La révolution industrielle a créé de nombreux emplois, mais aussi fait entrer massivement les enfants sur le marché du travail. Au début du XXe siècle, 6 % des actifs américains avaient moins de 16 ans. Retour en images sur cette époque pas si lointaine.
Pour les employeurs américains, les enfants étaient considérés comme une véritable aubaine, puisqu’ils pouvaient occuper des postes requérant peu de compétences pour des rémunérations bien inférieures à celles des adultes. Souvent considérés comme plus faciles à gérer, ils s’acquittaient également de tâches uniques grâce à leur petite taille.
En 1904, le Comité national du travail des enfants s’est formé dans l’espoir de mettre fin à l’exploitation infantile aux États-Unis, et des équipes d’enquêteurs ont été envoyées aux quatre coins du pays pour recueillir des preuves de la dureté de leur quotidien. L’un d’entre eux était le photographe Lewis Hine.
Le but de cet ancien enseignant était de sensibiliser l’opinion publique aux terribles conditions de travail de millions d’enfants américains. Bien que les effets n’aient pas été immédiats, les scènes qu’il a capturées avec son appareil photo ont fini par attirer l’attention des médias.
En 1910, le nombre d’enfants travailleurs a franchi la barre des 2 millions. Six ans plus tard, le Congrès a adopté le « Keating-Owens Act », qui fixait notamment à 14 ans l’âge minimum pour travailler dans les usines et à 16 ans dans les mines. Il limitait également la journée de travail à huit heures et interdisait le travail de nuit aux moins de 16 ans. La loi a toutefois été déclarée inconstitutionnelle par la Cour suprême en 1918.
Ce n’est qu’après la Grande Dépression que les mentalités ont profondément évolué. Le travail de Lewis Hine et du Comité national du travail des enfants a joué un rôle clé dans l’adoption de nouvelles réformes. Le « Fair Labor Standards Act » de 1938 a notamment instauré un salaire minimum fédéral et encadré les horaires ainsi que le travail des mineurs.
Ci-dessous, découvrez certaines des photographies les plus édifiantes de Hine, qui ont aidé l’Amérique à prendre conscience des conditions terribles dans lesquelles ses enfants travaillaient.

Un jeune pêcheur de crevettes nommé Manuel (1912).

À Dunbar, en Louisiane, Hine a rencontré une écaillère d’huîtres de 8 ans nommée Rosy. Il a découvert qu’elle travaillait régulièrement de 3 heures à 17 heures, et elle lui a confié que son jeune frère, encore bébé, commencerait à écailler dès qu’il serait capable de tenir un couteau (1911).

Jennie Camillo, 8 ans, vivait près de Philadelphie et passait l’été entier à récolter des canneberges (1910).

Ces jeunes garçons étaient chargés de découper les filets de sardines et de les mettre en conserve (1911).

Minnie Thomas, 9 ans, et l’impressionnant couteau à sardine avec lequel elle travaillait. Elle gagnait 2 dollars et travaillait souvent tard le soir (1911).

Hiram Pulk, âgé également de 9 ans, travaillait dans une conserverie. Il avait expliqué à Hine : « Je ne suis pas très rapide, je sors seulement 5 boîtes par jour et je suis payé environ 5 cents la boîte » (1911).

Ralph, un jeune « découpeur » travaillant dans le Maine, photographié avec un doigt profondément entaillé. Lewis Hine a rencontré de nombreux enfants qui souffraient de blessures similaires au cours de ses voyages (1911).

Beaucoup d’enfants travaillaient également sur des métiers à tisser. Ces jeunes garçons, photographiés dans une usine de Macon, en Géorgie, étaient si petits qu’ils devaient grimper sur les machines pour réparer les fils cassés et remplacer les bobines vides (1909).

Les garçons qui travaillaient dans les mines de charbon étaient souvent appelés « Breaker Boys ». Ici, un groupe d’enfants revenus des entrailles de la mine d’Ewen Breaker à Pittston, Pennsylvanie (1911).

Hine a légendé cette photographie « Les femmes de la famille travaillent pendant que le père se repose… une scène commune dans les immeubles new-yorkais ». Cette famille gagnait environ 4 dollars par semaine en travaillant tous les jours jusqu’à 21 heures (1911).

Ces garçons travaillaient de nuit dans l’usine d’Indiana Glass Works (1908).

Tommie Nooman, 7 ans seulement, travaillait jusqu’à tard le soir dans un magasin de prêt-à-porter sur Pennsylvania Avenue à Washington. À partir de 21 heures, il réalisait des démonstrations et présentait aux badauds la « cravate idéale » (1911).

Katie, 13 ans, et Angeline, 11 ans, cousaient à la main de la dentelle irlandaise et réalisaient des manchettes. Leur revenu était d’environ 1 dollar par semaine alors qu’elles travaillaient parfois jusqu’à 20 h (1912).

Beaucoup de ces jeunes vendeurs de journaux travaillaient tard le soir pour tenter d’écouler leurs exemplaires. Le plus jeune d’entre eux était âgé de 9 ans (1912).
Aujourd’hui encore, ce sont près de 150 millions d’enfants qui sont « exploités économiquement » à travers le monde. Environ 70 millions d’entre eux travaillent dans des conditions jugées dangereuses, et 4,3 millions sont assujettis à du travail forcé (prostitution, enfants soldats…). Bien que ce chiffre baisse d’année en année, il reste encore beaucoup de chemin avant de pouvoir mettre définitivement un terme à l’exploitation infantile.
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