Aller au contenu principal

Une stalagmite irakienne a gardé dix millénaires de climat, elle éclaire sans la réécrire la naissance de l’agriculture

Dans une étude parue en décembre 2025 dans la revue PNAS, une équipe internationale à dominante italienne décrypte une stalagmite de la grotte de Hsārok, au Kurdistan irakien. Ses couches de calcite racontent l’évolution des pluies de 18 000 à 7 500 ans avant le présent. Ces données replacent les débuts de l’agriculture dans un contexte climatique plus précis.

Grande stalagmite calcaire aux couches ocre et beiges dans une grotte sombre, éclairée par une lampe frontale posée au sol, avec des stalactites au plafond
Une stalagmite de la grotte de Hsārok, au Kurdistan irakien, conserve la mémoire du climat de 18 000 à 7 500 ans avant le présent. L’étude a été publiée dans PNAS en décembre 2025. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Une équipe dirigée par la géochimiste Eleonora Regattieri a daté et analysé une stalagmite au cœur du Croissant fertile

L’article, paru dans le volume 122 des Proceedings of the National Academy of Sciences, est signé par treize chercheurs. Ainsi, Eleonora Regattieri, de l’Institut de géosciences et géoressources du CNR italien, travaille avec des collègues de Milan, Melbourne, Taïwan, Rome, Udine et Poznań. Le titre évoque une meilleure mise en contexte de la néolithisation, pas une révolution.

La grotte se trouve dans le nord de l’Irak, au pied des monts Zagros. Cette région appartient au Croissant fertile, où apparaissent les premiers villages et les premières plantes cultivées. Par ailleurs, plusieurs affluents du Tigre drainent encore ces vallées.

Pour lire le concrétionnement, l’équipe a d’abord daté les couches par la méthode uranium-thorium, au laboratoire de l’Université nationale de Taïwan. Ensuite, elle a mesuré les isotopes du carbone, de l’oxygène et du strontium. Enfin, elle a dosé plusieurs éléments traces piégés dans le carbonate.

Une phase humide vers 14 600 ans avant le présent puis un assèchement marqué ont laissé leur signature dans la calcite

Chaque indicateur raconte une partie de l’histoire. En effet, le rapport entre carbone 13 et carbone 12 reflète l’activité de la végétation au-dessus de la grotte. De son côté, l’oxygène renseigne sur les précipitations, tandis que certains métaux signalent l’arrivée de poussières.

Selon les auteurs, la croissance de la stalagmite s’accélère vers 14 600 ans avant le présent, signe de pluies plus abondantes. Cependant, vers 12 700 ans, le signal s’inverse. Le baryum, le strontium et le sodium augmentent, ce qui traduit un climat plus sec et plus poussiéreux.

Ces oscillations régionales suivent le réchauffement du Bølling-Allerød puis le refroidissement du Dryas récent

Ces variations locales ne sont pas isolées. Par conséquent, l’équipe les a comparées aux carottes de glace du Groenland, qui servent de référence pour la dernière déglaciation. Les deux séries évoluent de manière cohérente.

La phase humide coïncide avec le Bølling-Allerød, un réchauffement rapide de l’hémisphère Nord. Ensuite, l’épisode sec correspond au Dryas récent, un retour brutal du froid d’environ 1 200 ans. De plus, cette concordance renforce la fiabilité du calendrier obtenu à Hsārok.

Des chasseurs-cueilleurs mobiles des Zagros auraient été préparés à l’essor agricole par ces changements répétés

Pour relier climat et sociétés, les chercheurs croisent leurs données avec l’archéologie régionale. Ainsi, l’abri de Palegawra, situé à environ 140 kilomètres, montre des occupations fréquentes pendant la phase chaude. Toutefois, la présence humaine y décline quand la stalagmite signale l’assèchement.

Selon l’étude, les contreforts des Zagros offraient alors une mosaïque de milieux variés, de la forêt claire à la prairie. Ces paysages favorisaient une mobilité saisonnière plutôt que de grands villages permanents. Dès lors, les groupes auraient acquis une souplesse utile lorsque le climat s’est stabilisé à l’Holocène.

Il s’agit cependant d’une corrélation entre archives, pas d’une preuve de causalité. Surtout, la stalagmite ne remplace pas les fouilles, elle leur fournit un cadre climatique daté. La transition vers l’agriculture reste un processus long, aux causes multiples.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

Étiquettes: ,

Catégories: ,

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *