La 2G s’éteint en France, et l’opération a déjà commencé. Orange a coupé le réseau à Nice le 22 septembre, puis dans 44 départements le 6 octobre, puis dans 43 autres le 20 octobre. SFR bascule le 15 novembre. Bouygues Telecom suit du 1er au 15 décembre. Free, qui n’a pas de réseau 2G propre et s’appuie sur celui d’Orange, est concerné par ricochet.
Presque tous les articles sur le sujet parlent de vieux téléphones. C’est la partie la moins problématique : un mobile 2G qui ne passe plus d’appel le fait savoir immédiatement, et son propriétaire s’en occupe. Le vrai sujet, ce sont les équipements qui utilisent la 2G sans que personne le sache et qui ne diront rien le jour où ils cesseront de fonctionner la téléassistance d’un parent âgé, le téléphone d’urgence d’un ascenseur, une alarme de maison, un traceur, l’appel d’urgence d’une voiture. Selon l’Arcep, plusieurs millions de ces appareils étaient encore raccordés à la 2G ou à la 3G fin 2025.
Il y a aussi un piège spécifique aux smartphones récents, et il concerne des gens qui se croient tranquilles : un téléphone 4G dont les appels VoLTE ne sont pas activés continue d’afficher du réseau, continue de recevoir des messages, et ne peut plus téléphoner. Ce dossier traite les deux volets. Il prolonge ce que nous avions établi dans notre dossier sur la fin du réseau cuivre, qui repose exactement sur la même mécanique : une infrastructure qu’on éteint, des équipements silencieux branchés dessus, et aucune alerte automatique.

Le calendrier, opérateur par opérateur
Chaque opérateur suit son propre calendrier, validé par l’Arcep. Les dates ci-dessous sont celles annoncées à ce jour.
| Opérateur | Arrêt de la 2G | Arrêt de la 3G |
|---|---|---|
| Orange | Extinction en cours : Nice le 22 septembre, 44 départements le 6 octobre, 43 autres le 20 octobre, zones blanches du 1er au 15 décembre 2026 | 2028 |
| SFR | 15 novembre 2026 | Fin 2028 |
| Bouygues Telecom | Nancy, Vandœuvre-lès-Nancy, Brest et Guipavas dès le 15 novembre ; généralisation du 1er au 15 décembre 2026 | Fin 2029 |
| Free Mobile | Pas de réseau 2G propre, suit l’extinction Orange | Pas de date annoncée |
Un point mérite attention si vous êtes chez un opérateur alternatif. Un forfait vendu par un opérateur sans réseau — un opérateur virtuel s’appuie sur le réseau d’un des quatre, et parfois sur plusieurs selon les offres. La date qui s’applique à votre ligne est celle du réseau qui la porte, pas celle de la marque inscrite sur votre facture. L’information se demande au service client, et c’est la seule façon fiable de l’obtenir.
Le calendrier peut encore bouger localement. Il n’évoluera pas dans l’autre sens : aucun opérateur ne rallumera la 2G, et la bande de fréquences libérée est déjà réaffectée à la 4G et à la 5G.
Le piège du téléphone qui capte mais n’appelle plus
C’est le point le plus contre-intuitif du sujet. Jusqu’ici, un smartphone 4G passait ses appels en basculant discrètement sur la 2G ou la 3G, parce que la voix circulait sur ces réseaux et les données sur la 4G. La voix sur 4G porte un nom, VoLTE, pour Voice over LTE. Quand la 2G disparaît, un téléphone qui ne sait pas faire de VoLTE, ou dont l’option est désactivée, perd sa béquille.
Le symptôme est déroutant : l’écran affiche quatre barres de réseau, les messages arrivent, l’internet mobile fonctionne, et les appels échouent. Beaucoup de gens en concluront que leur téléphone est cassé, ou que l’opérateur a un problème.
Trois cas de figure, dans l’ordre de fréquence :
Un smartphone acheté après 2018 est en principe compatible et bascule tout seul. Rien à faire, sauf vérifier que l’option est bien active.
Un smartphone compatible mais dont l’option est désactivée doit être réglé à la main. L’option s’appelle selon les marques « Appels VoLTE », « Appels 4G », « Voix HD » ou « Voix et données en 4G », et elle se trouve dans les réglages du réseau mobile ou des données cellulaires. Le nom exact varie d’un fabricant à l’autre, ce qui explique qu’aucun tutoriel ne corresponde jamais tout à fait à votre écran : cherchez le mot « appels » ou « voix » dans les réglages réseau.
