Les fonds marins réservent parfois des métamorphoses inattendues. En Albanie, les vestiges du navire-hôpital Po accueillent désormais une biodiversité remarquable. Cependant, cette forteresse de métal attire aussi des prédateurs tropicaux particulièrement voraces. Ces observations récentes illustrent la transformation rapide de la mer Adriatique.

Un navire militaire italien coulé en 1941 devient un récif sous-marin foisonnant dans la baie de Vlora
Pendant la guerre italo-grecque, un avion britannique torpille le navire italien Po le 14 mars 1941. Le bâtiment sombre alors rapidement au large des côtes albanaises. Depuis ce drame, la carcasse d’acier repose par trente-cinq mètres de fond dans la baie de Vlora.
Au fil des décennies, la nature a repris ses droits sur la tôle rouillée. Une étude parue dans la revue Frontiers in Ocean Sustainability détaille ce phénomène naturel. Ainsi, différentes colonies d’éponges et d’algues recouvrent plus de 80 % de sa structure métallique.
Ce squelette industriel forme un récif artificiel propice au développement d’un écosystème foisonnant. Les invertébrés s’y fixent facilement pour créer un habitat solide. En outre, ce relief sous-marin procure un abri parfait aux poissons côtiers de passage.
Le retour inattendu du phoque moine de Méditerranée confirme le rôle protecteur de la carcasse d’acier
Les scientifiques ont recensé au moins vingt-huit espèces de poissons autour de cette carcasse. De plus, des calmars exploitent régulièrement les parois pour déposer leurs œufs. Cette nurserie sous-marine attire naturellement des prédateurs marins en quête de nourriture facile.
En août 2023, une découverte majeure a marqué les biologistes marins lors d’une plongée. L’équipe a photographié un phoque moine de Méditerranée tapi dans une cavité de l’épave. Pourtant, personne n’avait confirmé la présence de ce mammifère menacé dans ce secteur depuis 1996.
La rascasse volante colonise désormais ces eaux plus chaudes à plus de mille kilomètres de son milieu d’origine
Le refuge attire également des visiteurs indésirables qui inquiètent les spécialistes de l’environnement. Entre 2022 et 2024, les chercheurs ont dénombré sept rascasses volantes sur le site. Or, cette espèce invasive vivait historiquement dans la mer Rouge et l’océan Indien.
Ce poisson venimeux progresse vers le nord à cause du réchauffement des eaux. L’épave du Po se situe ainsi à environ 1 300 kilomètres de sa zone habituelle. Ces carcasses métalliques facilitent manifestement cette avancée en servant de relais aux colonisateurs.
La biologiste Simone Modugno alerte sur la prolifération rapide de ce prédateur venimeux. Selon elle, la forte salinité et les canicules marines accélèrent cette invasion. D’ailleurs, cette multiplication soudaine menace directement la chaîne alimentaire locale d’ici dix ans.
Ces sanctuaires artificiels bousculent la gestion des écosystèmes face à une métamorphose marine accélérée
Ces travaux scientifiques soulignent le double rôle des épaves historiques en mer Adriatique. D’un côté, ces structures protègent des animaux vulnérables contre la pêche industrielle. Cependant, elles procurent aussi des refuges parfaits aux prédateurs tropicaux opportunistes. Ce contraste saisissant interpelle désormais les biologistes.
Désormais, les gestionnaires de la réserve de Karaburun-Sazan suivent attentivement ces données. Le suivi régulier de ces récifs permettra d’anticiper les futurs déséquilibres marins. En effet, la conservation marine exige une veille constante face aux mutations climatiques.