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Sous l’avenue de Champagne d’Épernay, une couche de craie vieille de 70 millions d’années a façonné toute une ville

À Épernay, dans la Marne, une avenue rectiligne d’un peu plus d’un kilomètre surplombe environ 110 km de galeries souterraines. Ce réseau doit presque tout à une roche tendre et poreuse, la craie, déposée au fond d’une mer disparue. Retour sur la manière dont la géologie a dessiné une rue, puis un ensemble inscrit au patrimoine mondial.

Longue galerie souterraine voûtée aux parois de craie blanche, éclairée par des lampes murales, avec des casiers de bouteilles sans étiquette alignés le long des murs
Sous l’avenue de Champagne, environ 110 km de galeries ont été creusées dans une craie formée au Crétacé. Ce sous-sol stable et humide explique l’implantation des maisons de négoce à Épernay. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Formée par des milliards de microalgues marines, la craie champenoise offre un sous-sol à la fois facile à creuser et stable

Au Crétacé supérieur, une mer chaude recouvrait le Bassin parisien. Sur son fond se sont accumulés les squelettes calcaires de microalgues planctoniques, les coccolithophores. Ces débris ont ensuite formé une épaisse roche blanche de carbonate de calcium.

Cette craie présente deux qualités précieuses. D’abord, elle se taille au pic sans outillage lourd. Ensuite, sa forte porosité retient l’eau, ce qui maintient une humidité élevée dans les galeries.

Surtout, l’épaisseur de roche amortit les variations du climat extérieur. Ainsi, les caves conservent toute l’année une température voisine de 11 °C. Dès lors, creuser sous sa propre maison devenait un avantage commercial décisif.

Chemin royal puis rue du Commerce, la voie n’a reçu son nom actuel qu’en 1925 après l’essor du négoce champenois

Au XVIIIe siècle, la voie appartient à la grande route reliant Paris à l’Allemagne. Selon la ville d’Épernay, elle porte alors le nom de Faubourg de la Folie, probablement en raison des riches propriétés qui la bordent. Les premières maisons de négoce s’y installent justement à cette époque.

Par la suite, l’arrivée du chemin de fer change l’échelle du commerce. En effet, le tronçon Paris-Épernay de la ligne de l’Est est inauguré le 2 septembre 1849. Les expéditions vers la capitale et l’étranger s’accélèrent alors nettement.

En 1925, l’ancienne rue du Commerce devient officiellement l’avenue de Champagne. Par conséquent, l’année 2025 a cumulé deux anniversaires, le centenaire de ce nom et les dix ans de l’inscription à l’UNESCO.

Environ 200 millions de bouteilles reposeraient dans ce labyrinthe, un ordre de grandeur plus qu’un inventaire précis

Selon la municipalité, le réseau atteint 110 kilomètres de caves et accueille plus de 200 millions de bouteilles. Ce chiffre varie toutefois avec les stocks de chaque récolte. Il s’agit donc d’une estimation, et non d’un comptage figé.

Par ailleurs, ce kilométrage ne s’étend pas uniquement à l’aplomb de la chaussée. Les galeries se ramifient sous les parcelles voisines et sur plusieurs niveaux superposés. À elle seule, la plus vaste maison revendique près de 28 km de souterrains.

En surface, hôtels particuliers, cours pavées et hautes grilles ouvragées s’alignent sur la voie. De plus, ce décor date pour l’essentiel de la fin du XIXe siècle.

Depuis le 4 juillet 2015, l’avenue figure parmi les trois zones centrales d’un bien UNESCO classé paysage culturel vivant

Lors de sa 39e session, réunie à Bonn, le Comité du patrimoine mondial a inscrit les Coteaux, Maisons et Caves de Champagne. Le bien associe les coteaux historiques d’Hautvillers à Mareuil-sur-Aÿ, la colline Saint-Nicaise à Reims et l’avenue d’Épernay. Ensemble, ils couvrent la production, l’élaboration et la vente.

Cependant, l’UNESCO a retenu la catégorie de paysage culturel évolutif vivant. Autrement dit, ces lieux restent en activité et continuent de se transformer. Dès 1994, un label national, Site remarquable du goût, distinguait d’ailleurs l’avenue.

En définitive, sans cette craie marine, aucune avenue de prestige ne serait sortie de terre ici. Le sous-sol a dicté l’emplacement des maisons et leur réputation, transformant un hasard géologique en patrimoine humain.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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