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Ce chasseur allemand en bois de 1945 décollait à la verticale comme une fusée, et son unique vol habité a viré au drame

En 1945, l’Allemagne a mis au point un intercepteur en bois avec un moteur-fusée. Le Bachem Ba 349 Natter devait frapper les bombardiers alliés en quelques secondes. Mais son unique vol habité a tourné au drame en moins d’une minute.

Un Bachem Ba 349 Natter décolle verticalement depuis sa tour de lancement, propulsé par une puissante flamme et un épais panache de fumée.
Le Bachem Ba 349 Natter s’élance à la verticale depuis sa tour de lancement. Conçu en Allemagne en 1945 comme un intercepteur propulsé par fusée, l’appareil n’a jamais combattu et son unique vol habité s’est terminé par la mort du pilote Lothar Sieber. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Le Natter décollait à la verticale comme un missile et le pilote ne reprenait les commandes qu’en altitude

Le Natter se passait de piste et de roulage. Il partait à la verticale depuis une tour de lancement, grâce à un moteur-fusée Walter. Ensuite, un guidage automatique devait mener l’engin vers les bombardiers. Le pilote ne reprenait les commandes qu’une fois en altitude.

Cette formule répondait à une urgence militaire. Les bombardiers alliés frappaient le territoire allemand presque sans opposition efficace. Il fallait donc une arme rapide à produire et peu coûteuse. Un pilote peu expérimenté devait pouvoir tirer ses roquettes sur un bombardier, puis quitter l’appareil.

Ce concept faisait du Natter un cas à part. L’appareil ressemblait plus à un missile habité qu’à un avion classique. Après le tir de ses roquettes, il plongeait vers 3 000 mètres d’altitude et se comportait comme un planeur. Le pilote quittait alors l’engin en parachute.

Faute d’aluminium, Erich Bachem a imaginé en août 1944 un intercepteur en bois, testé dans la précipitation

Erich Bachem a conçu le projet en août 1944, sous la désignation BP-20. L’aluminium manquait, car l’industrie aéronautique l’accaparait pour des appareils plus conventionnels. Bachem a donc choisi le bois, abondant et facile à travailler. Une main-d’œuvre peu qualifiée pouvait ainsi assembler l’engin.

Les essais ont suivi un calendrier très serré. Des vols planés ont d’abord testé la cellule, puis des lancements sans pilote ont réussi. Berlin pressait pourtant Bachem de tenter un vol habité avant fin février 1945. Bachem jugeait ces essais trop courts, mais il a fini par céder.

Le 1er mars 1945, le Natter de Lothar Sieber monte droit, bascule sur le dos et s’écrase en moins d’une minute

Le 1er mars 1945, Lothar Sieber monte à bord du Natter Ba 349A M23. Heuberg, un terrain d’essai du sud de l’Allemagne, sert de site de lancement. Ce pilote d’essai a 22 ans. Les ingénieurs n’ont pas encore installé le pilote automatique, donc Sieber doit tout piloter lui-même.

Le Natter décolle à la verticale et monte droit pendant quelques secondes. Puis il bascule soudain sur le dos et suit une trajectoire incontrôlée. La verrière du cockpit s’arrache en plein vol. Selon une reconstitution, l’appui-tête, fixé à la verrière, a sans doute fait perdre connaissance au pilote.

L’engin retombe ensuite en piqué et s’écrase à quelques kilomètres du pas de tir. Le vol a duré entre 32 et 55 secondes, selon les sources. Lothar Sieber meurt, mais devient le premier homme à décoller à la verticale grâce à une fusée. Youri Gagarin ne suivra qu’en 1961.

Sur 36 Natter construits, aucun n’a combattu, et les Allemands ont détruit les derniers face à l’avancée alliée

La mort de Sieber n’a pas arrêté le programme. Les autorités allemandes avaient commandé 200 exemplaires, mais l’industrie en a livré seulement 36 exemplaires. Une dizaine d’appareils ont même pris position dans les derniers jours de la guerre. Pourtant, aucun n’a mené de mission de combat.

Face à l’avancée alliée, les Allemands ont détruit les exemplaires restants. Les Américains ont toutefois récupéré un Natter après la guerre, pour l’étudier. Aujourd’hui, un site de lancement intact subsiste dans la forêt de Hasenholz. Le projet est resté sans lendemain, faute de maturité technique.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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