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En septembre 2026, l’Atlantique reste sans ouragan : les scientifiques expliquent cette anomalie

À la mi-septembre, l’Atlantique devrait normalement grouiller de systèmes tropicaux menaçants. Pourtant, en 2026, aucun ouragan ne s’est encore formé. Ce calme spectaculaire cache un étrange bras de fer entre un océan chaud et une atmosphère devenue particulièrement hostile aux cyclones.

Océan Atlantique sous un ciel tropical nuageux pendant une saison cyclonique exceptionnellement calme en 2026.
En septembre 2026, l’Atlantique reste étonnamment calme malgré des eaux chaudes, tandis que de forts vents en altitude limitent la formation des ouragans – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Cinq tempêtes, aucun ouragan : l’Atlantique connaît un début de saison presque irréel

Arthur, Bertha, Cristobal, Dolly puis Edouard ont bien animé les cartes météo. Mais aucune de ces cinq tempêtes tropicales n’a franchi le seuil de l’ouragan, fixé à 119 km/h de vents soutenus. Une situation remarquable alors que septembre correspond précisément à la période où l’activité cyclonique atteint habituellement son maximum.

Les chiffres du National Hurricane Center donnent la mesure de l’anomalie. Au 18 septembre, l’indice ACE, qui additionne l’énergie dégagée par les cyclones, plafonnait à seulement 4,4. Cela représente environ 94 % de moins que la normale observée à cette date sur la période climatique 1991-2020.

L’océan est assez chaud pour nourrir des monstres, mais quelque chose les découpe en altitude

Le paradoxe est saisissant. Les cyclones tirent leur énergie de l’eau chaude des tropiques, et l’Atlantique ne manque pas de chaleur. Pourtant, une mer accueillante ne suffit pas. Pour qu’un ouragan se construise, l’atmosphère doit également permettre aux immenses colonnes orageuses de s’organiser sans être constamment déformées.

C’est précisément là que 2026 change les règles. Un fort cisaillement vertical des vents traverse une partie du bassin atlantique. Autrement dit, la vitesse et parfois la direction du vent varient fortement avec l’altitude. Les orages sont alors désaxés, leur circulation se désorganise et le moteur du cyclone peine à démarrer.

La NOAA avait d’ailleurs revu ses prévisions en août. L’agence américaine estimait à 75 % la probabilité d’une saison moins active que la normale, avec seulement 2 à 6 ouragans attendus sur l’ensemble de la saison. Un scénario qui paraissait prudent au printemps et qui semble désormais beaucoup moins théorique.

À des milliers de kilomètres dans le Pacifique, El Niño brouille les cartes de l’Atlantique

Le principal suspect se trouve pourtant dans un autre océan. El Niño s’est fortement renforcé dans le Pacifique équatorial en 2026. Ce réchauffement périodique bouleverse les grands mouvements de l’atmosphère et ses effets voyagent sur des milliers de kilomètres, jusque dans les zones où naissent habituellement les ouragans atlantiques.

Selon le Climate Prediction Center de la NOAA, l’épisode pourrait devenir très intense durant l’automne. Dans l’Atlantique tropical, El Niño favorise justement les vents d’altitude qui cisaillent les systèmes orageux. C’est comme tenter de construire une tour pendant qu’une main invisible pousse sans cesse les étages supérieurs sur le côté.

Cette mécanique explique pourquoi un Atlantique chaud peut rester étonnamment calme. Elle rappelle surtout qu’un cyclone n’est jamais le produit d’un seul ingrédient. Température de l’océan, humidité, stabilité de l’air, vents et circulation tropicale doivent s’aligner presque parfaitement pour transformer une perturbation banale en véritable ouragan.

Ce silence spectaculaire ne signifie surtout pas que la saison 2026 est déjà terminée

Le piège serait maintenant de confondre calme prolongé et absence de danger. La saison atlantique se poursuit officiellement jusqu’au 30 novembre, et quelques semaines suffisent pour renverser totalement son bilan. Le National Hurricane Center rappelait encore le 19 septembre qu’aucun cyclone tropical actif n’était présent dans le bassin.

L’histoire fournit d’ailleurs un avertissement célèbre. En 1992, la saison avait commencé avec une étonnante discrétion avant l’arrivée de l’ouragan Andrew, devenu l’un des cyclones les plus destructeurs de l’histoire américaine. Une saison globalement calme peut donc contenir un événement exceptionnel, sans que les deux constats soient contradictoires.

Pour les climatologues, 2026 constitue déjà un laboratoire grandeur nature. El Niño montre à quel point l’atmosphère peut temporairement contenir une énergie océanique considérable. Reste désormais la question la plus intrigante : ce verrou atmosphérique tiendra-t-il jusqu’en novembre, ou l’Atlantique finira-t-il par rappeler brutalement de quoi il est capable ?

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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