Cap sur une énigme scientifique nichée à plusieurs milliers de mètres sous la surface. Des chercheurs ont identifié une source d’oxygène totalement inédite dans les abysses du Pacifique. Ce phénomène inattendu pourrait bien réécrire une partie de l’histoire de la vie sur notre planète bleue.

Dans la zone Clarion-Clipperton, une plaine abyssale stratégique où biodiversité et métaux critiques cohabitent
Située entre Hawaï et le Mexique, la zone de Clarion-Clipperton couvre une superficie gigantesque. On y observe une biodiversité encore largement méconnue vivant dans l’obscurité totale à 4 000 mètres de profondeur. Cet milieu extrême abrite aussi des ressources minérales qui attisent aujourd’hui de fortes ambitions industrielles.
Le fond marin est tapissé de nodules polymétalliques semblables à de petites pommes de terre noires. Ces concrétions renferment des métaux indispensables aux batteries comme le nickel, le cobalt ou le cuivre. Certains les qualifient de « batteries de roche » tant leur composition intéresse les constructeurs de véhicules électriques.
Mais ces structures géologiques dissimulent un enjeu bien plus décisif que leur valeur marchande. Les chercheurs pensaient jusqu’ici que la photosynthèse produisait tout l’oxygène terrestre grâce à la lumière solaire. Cette conviction vacille désormais face aux observations réalisées dans les profondeurs silencieuses du Pacifique.
Oxygène noir : comment des nodules métalliques génèrent du dioxygène sans lumière à 4 000 mètres
Une étude récente montre que ces nodules génèrent de l’oxygène dans une obscurité absolue. Les scientifiques parlent désormais d’oxygène noir des grands fonds. Cette constatation bouleverse les certitudes, puisque la lumière solaire ne pénètre jamais à de telles profondeurs océaniques.
Comment un tel mécanisme fonctionne-t-il sans plante ni lumière pour déclencher la photosynthèse ? Ces nodules se comporteraient comme des géobatteries naturelles électriquement actives. Ils dissocient les molécules d’eau de mer par électrolyse et libèrent de l’oxygène, même après stérilisation complète de toute présence microbienne.
Une piste sérieuse pour comprendre l’origine de la vie et élargir la recherche d’organismes ailleurs
Andrew Sweetman a d’abord soupçonné un dysfonctionnement des capteurs en observant la hausse des niveaux. Pourtant, les mesures confirment que la vie aérobie peut émerger sans lumière grâce à cette source. Les implications sont majeures pour éclairer la respiration de nos ancêtres les plus anciens.
Cette réaction chimique ouvre aussi des perspectives concrètes pour la quête de vie au-delà de la Terre. Des lunes glacées comme Europe ou Encelade pourraient héberger des mécanismes producteurs d’oxygène comparables. Les critères nécessaires à l’apparition d’organismes vivants dans l’univers doivent désormais être réévalués.
Exploitation minière ou protection des abysses : le débat s’intensifie autour des nodules polymétalliques
Cette avancée scientifique survient en pleine confrontation économique et environnementale à l’échelle internationale. Certaines sociétés veulent extraire ces nodules polymétalliques afin d’alimenter la transition énergétique et produire des batteries. Dans le même temps, vingt-cinq pays demandent un moratoire pour préserver ces écosystèmes vulnérables.
La destruction de ces formations pourrait supprimer une source d’oxygène essentielle pour la faune abyssale. La biologiste Lisa Levin rappelle que chaque mission scientifique révèle des surprises. Comprendre ces fonctions écologiques uniques demeure indispensable avant d’envoyer d’immenses engins d’extraction au fond des océans.
L’Autorité internationale des fonds marins cherche actuellement à encadrer cette possible ruée sous-marine. L’étude démontre que les abysses constituent une frontière scientifique encore largement inexplorée qu’il faut préserver. Ces profondeurs abritent bien davantage que de simples minerais destinés à nos technologies.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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