Il mesure 55 kilomètres, plonge sous la mer et s’appuie sur deux îles construites de toutes pièces. Pourtant, le pont Hong Kong-Zhuhai-Macao a longtemps semblé démesuré. En 2026, un spectaculaire retournement de situation est venu bouleverser ce récit.

Pour traverser le delta, les ingénieurs ont dû faire disparaître la route sous la mer
Vu du ciel, l’ouvrage ressemble déjà à une anomalie géographique. Depuis 2018, le pont Hong Kong-Zhuhai-Macao relie trois territoires séparés par l’immense estuaire de la rivière des Perles. Toutefois, ses 55 kilomètres ne forment pas une simple succession de tabliers au-dessus de l’eau. En effet, une partie du trajet devait rester libre pour les navires.
La solution choisie tient presque du tour de passe-passe. Ainsi, la circulation plonge dans un tunnel sous-marin de 6,7 kilomètres, puis ressort quelques kilomètres plus loin. Pour assurer cette transition, deux îles artificielles ont été aménagées au milieu de la mer. Chacune couvre environ 100 000 m². De cette manière, les ingénieurs ont pu raccorder le tunnel aux sections aériennes du pont.
Le tunnel immergé est lui-même un monstre d’ingénierie. Il repose notamment sur 33 éléments préfabriqués, dont les sections standards mesurent environ 180 mètres. Certaines approchent les 80 000 tonnes. Ensuite, elles ont été transportées, immergées, puis assemblées sous l’eau avec une grande précision. Le chantier devait donc résister aux typhons, aux courants et au trafic maritime intense.
À son ouverture, les milliards dépensés semblaient difficiles à justifier
Une prouesse pareille avait forcément un prix. Les publications consacrées au chantier évaluent ainsi l’investissement global à environ 120 milliards de yuans. Cela représente près de 15 milliards d’euros, selon les conversions de l’époque. À l’origine, le projet devait accélérer les déplacements entre Hong Kong, Zhuhai et Macao. Il devait également renforcer une vaste zone économique intégrée.
Pourtant, les débuts ont rapidement refroidi les enthousiasmes. En 2019, le poste-frontière de Zhuhai enregistrait seulement 860 000 passages de véhicules sur l’année. Par la suite, les restrictions sanitaires ont encore bouleversé les déplacements transfrontaliers. Même si l’ouvrage pouvait absorber un trafic considérable, son image de structure surdimensionnée s’est donc durablement installée.
Une simple évolution administrative a soudainement changé la destinée du pont
Le retournement commence véritablement en 2023. À partir de cette date, de nouvelles règles permettent aux automobilistes de Hong Kong et de Macao de circuler plus facilement vers le Guangdong. Ils n’ont donc plus à respecter l’ancien système de quotas, beaucoup plus restrictif. Cette décision semblait discrète. Pourtant, son effet sur le pont allait devenir spectaculaire.
À Zhuhai, environ 9 000 véhicules franchissaient chaque jour le poste en 2023. Deux ans plus tard, la moyenne dépassait 18 000 véhicules par jour. De plus, certains week-ends et jours fériés approchaient même les 20 000 passages. Fin 2025, le pont avait déjà cumulé plus de 93 millions de passages de voyageurs depuis son ouverture. La tendance ne cessait donc de s’accélérer.
Puis arrive avril 2026. Durant les congés de Qingming, les autorités enregistrent 29 800 véhicules en vingt-quatre heures. Il s’agit ainsi d’un record absolu. Parmi eux, 22 800 portent une immatriculation de Hong Kong ou de Macao. L’ouvrage, autrefois en quête d’utilisateurs, devient donc soudain un axe très fréquenté.
En 2026, le pont commence enfin à ressembler à l’infrastructure imaginée en 2018
Le phénomène ne s’est pas essoufflé après ce record. Au contraire, les autorités estimaient que les déplacements de résidents de Hong Kong et Macao pourraient dépasser 20 millions de passages en 2026. Or, ce seuil a finalement été atteint dès le 27 août, selon les données attribuées au poste frontalier de Zhuhai. Cette progression a donc largement devancé les prévisions initiales.
Cette croissance change surtout la lecture du projet. Désormais, le pont n’est plus seulement une démonstration technique. Il contribue aussi à créer un espace où tourisme, travail et commerce franchissent plus facilement les anciennes frontières administratives. De plus, le trajet entre Hong Kong, Zhuhai et Macao dure désormais environ 45 minutes, contre plusieurs heures auparavant.
Reste une question fascinante. Lorsqu’une infrastructure paraît surdimensionnée pendant des années, puis devient indispensable, était-elle réellement inutile ? Ou a-t-elle simplement été construite trop tôt ? Dans le delta de la rivière des Perles, ce ruban de béton posé sur la mer offre finalement un laboratoire grandeur nature pour tenter d’y répondre.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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