Aller au contenu principal

Un scarabée de 4 centimètres a paralysé le chantier de l’A28 pendant 6 ans, obligeant à déplacer des arbres entiers

En Sarthe, la construction de l’autoroute A28 s’est heurtée à un obstacle inattendu : le pique-prune. Ce petit coléoptère protégé a paralysé les travaux entre Écommoy et Montabon pendant six ans, forçant les ingénieurs à repenser totalement le tracé pour sauver son habitat.

Un pique-prune accroché à l’écorce d’un vieil arbre, avec un chantier d’autoroute et une pelleteuse flous en arrière-plan.
Accroché au tronc d’un vieil arbre, le pique-prune symbolise le conflit inattendu entre biodiversité et grands travaux. En Sarthe, ce coléoptère protégé a contraint les ingénieurs à modifier le tracé de l’autoroute A28. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Un coléoptère protégé par l’Europe paralyse les pelleteuses de Cofiroute

Tout commence en 1996 lorsque le pique-prune est repéré dans la Sarthe. Ce scarabée de moins de quatre centimètres bénéficie d’un puissant arsenal juridique international, issu de la Convention de Berne de 1979. Dès 1997, le concessionnaire Cofiroute doit stopper ses machines entre Écommoy et Montabon.

Scientifiquement nommé Osmoderma eremita, cet insecte sédentaire franchit rarement plus de 300 mètres durant sa vie adulte. Sa larve grandit pendant deux à quatre ans dans le terreau des vieux arbres. Pour les entomologistes, sa présence atteste de la bonne santé écologique des forêts anciennes.

Les élus locaux s’agacent face à un casse-tête politique qui remonte jusqu’au gouvernement

L’arrêt des machines provoque la colère des représentants locaux. Gérard Burel, alors président du Conseil général de l’Orne, regrette que cette découverte survienne si tardivement. En 1999, le ministre de l’Environnement Jean-Claude Gayssot envisage même de modifier le tracé initial pour contourner la zone.

Les militants de France Nature Environnement Sarthe défendent activement le secteur boisé, limitrophe de la forêt de Bercé. L’ancien président des Amis de la forêt, Christian Damenstein, rappelle que l’argument juridique lié au scarabée restait leur unique moyen d’obtenir un infléchissement du projet autoroutier.

Face à cette impasse administrative et environnementale, les ministères concernés hésitent longuement à trancher. C’est finalement l’arbitrage d’Alain Lambert, ministre du Budget, qui débloque la situation. La décision est actée : l’infrastructure routière va opérer un contournement du bois abritant le coléoptère.

Des ingénieurs déplacent des arbres entiers pour contourner la zone sensible

Pour préserver les spécimens sans stopper définitivement l’axe de transport, des mesures inédites sont déployées en juillet 2003. Les constructeurs modifient l’emplacement d’un échangeur. Ils scient également la base des vieux châtaigniers habités afin de les réinstaller dans un espace naturel protégé.

Le redémarrage du chantier permet de finaliser la liaison vers Tours pour un montant de 300 millions d’euros. Les équipes doivent toutefois composer avec une autre contrainte biologique apparue tardivement. La découverte de l’écrevisse à pattes blanches impose de nouvelles mesures de sauvegarde locales.

Vingt ans après l’inauguration de l’A28, la cohabitation écologique s’avère durable

Les travaux se terminent finalement en 2005. Dominique de Villepin, alors Premier ministre, inaugure la portion finale le 21 octobre. Cet événement marque l’aboutissement d’un long projet global initié en 1987, profondément transformé par la prise en compte de la biodiversité.

Deux décennies après cette mise en service, le dispositif environnemental demeure pleinement actif sur le terrain. Une zone spécifique classée Natura 2000 fait l’objet d’une gestion rigoureuse par les services départementaux. Ce site garantit la pérennité des arbres têtards nécessaires à la survie du coléoptère.

Aujourd’hui, une dizaine d’exploitants agricoles volontaires s’associent à cette démarche de conservation locale. Ils replantent de jeunes châtaigniers greffés pour anticiper les futurs besoins de l’espèce. Le financement de cette opération est soutenu par des subventions de l’Union européenne.

Par Eric Rafidiarimanana, le

Catégories:

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *