Née à Paris le 5 février 1626, Marie de Rabutin-Chantal est devenue l’une des plumes majeures du Grand Siècle sans jamais publier une ligne de son vivant. Ses lettres sont nées d’une séparation avec sa fille, installée en Provence. En 2026, le village drômois de Grignan célèbre ce quatrième centenaire.

Orpheline à sept ans puis veuve à vingt-cinq, Marie de Rabutin-Chantal a grandi dans la haute noblesse lettrée
La future marquise voit le jour place Royale, l’actuelle place des Vosges, dans une famille de vieille noblesse bourguignonne. Cependant, son père meurt au combat en 1627, puis sa mère disparaît en 1633. Ainsi, la fillette est élevée par sa famille maternelle, les Coulanges, qui lui offrent une éducation soignée.
En 1644, elle épouse Henri de Sévigné, un gentilhomme breton dépensier et volage. Ensuite, le mari est tué en duel en 1651, laissant une veuve de vingt-cinq ans avec deux enfants. Par ailleurs, elle refuse de se remarier et fréquente les salons parisiens à l’époque de la jeunesse de Louis XIV.
Le mariage de Françoise-Marguerite avec le comte de Grignan en 1669 a tout déclenché deux ans plus tard
Le 29 janvier 1669, sa fille Françoise-Marguerite épouse François Adhémar de Monteil, comte de Grignan. Peu après, le roi nomme ce dernier lieutenant général en Provence, où il représente l’autorité royale. Dès lors, le couple est appelé à vivre loin de Paris.
Au début de février 1671, la jeune comtesse quitte la capitale pour rejoindre son époux. Pour la mère, ce départ est vécu comme un arrachement. Par conséquent, elle commence aussitôt à écrire, parfois plusieurs fois par semaine, à une fille qu’elle ne voit plus.
Ces lettres mêlent tendresse inquiète, nouvelles de la cour et récits des grands procès. De plus, la marquise y décrit les intrigues de Versailles avec un sens aigu de la scène. Selon le musée Carnavalet, près de 1 400 lettres ont été inventoriées, la plupart connues par des copies.
Trois longs séjours dans la Drôme ont mené la marquise jusqu’à sa mort au château le 17 avril 1696
La mère ne se contente pas d’écrire. Elle entreprend aussi le long voyage vers la Provence à trois reprises, pour un total de près de quatre années passées à Grignan. Ainsi, le château perché au-dessus du village devient une seconde demeure.
Ses lettres datées de Provence évoquent un climat qu’elle juge excessif, entre mistral, orages et chaleurs. Pourtant, elle y goûte aussi une société choisie, la musique et la conversation. Surtout, ces séjours ne réduisent pas sa production, puisqu’elle continue d’écrire à ses proches restés à Paris ou en Bretagne.
La marquise s’éteint au château de Grignan le 17 avril 1696, à soixante-dix ans. Elle est inhumée dans la collégiale Saint-Sauveur, au pied du château. Sa tombe y est toujours signalée aux visiteurs.
Publiées d’abord sans autorisation en 1725, les lettres ont été révisées par sa petite-fille Pauline de Simiane
La correspondance ne restera pas longtemps privée. En effet, un recueil clandestin d’une trentaine de lettres paraît en 1725, suivi d’autres éditions non autorisées. Face à ces fuites, sa petite-fille Pauline de Simiane confie au chevalier de Perrin une édition officielle.
Celle-ci paraît en six volumes entre 1734 et 1737. Toutefois, Pauline fait écarter les passages trop intimes et Perrin retouche le style au goût du jour. Il faudra attendre les éditions savantes des XIXe et XXe siècles pour retrouver un texte plus fidèle.
Quatre siècles après sa naissance, la marquise reste ainsi l’exemple rare d’une œuvre née sans intention littéraire. Le département de la Drôme lui consacre en 2026 une année de commémorations au château de Grignan.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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