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Ce mur d’acier soviétique de 150 mètres domine encore la forêt de Tchernobyl sans émettre le moindre signal depuis 1989

Un mur d’acier de 150 mètres domine toujours la canopée ukrainienne, à quelques kilomètres de la centrale accidentée. Ce radar soviétique est resté silencieux depuis 1989. Il a pourtant fait courir un bruit inexpliqué sur toutes les radios du monde pendant plus d’une décennie.

Le gigantesque radar soviétique Duga domine la forêt de Tchernobyl, sa structure d’acier rouillée s’étendant au-dessus de la canopée.
Le radar Duga se dresse encore au-dessus de la forêt de Tchernobyl, vestige monumental du système d’alerte soviétique de la Guerre froide, silencieux depuis 1989. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Un colosse d’acier soviétique caché depuis les années 1970 au cœur de la zone interdite de Tchernobyl

Une antenne aux dimensions démesurées perce la canopée, au milieu de la forêt qui borde la centrale nucléaire. Le radar Duga, surnommé le Pic-vert russe, s’élève sur 150 mètres de haut. Il s’étend sur environ 700 mètres de long, une masse assez massive pour apparaître sur les images satellite.

La structure a été construite entre 1972 et 1976 par l’Union soviétique. Elle ne ressemble à aucune antenne classique. Ce mur d’acier ondulé, presque hypnotique par sa régularité, semble avoir été taillé pour intimider plutôt que pour transmettre un simple signal radio.

Pour préserver le secret de son existence, le site portait le nom de code Tchernobyl-2. Sur les cartes soviétiques, il figurait comme une simple colonie de vacances pour enfants. Un faux arrêt de bus, orné de la mascotte ourson des Jeux olympiques de Moscou 1980, décourageait les curieux de s’approcher.

Un radar transhorizon conçu pour repérer des missiles à des milliers de kilomètres de distance

La mission de cette installation n’avait rien d’anodin. Elle appartenait au dispositif d’alerte précoce soviétique. Son rôle : détecter un lancement de missiles balistiques américains avant qu’ils n’atteignent le territoire de l’URSS. Pour cela, le radar exploitait une technique transhorizon, en faisant rebondir des ondes courtes sur l’ionosphère.

Grâce à ce procédé, il pouvait repérer des cibles à plusieurs milliers de kilomètres, bien au-delà de ce que permet normalement la courbure terrestre. Mais le système émettait aussi un bruit répétitif et puissant. Ce tic-tac gênant lui a valu le surnom de Russian Woodpecker chez les auditeurs du monde entier.

Une petite ville secrète réduite au silence par la catastrophe nucléaire de 1986

Faire fonctionner un tel complexe demandait une main-d’œuvre considérable. Le site employait près de 1 500 personnes : militaires, scientifiques et techniciens. Autour d’eux vivait une population d’environ 2 000 habitants, dédiée au bon fonctionnement de l’ensemble.

Une petite ville s’était organisée autour de cette installation stratégique. Le secret d’État la coupait du reste du monde. Mais l’histoire a basculé le jour où la catastrophe nucléaire de Tchernobyl a frappé, à quelques kilomètres seulement de là.

Dans le sillage de l’accident, le site a été définitivement abandonné en 1989. Sa proximité avec la centrale sinistrée et la contamination rendaient toute présence humaine durable impossible. Le géant militaire, surveillé jour et nuit jusque-là, s’est ainsi retrouvé livré à lui-même.

Une relique rouillée que la Russie a fini par réinventer ailleurs sur son territoire

Depuis cet abandon précipité, la structure métallique rouille lentement au cœur de la zone d’exclusion. Le site reste toutefois accessible lors de visites guidées encadrées. C’est une façon insolite de plonger dans les vestiges de la Guerre froide, sans oublier les risques présents dans la région.

Le concept de radar transhorizon n’a pourtant jamais disparu. La Russie l’a fait renaître ailleurs sur son territoire, avec le système Container. Même les échecs les plus marquants de la Guerre froide continuent ainsi d’inspirer des applications militaires bien réelles.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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