Une carte SIM ancienne peut bloquer l’option même sur un téléphone capable. Le profil enregistré sur la puce ne prévoit pas la voix sur 4G, l’option reste grisée ou absente, et le remplacement de la SIM gratuit chez tous les opérateurs règle le problème. C’est la cause la moins connue et l’une des plus fréquentes sur les lignes ouvertes il y a dix ans ou plus. La carte SIM est un petit ordinateur qui porte son propre profil, et nous avions détaillé ailleurs ce qui transite réellement par elle — ici, c’est son âge qui pose problème, pas sa sécurité.
Le test qui tranche en trente secondes : passez un appel et regardez l’indicateur de réseau pendant la conversation. S’il reste sur 4G ou 5G, ou affiche une mention « HD », vous êtes en VoLTE. S’il retombe sur G, E, 3G ou H+, votre téléphone utilise encore l’ancienne béquille, et il faut agir avant la date de votre opérateur.

Ce qui utilise encore la 2G sans que vous le sachiez
Voici le cœur du sujet. Ces équipements ont un point commun : ils ne servent qu’en cas de problème, ils ne sont donc jamais testés, et leur panne est invisible jusqu’au moment où on en a besoin.
| Équipement | Qui contacter |
|---|---|
| Téléassistance d’une personne âgée (médaillon, bracelet, boîtier) | L’organisme prestataire |
| Téléphone d’urgence d’un ascenseur | Le syndic ou la société de maintenance |
| Alarme de maison reliée à un centre de télésurveillance | L’installateur ou le télésurveilleur |
| Interphone ou portail connecté | L’installateur |
| Appel d’urgence embarqué d’une voiture (eCall) | Le constructeur ou le garage |
| Traceur GPS, montre pour enfant ou pour personne désorientée | Le fabricant |
| Terminal de paiement, horodateur, distributeur | Le fournisseur |
| Compteurs et capteurs communicants d’ancienne génération | Le gestionnaire ou l’exploitant |
La téléassistance d’un proche, à traiter en premier
C’est l’équipement le plus critique de la liste, et celui dont la défaillance se découvre au pire moment. Un boîtier de téléassistance installé il y a cinq, huit ou dix ans a de bonnes chances d’embarquer un module 2G, parce que c’était alors le choix technique le plus robuste pour un usage ne demandant qu’un appel vocal et quelques octets.
Trois questions à poser au prestataire, et elles se posent par téléphone en cinq minutes :
Le boîtier utilise-t-il la 2G, la 3G, la 4G, ou la ligne téléphonique fixe ? La migration est-elle prévue, à quelle date, et qui la paie ? Et surtout : comment serai-je prévenu si le boîtier perd le réseau ? Cette dernière question est la plus importante, parce qu’un bon service de téléassistance surveille la liaison en permanence et alerte en cas de perte — mais pas tous, et un contrat ancien ne le prévoit pas forcément.
Une précision qui compte pour les familles : la personne qui utilise le matériel n’est presque jamais celle qui a signé le contrat ni celle qui le paie. C’est donc à l’enfant ou au proche qui gère les démarches d’appeler, et pas à la personne équipée, qui n’a souvent aucune idée de la technologie employée. Si le boîtier passait par la ligne fixe, il est de toute façon concerné par un autre calendrier, celui de la fermeture du cuivre.
L’ascenseur de l’immeuble
Un ascenseur doit disposer d’un dispositif d’appel d’urgence permettant de joindre un service d’intervention depuis la cabine. Beaucoup de ces dispositifs sont passés, ces dernières années, de la ligne fixe à une carte SIM — souvent 2G, pour les mêmes raisons de robustesse.
En copropriété, la vérification relève du syndic et du contrat de maintenance, pas des occupants. Le réflexe utile est d’inscrire la question à l’ordre du jour, ou plus simplement d’envoyer un courriel au syndic demandant confirmation écrite que la téléalarme de l’ascenseur reste opérationnelle après la date de l’opérateur concerné. Un écrit a l’avantage de dater la demande.
L’alarme, l’interphone et le portail
Une alarme reliée à un centre de télésurveillance communique par internet, par ligne fixe ou par carte SIM, et souvent par deux canaux dont l’un sert de secours. Si ce secours est en 2G, il disparaît sans que rien ne change au quotidien : le système fonctionne toujours, mais il a perdu sa redondance. C’est le genre de dégradation silencieuse qu’un contrat de télésurveillance sérieux signale, et qu’un boîtier acheté en grande surface ne signalera jamais. Pour les équipements autonomes du type sonnette-alarme vidéo, la question se pose différemment : la plupart fonctionnent en Wi-Fi et ne sont pas concernés, mais les modèles vendus avec une carte SIM de secours le sont.
