Aller au contenu principal

En Bretagne, les marées vertes reculent sur certaines plages, mais gagnent désormais les vasières

Certaines plages bretonnes semblent enfin respirer après des décennies de marées vertes. Mais derrière cette amélioration se cache un déplacement spectaculaire du phénomène : les ulves gagnent désormais les vasières, des espaces difficiles d’accès où le ramassage mécanique devient presque impossible.

Vasière en Bretagne à marée basse recouverte par des amas d’algues vertes, avec plage et littoral en arrière-plan.
Des algues vertes colonisent une vasière bretonne à marée basse, un milieu plus difficile à traiter que les plages – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Les plages donnent enfin quelques signes d’amélioration après des décennies sous surveillance

Sur certaines portions du littoral, le paysage change réellement. À la Lieue-de-Grève et dans la baie de La Forêt, les volumes ramassés ont nettement diminué entre 2014 et 2024. Douarnenez est restée globalement plus stable. La Cour des comptes observe aussi une évolution favorable ou stabilisée des surfaces dans plusieurs baies historiques.

Ce mieux relatif pourrait ressembler à une victoire. Pourtant, en prenant de la hauteur, la carte devient beaucoup moins rassurante. En 2024, les plages et vasières bretonnes représentaient 2 091 hectares d’échouages, soit 93 % des 2 237 hectares recensés à l’échelle nationale. La Bretagne concentre donc toujours l’immense majorité du phénomène français.

Pendant que le sable reverdit moins, les ulves investissent massivement les vasières

Le basculement est spectaculaire. En 2024, 84,1 % des surfaces bretonnes touchées se trouvaient sur des vasières : 1 759 hectares sur 2 091. Depuis 2008, ces secteurs vaseux ont vu leurs surfaces d’échouage progresser de 17 %. Autrement dit, le problème ne disparaît pas vraiment. Il change en partie de décor.

Le Morbihan se retrouve en première ligne puisqu’il concentre 58 % des surfaces de vasières affectées. Le seul golfe du Morbihan comptait 675 hectares touchés en 2024. Ces milieux sont autrement plus compliqués à traiter qu’une plage : sols meubles, accès difficiles et engins lourds inadaptés rendent les interventions mécaniques délicates.

Plus troublant encore, les chercheurs commencent à comprendre comment les ulves s’y maintiennent. Des travaux du CEVA menés dans la vasière de Cantizac ont mis en évidence des micropropagules hivernales capables de participer au redémarrage de la marée verte suivante. Une sorte de réserve microscopique, invisible pendant l’hiver, mais prête à repartir.

Des millions investis, mais le véritable carburant des marées vertes reste présent

Les moyens publics ont pourtant considérablement augmenté. Le troisième plan de lutte, prévu pour 2022-2027, atteint 128,6 millions d’euros, contre 56,1 millions pour le premier. Les dépenses préventives rapportées à la surface agricole sont également passées de 42,70 à 80,80 euros par hectare et par an.

Mais les ulves répondent moins aux budgets qu’à la chimie de l’eau. La Cour rappelle que la diminution des nitrates constitue le levier déterminant pour réduire significativement leur prolifération. En 2024, le Q90 moyen des stations bretonnes atteignait encore 32,69 mg/l, tandis que la concentration annuelle moyenne se situait à 25 mg/l.

Désormais, la bataille se joue aussi loin des plages que les touristes connaissent

Le problème est donc profondément terrestre. Les nitrates arrivent jusqu’au littoral par les cours d’eau, après avoir traversé les bassins versants. La pression azotée moyenne a diminué depuis 2015, mais le recul ralentit depuis plusieurs années. Pour la Cour des comptes, réduire durablement les marées vertes suppose donc d’agir en amont autant que sur les échouages visibles.

La justice a elle aussi accentué la pression. Le 13 mars 2025, le tribunal administratif de Rennes a jugé les mesures de l’État insuffisantes et lui a donné dix mois pour prendre les dispositions nécessaires afin de réduire effectivement les pollutions des eaux bretonnes par les nitrates agricoles.

Cette évolution change finalement la manière de regarder les marées vertes. Une plage moins couverte d’ulves ne signifie pas nécessairement que l’écosystème est guéri. Lorsque l’essentiel des échouages se déplace vers des vasières moins visibles et plus difficiles à atteindre, la vraie question devient presque dérangeante : comment combattre ce que l’on ne peut plus simplement ramasser ?

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *