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En Alaska, la Fat Bear Week invite les internautes à élire l’ours le plus gras avant son hibernation hivernale

Quel concours peut transformer quelques kilos supplémentaires en véritable exploit de survie ? En Alaska, la Fat Bear Week fait voter le monde entier pour les ours bruns les plus imposants de Katmai, juste avant qu’ils disparaissent dans leurs tanières pour affronter l’hiver.

Ours brun pêchant un saumon dans une rivière du parc national de Katmai en Alaska lors de la Fat Bear Week 2026.
À Katmai, en Alaska, les ours bruns profitent de l’abondance des saumons pour accumuler leurs réserves de graisse avant les longs mois d’hiver – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Derrière cette drôle d’élection, les ours de Katmai jouent surtout leur survie hivernale

À première vue, la Fat Bear Week ressemble à l’une de ces curiosités dont Internet raffole. Des ours photographiés avant et après l’été s’affrontent dans des duels. Les internautes choisissent alors leur favori. Pourtant, au parc national de Katmai, grossir n’a rien d’un jeu. La graisse accumulée constitue une véritable assurance-vie.

Lorsque l’hiver approche, les ours bruns rejoignent généralement leur tanière à partir d’octobre ou novembre. Pendant plusieurs mois, ils peuvent rester sans manger ni boire. Leur organisme puise alors dans les réserves accumulées durant l’été. Selon le National Park Service, certains perdent jusqu’à un tiers de leur masse corporelle pendant cette phase spectaculaire de leur cycle biologique.

Tout se joue donc pendant l’été et au début de l’automne. À Katmai, les saumons remontant la Brooks River offrent un festin extrêmement énergétique. Les ours privilégient parfois la peau, le cerveau et les œufs, particulièrement riches en graisse. Cette abondance permet aux plus grands individus de gagner plus d’une centaine de kilos avant l’arrivée de l’hiver.

D’un simple jeu sur Facebook à un phénomène suivi dans plus de 100 pays

L’histoire commence modestement en 2014. Un garde du parc remarque à quel point un même ours change d’apparence entre juin et septembre. L’équipe imagine alors Fat Bear Tuesday. Durant cette journée, quelques photos sont soumises au vote sur Facebook. Le succès dépasse rapidement les attentes. L’expérience devient ensuite une semaine entière de compétition.

Douze ans plus tard, l’événement n’a plus rien d’anecdotique. Pour l’édition 2026 du Fat Bear Week, organisée du 22 au 29 septembre, les candidats progressent dans un tournoi à élimination directe. L’année précédente, plus de 1,7 million de votes issus de plus de 100 pays avaient été enregistrés. L’ours 32, surnommé Chunk, avait finalement remporté le titre.

Chunk tombe en 2026, preuve que la rivière réserve toujours quelques surprises

Chunk arrivait cette année avec une cible sur le dos. Champion 2025 après avoir succédé à la célèbre 128 Grazer, il pouvait rêver d’un doublé. Mais la Fat Bear Week adore déjouer les scénarios écrits d’avance. Le 24 septembre, 164 Bucky l’a éliminé avec 118 731 voix, contre 46 053 pour le tenant du titre.

Le public ne juge d’ailleurs pas simplement une silhouette. Photos comparatives, biographies et caméras diffusées en direct permettent de suivre les animaux autour de Brooks River. Depuis 2012, ces images dévoilent leurs techniques de pêche, leurs rivalités et leurs habitudes. Peu à peu, elles ont transformé des ours numérotés en véritables personnages familiers pour les internautes.

Cette proximité explique une partie du phénomène. Voir un ours attraper un saumon paraît spectaculaire. Mais suivre le même individu pendant plusieurs semaines raconte une autre histoire : une course contre le calendrier. Derrière chaque ventre rebondi se cachent des milliers de calories patiemment accumulées. Elles devront permettre à l’animal d’affronter une saison durant laquelle la nourriture deviendra inaccessible.

Sous les ventres rebondis se cache un écosystème dont l’équilibre reste précieux

Le concours possède ainsi un objectif plus sérieux que son nom ne le laisse entendre. Le National Park Service rappelle que les saumons constituent une espèce clé de l’écosystème de Katmai. Leur abondance nourrit notamment les ours. Elle témoigne aussi de la richesse du bassin de Bristol Bay, où subsistent d’importantes populations sauvages de saumons rouges.

La Fat Bear Week réussit finalement un curieux tour de force. Elle rend la science de l’hibernation accessible grâce à un tournoi presque sportif. Lorsque le champion 2026 sera couronné le 29 septembre, un ours gagnera un titre. Mais une question restera suspendue au-dessus de Brooks River : combien de temps cet extraordinaire festin naturel pourra-t-il rester aussi généreux ?

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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