La voiture et l’appel d’urgence
Les véhicules neufs vendus en Europe embarquent depuis 2018 un système d’appel d’urgence automatique qui prévient les secours en cas d’accident grave. Les premières générations utilisent des modems 2G ou 3G. Un véhicule de 2018 à 2021 mérite donc la question, posée au constructeur ou au garage : le module est-il compatible 4G, une mise à jour est-elle possible, et sinon que reste-t-il de la fonction ?
Les services connectés d’agrément application mobile, géolocalisation, préchauffage à distance sont concernés aussi, mais leur perte n’a pas les mêmes conséquences. La priorité est l’appel d’urgence.
Traceurs, montres et terminaux de paiement
Les traceurs GPS pour animaux, bagages ou véhicules, les montres pour enfants et les boîtiers de localisation pour personnes désorientées sont massivement en 2G, parce que cette technologie consomme peu et couvre bien. Même chose pour une partie des terminaux de paiement mobiles, des horodateurs et des distributeurs automatiques. Pour un particulier, le test est empirique et suffisant : si l’appareil fonctionne encore une semaine après la date de bascule de son opérateur, il est passé.
Pourquoi les opérateurs éteignent un réseau qui marche
La question est légitime, et la réponse tient en deux éléments. La 2G date du début des années 1990 et occupe des fréquences basses, qui portent loin et pénètrent bien les bâtiments exactement les qualités recherchées pour la 4G et la 5G aujourd’hui. Maintenir trois ou quatre générations de réseau en parallèle coûte en équipements, en énergie et en maintenance pour un trafic devenu marginal.
L’opération a donc une logique industrielle, et elle est validée par le régulateur. Ce qui se discute, c’est la façon dont elle est accompagnée : les clients mobiles ont été prévenus, les détenteurs d’équipements connectés beaucoup moins, et personne n’a reçu de courrier lui disant « votre téléassistance de 2017 va cesser de fonctionner ». La charge de l’inventaire repose entièrement sur l’utilisateur, alors que l’information existe chez les prestataires.
Et ensuite, la 3G
L’extinction de la 2G concerne surtout les objets. Celle de la 3G concernera surtout les téléphones, et elle touchera beaucoup plus de monde : Orange en 2028, SFR fin 2028, Bouygues fin 2029.
Un smartphone des années 2013 à 2017, encore utilisé par choix ou par habitude, continuera de fonctionner jusque-là et s’arrêtera ensuite. Le même raisonnement vaut pour les tablettes avec carte SIM, les liseuses connectées et les objets installés entre 2015 et 2020, qui ont souvent migré du 2G vers le 3G plutôt que vers le 4G. Ceux-là passeront la première échéance et tomberont à la seconde.
La conclusion pratique est contre-intuitive : vérifier son équipement aujourd’hui n’a pas seulement un intérêt immédiat, cela évite de recommencer dans deux ans. Un équipement remplacé maintenant doit l’être en 4G, jamais en 3G, même si le matériel 3G est moins cher.
L’inventaire en vingt minutes
La méthode qui couvre la quasi-totalité des cas, dans l’ordre d’urgence.
1. Votre téléphone. Passez un appel, regardez l’indicateur de réseau pendant la conversation. S’il reste en 4G ou 5G, c’est réglé. Sinon, cherchez l’option d’appels 4G ou VoLTE dans les réglages réseau, et si elle est absente ou grisée, demandez une nouvelle carte SIM à votre opérateur.
2. La téléassistance d’un proche, s’il y en a une. Un appel au prestataire, avec les trois questions ci-dessus. C’est le point le plus important de la liste et il se traite dans la semaine.
3. Les téléphones secondaires de la maison. Le vieux mobile gardé dans un tiroir pour les urgences, celui du grand-parent, celui prêté à un adolescent, le téléphone de la voiture. Ce sont précisément les appareils les plus anciens du foyer, et ceux qu’on oublie.
4. L’alarme, l’interphone, le portail. Un courriel à l’installateur suffit, en demandant une réponse écrite sur la technologie utilisée.
5. La voiture, si elle a entre cinq et huit ans. Question au garage lors du prochain passage.
6. Le syndic, si l’immeuble a un ascenseur. Un courriel, et le sujet est tracé.
Aucune de ces démarches ne coûte d’argent. Elles coûtent du temps, et c’est le seul vrai obstacle : rien n’oblige à les faire, rien ne rappelle de les faire, et l’absence de conséquence visible pousse à les remettre.
