Aux Bahamas, où un requin a mordu fin juin un baigneur américain de douze ans qui a survécu, l’effroi suscité par ces prédateurs se heurte aux chiffres : la probabilité d’y mourir d’une attaque reste de 1 sur 4,3 millions, contre 1 sur 79 746 pour la foudre.

Ce que l’on sait précisément d’une morsure survenue lors d’une excursion familiale dans les Exumas
Selon la Royal Bahamas Police Force, le drame remonte au mardi 23 juin 2026, vers 15h30, au large de Staniel Cay, dans les Exuma Cays. Un garçon américain de douze ans nageait avec son frère, lors d’une excursion familiale, quand un requin l’a mordu.
Transporté par bateau vers New Providence, le baigneur y a reçu des soins, et son état restait stable le lendemain. Quant à l’espèce en cause, les autorités ne l’ont pas identifiée, ce qui invite à la prudence. Il s’agit de la deuxième morsure non provoquée recensée aux Bahamas depuis le début de l’année.
Pourquoi les statistiques mondiales racontent une histoire bien moins effrayante que l’imaginaire collectif
Les chiffres proviennent de l’International Shark Attack File (ISAF), que tient le Florida Museum de l’université de Floride. En 2024, elle a recensé 47 morsures non provoquées dans le monde, dont quatre mortelles. L’année 2025 en compte 65, dont neuf mortelles, des totaux stables d’une décennie à l’autre, autour de six décès par an.
Le risque relatif, lui, surprend souvent. Mourir d’une attaque correspond à une probabilité de 1 sur 4 332 817, contre 1 sur 79 746 pour un foudroiement : la foudre frappe environ quatre fois plus souvent.
Pour les Bahamas, une idée reçue mérite correction. La carte « Bahamas et Antilles » de l’ISAF couvre la période « depuis 1749 », près de trois siècles, et non quatre cents ans comme on le lit parfois. Une trentaine d’attaques non provoquées y figurent sur tout cet intervalle, dont cinq morsures et aucun décès sur la décennie 2012-2021. Le « neuvième rang mondial » souvent cité reste un cumul historique, pas un taux de dangerosité.
Ce que la science révèle sur les mécanismes qui poussent un requin à mordre un être humain
Selon les chercheurs, la plupart des morsures relèvent d’une confusion d’identité : le requin prend un membre pour une proie. Les eaux troubles aggravent ce risque en réduisant la visibilité, tout comme les poissons-appâts qui attirent les prédateurs vers le rivage. Bien souvent, la morsure tient de l’investigation plutôt que de l’attaque.
« Les gens surfent là où il y a de belles vagues, et là où il y a de belles vagues, il y a de la turbidité, et là où il y a de la turbidité, il y a souvent des poissons-appâts qui attirent les requins. La turbidité réduit aussi la visibilité dans l’eau, ce qui complique la tâche des requins. Certains commettent des erreurs », explique Gavin Naylor, directeur du Florida Program for Shark Research (ISAF) au Florida Museum.
Plusieurs espèces fréquentent ces eaux, sans qu’aucune ne figure ici parmi les suspects. Le requin de récif des Caraïbes (Carcharhinus perezi), long de deux à trois mètres, compte parmi les plus communs autour des Bahamas et « mord rarement l’humain ». Le requin tigre (Galeocerdo cuvier), au régime très opportuniste, fréquente les eaux côtières troubles. Faute d’identification, la majorité des cas renvoient à une espèce inconnue.
Pourquoi l’archipel le plus protecteur du monde voit aussi croître les rencontres avec ses requins
Depuis 2011, les Bahamas interdisent toute pêche commerciale au requin. Le Bahamas National Shark Sanctuary couvre désormais quelque 630 000 km² et abrite plus de quarante espèces. Cette protection a transformé l’animal en atout économique : l’écotourisme requin et raie a rapporté quelque 114 millions de dollars à l’économie locale en 2014.
Davantage de requins préservés et de plongeurs présents, cela signifie aussi davantage de rencontres. Le risque, pourtant, demeure minuscule. Le véritable renversement se situe ailleurs, car la menace pèse sur le requin bien plus que sur le baigneur.
« Sur les 1 200 espèces, 30 % entrent dans la catégorie en danger. C’est énorme, d’autant que ces animaux ont réussi à persister depuis environ 330 millions d’années », rappelle Gavin Naylor. Derrière une morsure rarissime se joue donc la survie d’un prédateur ancien, et de l’équilibre marin qu’il maintient.
Par Julien, le
Catégories: Actualités, Animaux & Végétaux