Aller au contenu principal

Le Golden Gate ne repose pas sur deux barres d’acier, mais sur 55 144 fils fins comme un crayon filés en six mois

À San Francisco, les deux câbles qui portent le Golden Gate Bridge depuis 1937 ressemblent à des cylindres massifs. En réalité, chacun réunit 27 572 brins d’acier déroulés au-dessus de l’eau. Plongée dans une technique de filage qui a permis à ce pont suspendu de battre un record de portée.

Section circulaire d'un énorme câble de pont suspendu révélant des milliers de fils d'acier parallèles serrés, avec en arrière-plan une tour de pont rouge orangé dans le brouillard
Chaque câble principal du Golden Gate Bridge réunit 27 572 fils d’acier galvanisé regroupés en 61 torons. Leur filage, achevé en mai 1936, n’a duré que six mois et neuf jours. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Chaque câble principal mesure 2 332 mètres de long pour 92 centimètres de diamètre, enveloppe protectrice comprise

Le pont ouvre à la circulation le 27 mai 1937. Sa travée centrale atteint alors 1 280 mètres, la plus longue du monde à cette date. Par conséquent, tout le tablier doit pendre à deux câbles principaux posés au sommet de tours hautes de 227 mètres.

Selon le Golden Gate Bridge, Highway and Transportation District, chaque câble s’étire sur 7 650 pieds, soit 2 332 mètres. Son diamètre, gaine extérieure comprise, atteint 36 pouces et 3/8, soit environ 92 centimètres. Ensuite, ses deux extrémités plongent dans d’énormes massifs d’ancrage en béton.

Sur les tours, les câbles reposent dans des pièces d’acier moulé appelées selles. Le poids total des câbles, des suspentes et des accessoires avoisine 22 200 tonnes.

Avec 27 572 fils regroupés en 61 torons, un seul câble compte cinq fois plus de brins que ceux de Brooklyn

Chaque fil mesure 0,192 pouce d’épaisseur, soit environ 4,9 millimètres. Ils forment 61 torons, avec 452 brins par faisceau en moyenne. Dès lors, un câble entier contient 27 572 brins parallèles, et les deux en totalisent 55 144.

Mis bout à bout, ces fils représentent quelque 80 000 milles, soit environ 129 000 kilomètres. La circonférence terrestre à l’équateur étant de 40 075 kilomètres, ce ruban ferait un peu plus de trois fois le tour du globe.

À titre de comparaison, le pont de Brooklyn, achevé en 1883, utilise aussi des fils parallèles. Selon sa notice d’inscription au registre national américain, chacun de ses quatre câbles réunit 5 434 fils pour 40 centimètres de diamètre. En un demi-siècle, l’échelle a donc été multipliée par cinq.

Pourquoi des milliers de fils plutôt qu’une barre, la logique de la redondance a guidé les ingénieurs

Aucune usine des années 1930 ne pouvait fabriquer puis hisser une barre continue de 2,3 kilomètres, pesant des milliers de tonnes. Il fallait donc construire le câble en l’air, directement entre les deux ancrages.

Par ailleurs, un faisceau de fils offre une sécurité qu’une pièce unique n’apporte pas. Si un brin présente un défaut, les autres reprennent sa part de charge. Cette redondance limite fortement le risque de rupture brutale.

Enfin, la galvanisation, un revêtement de zinc, protège chaque fil de la corrosion. Ce point compte dans le brouillard salin qui baigne le détroit.

Achevé en mai 1936, le filage mené par Roebling’s Sons a duré six mois et neuf jours seulement

Le procédé de filage aérien a été mis au point au XIXe siècle par l’ingénieur John A. Roebling. Pour le Golden Gate, sa société du New Jersey fournit l’acier et conduit le chantier. Des roues font la navette d’une rive à l’autre.

À chaque passage, le fil franchit les deux tours avant d’être fixé dans l’ancrage opposé, puis renvoyé. Selon le District, l’opération s’achève en six mois et neuf jours, un record de vitesse pour l’époque. Ensuite, une presse hydraulique compacte les torons pour donner au câble sa section ronde.

Des colliers sont enfin boulonnés autour des câbles. Les suspentes d’acier passent par-dessus et descendent soutenir le tablier. Aujourd’hui, une coupe grandeur nature exposée près du pont montre ces fils serrés comme les fibres d’une corde géante.

Par Eric Rafidiarimanana, le

Étiquettes: ,

Catégories: ,

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *