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Quand l’art moderne servait à torturer durant la guerre civile espagnole

Ces « checas » mêlaient abstraction géométrique et surréalisme

Considéré comme « dégénéré » par les nazis, l’art moderne a été utilisé durant la guerre civile espagnole pour créer des cellules d’un tout nouveau genre, mêlant torture physique et psychologique.

L’ART COMME MOYEN DE TORTURE

En 2003, l’historien espagnol Jose Milicua révélait la première utilisation de l’art moderne comme moyen de torture : des cellules secrètes dont il attribuait la paternité à un certain Alphonse Laurencic, peintre français se définissant comme anarchiste.

Ironiquement, les premières structures « psychotechniques », construites à Barcelone, visaient à pousser à bout les partisans du général Franco (qui exécrait ce courant artistique). Mais suite à la prise de pouvoir de ce dernier en 1939, elles ont commencé à fleurir dans tout le pays et étaient alors utilisées pour torturer les ennemis du régime.

Ces « checas » mêlaient abstraction géométrique et surréalisme. Inclinés d’environ 20 degrés, les blocs de béton faisant office de lits empêchaient les prisonniers de dormir. Lorsque ces derniers s’assoupissaient, ils perdaient l’équilibre et chutaient lourdement sur le sol, par ailleurs parsemé de briques afin de les empêcher de « faire les cent pas » durant la journée.

Photographie de l’une des fameuses cellules imaginées par Laurencic

Les malheureux n’avaient d’autre choix que de fixer les murs, incurvés et recouverts de motifs cubiques, de lignes droites et de spirales jouant avec la perspective et les couleurs afin de provoquer confusion et détresse mentale. Selon Jose Milicua, Laurenci affectionnait particulièrement le vert, qui rendait selon lui les détenus mélancoliques.

Un système d’éclairage complexe leur donnait l’impression que les motifs sur les murs bougeaient, et, semblables aux « lits » inclinés, des bancs de pierre les empêchaient de s’asseoir convenablement. Recouverts de goudron, les murs de certaines cellules dégageaient une chaleur insoutenable lorsque le Soleil les frappait. Enfin, une horloge était quotidiennement décalée de plusieurs heures, sans que les prisonniers ne puissent s’en apercevoir.

Au cours de ses recherches, Milicua a également découvert qu’une prison de la région de Murcie, dans le sud-est de l’Espagne, avait utilisé le film « Un Chien Andalou » de Dali et Bunuel comme moyen de torture, en forçant les détenus à regarder en boucle la scène tristement célèbre où le globe oculaire d’une femme est tranché à l’aide d’une lame de rasoir.

S’il est difficile d’estimer précisément le nombre de personnes amenées à séjourner dans les checas, leurs descriptions suggèrent qu’il s’agissait de moyens de répression assez redoutables.

Il est évidemment peu probable que les instigateurs des mouvements artistiques avant-gardistes dont elles s’inspiraient aient pu imaginer qu’ils seraient un jour utilisés à de telles fins.

Au fil des siècles, un nombre assez remarquable de moyens de torture ont été imaginés. Parmi les plus improbables, la poena cullei, destinée aux coupables de parricide.

Par Yann Contegat, le

Source: Open Culture

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