le moteur Merlin Vacuum de sa circularisation.

Six mois plus tard, le Starship de SpaceX a enchaîné deux pertes d’étage supérieur consécutives. Ces pertes sont survenues en janvier puis mars 2025. La fusée est restée clouée au sol plus de quatre mois au total. Le Vulcan Centaur d’United Launch Alliance a connu son propre incident de propulseur d’appoint début 2026.

L’étage supérieur concentre désormais les défaillances des fusées neuves ou récentes. Il doit survivre au vide et rallumer ses moteurs en orbite. Il doit aussi maintenir ses ergols froids et tenir une poussée de finition précise. Autant de contraintes qui ne pardonnent aucune marge de calcul.

AST SpaceMobile encaisse la perte, Blue Origin voit ses contrats Kuiper et Pentagone se tendre

Du côté du client, AST SpaceMobile a reconnu la perte dès le soir du vol. Le groupe a déposé un document auprès de la SEC dans la foulée. Son assurance de 30 millions de dollars couvre le satellite BlueBird 7. Les trois unités suivantes partiront dans une trentaine de jours. Le groupe maintient son objectif de quarante-cinq satellites en orbite fin 2026. Il encaisse un mois de retard.

Pour Blue Origin, l’équation se durcit. L’entreprise doit assurer vingt-quatre lancements Kuiper commandés par Amazon. Des missions militaires suivront au titre du contrat NSSL Phase 3. Ce contrat pèse 2,4 milliards de dollars et démarre dès 2027. Chaque mois passé au sol repousse pourtant la cadence visée. Dave Limp avait publiquement posé une cible de huit à douze vols pour 2026.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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