Le réflexe à garder : personne ne vous appellera pour ça
Une bascule technique annoncée dans la presse est une aubaine pour les escrocs, et le scénario est facile à anticiper : un appel ou un SMS annonçant que votre ligne va être coupée, qu’une mise à jour est nécessaire, qu’il faut confirmer vos coordonnées bancaires pour recevoir une nouvelle carte SIM. Le même mécanisme que celui que nous avons décrit pour les arnaques par SMS : une échéance réelle sert de prétexte à une demande qui n’a rien à voir.
Deux règles suffisent. Une carte SIM de remplacement est gratuite et se demande en boutique ou depuis l’espace client, jamais en communiquant un code reçu par message. Et un opérateur ne réclame pas de paiement pour une bascule de réseau. Si le doute s’installe, on raccroche et on rappelle le numéro figurant sur la facture exactement comme pour le démarchage à la rénovation énergétique, où l’appel lui-même est devenu le signal d’alerte.
Questions fréquentes
Quelle est la date de l’arrêt de la 2G en France ?
Il n’y a pas une date mais quatre calendriers. Orange procède par vagues depuis le 22 septembre 2026, avec les zones blanches du 1er au 15 décembre. SFR coupe le 15 novembre 2026. Bouygues Telecom généralise du 1er au 15 décembre 2026. Free suit l’extinction d’Orange, dont il utilise le réseau.
Mon téléphone capte le réseau mais je ne peux plus appeler, pourquoi ?
Parce qu’il passait ses appels par la 2G sans que vous le sachiez. Les données et les messages continuent de fonctionner en 4G, mais la voix a besoin de l’option VoLTE, aussi appelée appels 4G. Activez-la dans les réglages réseau, et si elle est absente ou grisée, demandez une carte SIM neuve à votre opérateur.
La téléassistance de ma mère va-t-elle cesser de fonctionner ?
C’est le point à vérifier en priorité, sans attendre. Appelez l’organisme prestataire et posez trois questions : quelle technologie utilise le boîtier, une migration est-elle prévue et à quelle date, et comment êtes-vous prévenu si l’appareil perd le réseau. Un boîtier installé il y a plus de cinq ans est souvent en 2G.
Comment savoir si mon téléphone est compatible VoLTE ?
Passez un appel et observez l’indicateur de réseau pendant la conversation. S’il reste en 4G, 5G ou affiche une mention HD, la voix passe en VoLTE. S’il retombe sur G, E, 3G ou H+, l’appel emprunte un réseau qui va disparaître. Les smartphones postérieurs à 2018 sont en général compatibles.
Faut-il changer de téléphone à cause de la fin de la 2G ?
Rarement. Un smartphone compatible 4G avec les appels VoLTE activés n’a besoin de rien. Le remplacement ne concerne que les mobiles exclusivement 2G ou 3G. Dans certains cas, une simple carte SIM neuve, fournie gratuitement, débloque l’option et suffit.
Quand la 3G sera-t-elle arrêtée ?
Orange en 2028, SFR fin 2028, Bouygues Telecom fin 2029. Cette seconde échéance touchera davantage de téléphones que celle de la 2G, et les équipements installés entre 2015 et 2020, souvent passés en 3G. Un matériel remplacé aujourd’hui doit donc l’être en 4G, jamais en 3G.
Ce qu’on retient
La fin de la 2G n’est pas un problème de téléphone, c’est un problème d’inventaire. Les appareils qui vont tomber sont ceux qu’on ne regarde jamais parce qu’ils ne servent qu’en cas de problème, et plusieurs millions d’entre eux étaient encore raccordés fin 2025 selon le régulateur.
Trois gestes couvrent le sujet. Passer un appel en regardant l’indicateur de réseau, ce qui prend trente secondes et règle le cas de votre propre téléphone. Appeler le prestataire de téléassistance s’il y en a une dans la famille, ce qui est de loin le point le plus critique. Et envoyer deux courriels, à l’installateur de l’alarme et au syndic pour l’ascenseur, en demandant une réponse écrite.
Reste une réserve. Éteindre la 2G est défendable : le réseau a trente ans, il occupe des fréquences précieuses, et son trafic est devenu marginal. Mais l’information a circulé auprès des clients mobiles, qui sont les moins exposés, et très peu auprès des détenteurs d’équipements de sécurité, qui le sont le plus. Les prestataires savent quels boîtiers ils ont installés et avec quelle technologie. Il aurait été plus simple qu’ils appellent leurs clients que l’inverse.