Deux rivaux qui s’affrontent pour les contrats lunaires de la NASA vont se retrouver arrimés, en quelques jours, au même vaisseau Orion en orbite basse : c’est le pari audacieux d’Artemis III, prévu en 2027 avec quatre astronautes à bord.

Deux entreprises qui briguent le même contrat lunaire mais que la NASA a choisi de tester ensemble lors d’une unique mission orbitale
Blue Origin et SpaceX se disputent les contrats d’atterrissage lunaire de la NASA depuis plusieurs années. L’agence a, en effet, retenu les deux entreprises : Blue Moon Mark 2 pour Blue Origin, Starship HLS pour SpaceX. Pourtant, lors d’Artemis III en 2027, ces rivaux ne s’affronteront pas en orbite : ils se succéderont à bord d’une même mission, à quelques jours d’intervalle.
La restructuration du programme, annoncée en février 2026, a transformé Artemis III en exercice préparatoire à basse altitude. Plutôt que d’envoyer des astronautes sur la Lune dès cette étape, la NASA a opté pour une démonstration au plus proche de la Terre. L’équipage peut ainsi rentrer rapidement en cas de problème, comme l’explique Lori Glaze, de la direction des systèmes d’exploration à la NASA : « Quel que soit l’atterrisseur prêt à partir, c’est avec lui que nous irons. »
Un précédent existe pourtant dans l’histoire spatiale. Soyouz T-15 constitue pourtant l’unique antécédent connu : en 1986, cet équipage soviétique a rejoint successivement les stations Saliout 7 et Mir au cours d’une même expédition. Aucune mission habitée n’avait cependant encore engagé deux systèmes de transport commerciaux issus de sociétés rivales lors d’une même séquence orbitale.
Des atterrisseurs aux architectures opposées, avec des protocoles d’amarrage entièrement distincts pour chaque phase de la mission
La différence entre les deux appareils commence par leur gabarit. Blue Moon Mark 2 mesure environ seize mètres de hauteur, contre cinquante-deux mètres pour le Starship de SpaceX. Orion s’arrimera ainsi sur le côté du Blue Moon, adjacent à la cabine équipage. Deux membres d’équipage franchiront ensuite le sas du Blue Moon. Ils évalueront les systèmes de maintien en vie, les commandes de vol et l’ergonomie de la cabine.
L’accès à Starship sera, en revanche, très différent. Orion s’arrimera nez-à-nez à l’immense vaisseau, mais aucun astronaute n’entrera dans le Starship pendant la mission. L’objectif se limite à vérifier la compatibilité des protocoles de liaison et de guidage entre les deux engins. Cette asymétrie dit tout de la logique d’Artemis III. Blue Origin teste un accès physique en cabine, SpaceX valide une interopérabilité à distance.
Un ballet entre trois fusées et deux logiciels rivaux, diffusé en direct depuis l’orbite grâce à une technologie inédite
La séquence orbitale recèle une particularité technique peu connue. Lors de la phase d’amarrage avec Blue Moon, le logiciel de vol d’Orion contrôle l’ensemble de la pile intégrée. Lors de la phase SpaceX, Starship prend alors le commandement du vaisseau combiné. Ce transfert d’autorité entre deux logiciels concurrents, au cours d’une même mission habitée, constitue un premier absolu dans l’histoire spatiale.
Pour transmettre ces opérations en direct, la NASA a installé deux terminaux laser Starlink sur la coque d’Orion. Ces antennes diffuseront des images 4K depuis l’orbite, remplaçant des satellites relais gouvernementaux vieux de quarante ans.
Ce que Blue Origin et SpaceX risquent vraiment lors de cette mission, avant le départ pour l’alunissage prévu en 2028
Artemis III n’est pas une fin en soi. L’alunissage humain au pôle sud de la Lune reste prévu pour 2028 lors d’Artemis IV. Cette mission ne fera appel qu’à un seul atterrisseur. Les données collectées lors d’Artemis III éclaireront donc directement ce choix final. Les deux entreprises partagent les mêmes astronautes en 2027, mais savent qu’elles se disputeront les prochains.
Jeremy Parsons, directeur Artemis pour l’agence spatiale américaine, souligne la complexité de l’exercice. Il évoque une séquence de lancement exigeante depuis plusieurs pas de tir distincts, assortie d’opérations de mission redoutables pour les équipes au sol comme en vol. Trois fusées, deux rivaux, un seul alunissage à décrocher : la véritable compétition commence, finalement, dès maintenant.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le