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Abandonné aux Caraïbes, un canon géant de 36 mètres détient toujours le record d’altitude absolue depuis 1966

Pendant la guerre froide, des scientifiques ont tenté d’envoyer des satellites dans l’espace avec de simples tirs d’artillerie. Aujourd’hui, le tube géant du projet HARP repose sur le sable des Caraïbes. Cet engin d’exception témoigne d’une prouesse technique qui a défié les fusées à coût dérisoire.

Un immense canon rouillé du projet HARP repose sur une plage de la Barbade face à la mer des Caraïbes.
Long de 36 mètres, le canon du projet HARP rouille aujourd’hui sur le sable de la Barbade. Ce vestige de la guerre froide rappelle une tentative méconnue d’atteindre l’espace grâce à l’artillerie. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Du matériel militaire reconverti en lanceur spatial économique pour tutoyer la haute atmosphère

En 1961, l’ingénieur canadien Gerald Bull convainc l’université McGill de financer le projet HARP. Les gouvernements américain et canadien rejoignent rapidement l’aventure. Son objectif principal consiste à expédier du matériel scientifique au-dessus des nuages sans utiliser de fusées coûteuses.

Pour encaisser la puissance des explosions, les concepteurs récupèrent une pièce d’artillerie navale de 125 tonnes. De ce fait, ce tube massif est rallongé à 36 mètres de long. L’intérieur est ensuite lissé afin de propulser efficacement les engins vers le ciel.

Par ailleurs, le choix de la Barbade s’impose naturellement pour l’installation du chantier. L’île se trouve près de l’équateur et bordée par l’océan. Sur la plage de Paragon, les travaux mobilisent rapidement trois cents travailleurs locaux.

Une projection à 180 kilomètres d’altitude qui demeure inégalée dans l’histoire de l’artillerie

Les chercheurs conçoivent des flèches profilées nommées Martlet. Chaque projectile s’entoure d’un sabot en bois qui se détache dès la sortie du canon. Ainsi, chaque tir revient à seulement 3 000 dollars, un coût minime pour l’époque.

Après des tests réussis dans les Caraïbes, l’équipe installe un second canon en Arizona sur le site de Yuma. Le 18 novembre 1966, l’obus s’élance alors à une vitesse de 3 600 mètres par seconde vers le ciel.

L’engin franchit la frontière céleste et atteint 180 kilomètres d’altitude. En effet, ce résultat constitue un record balistique historique. Aucun autre tir d’artillerie au monde n’a jamais réussi à égaler cette hauteur depuis cette date.

Des tensions budgétaires et politiques mettent fin au projet HARP en pleine réussite technique

Cependant, le contexte politique interrompt violemment ces essais prometteurs. L’engagement croissant des États-Unis dans la guerre du Vietnam absorbe alors les budgets militaires. En outre, le gouvernement canadien réoriente ses priorités financières vers le programme spatial Alouette.

De plus, les agences privilégient définitivement la technologie des fusées classiques. En juin 1967, l’arrêt des financements provoque la fermeture immédiate du site. Cette décision brutale stoppe l’acquisition de données scientifiques sur la haute atmosphère terrestre.

L’épave d’un rêve scientifique oubliée sur le sable et la trajectoire obscure de son concepteur

Désormais, l’imposant tube d’acier s’incruste dans la végétation littorale de la Barbade. Intégré à une zone militaire fermée au public, ce vestige a parfois servi de décor pour des parties de paintball. L’endroit a ainsi perdu le souvenir de ses exploits passés.

De son côté, l’ingénieur Gerald Bull poursuit son obsession des super-canons. Il collabore plus tard avec le régime irakien dans le cadre du projet Babylone. Toutefois, sa trajectoire s’interrompt brutalement lors de son assassinat à Bruxelles en 1990.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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