Au sud de Turin, un bâtiment industriel long d’environ un demi-kilomètre porte sur son toit un circuit en béton armé. Conçu pour tester les voitures à la sortie des chaînes, cet anneau a traversé la fermeture de l’usine sans être démoli. Son histoire relie l’architecture industrielle du début du XXe siècle à une reconversion menée sur près de vingt ans.

Entre 1916 et 1923, l’ingénieur Giacomo Mattè Trucco conçoit une usine verticale de cinq niveaux pour Fiat
Le chantier démarre en 1916, en pleine Première Guerre mondiale, et l’usine ouvre officiellement en 1923. Son concepteur, Giacomo Mattè Trucco, inverse la logique habituelle des ateliers étalés au sol. Ainsi, les matières premières entrent au rez-de-chaussée, tandis que les véhicules prennent forme en montant d’un étage à l’autre.
Ce principe vertical s’inspire des méthodes de production en série observées aux États-Unis. Par ailleurs, la structure repose entièrement sur le béton armé, alors encore peu employé à cette échelle en Italie. Le résultat devient rapidement un emblème de la modernité industrielle, cité par de nombreux architectes de l’entre-deux-guerres.
Deux lignes droites de plus de 400 mètres et deux virages relevés forment un circuit d’environ un kilomètre
D’après le registre Guinness World Records, la piste mesure environ un kilomètre et constitue le plus grand circuit automobile aménagé sur un toit. Elle associe deux lignes droites de plus de 400 mètres, larges d’une quinzaine de mètres. Ensuite, deux virages relevés permettent aux véhicules d’atteindre environ 90 km/h.
Pour rejoindre ce sommet, les voitures empruntent des rampes hélicoïdales placées aux extrémités du bâtiment. Dès lors, chaque modèle assemblé passe un premier contrôle de conduite sans quitter l’enceinte. Plus tard, en 1954, un prototype expérimental à turbine à gaz y effectue aussi des essais.
Après l’arrêt de la production en 1982, l’atelier de Renzo Piano transforme l’usine sur près de vingt ans
En 1982, la chaîne s’arrête, car ce modèle d’usine sur plusieurs étages ne répond plus aux exigences de la production moderne. Fiat lance alors une consultation d’idées, puis confie en 1985 la reconversion au Renzo Piano Building Workshop. Le cabinet décrit un projet étalé de 1983 à 2003 dans ses archives.
Les travaux se déroulent en trois phases successives, entre 1991 et 2003. Chaque partie ouvre dès son achèvement, avec un centre de congrès, une salle de concert, des hôtels, un centre commercial et des espaces d’exposition. De plus, une salle de réunion vitrée surnommée la Bolla et une pinacothèque coiffent désormais la toiture, sans effacer la piste.
Depuis 2021, un jardin suspendu d’environ 40 000 plantes occupe l’ancien circuit, conçu par Benedetto Camerana
Les travaux du jardin baptisé La Pista 500, dessiné par l’architecte Benedetto Camerana, s’achèvent en 2021. Le projet rassemble environ 40 000 plantes réparties en vingt-huit îlots végétalisés le long de l’anneau. Selon les fiches du projet, plus de 300 espèces occupent près de 7 000 mètres carrés de nouvelles plantations.
En parallèle, l’accès du public s’organise autour de la Pinacoteca Agnelli, réaménagée et rouverte en 2022. La promenade s’adresse d’abord aux piétons, les véhicules thermiques n’y ayant plus leur place. Cependant, les virages relevés et les parapets d’origine demeurent visibles, témoins de la fonction première du lieu.
Ce toit illustre ainsi une forme de reconversion devenue fréquente en Europe. Un ouvrage conçu pour la vitesse industrielle se transforme en espace de promenade, tout en conservant intacte la géométrie qui l’a rendu célèbre.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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