Un petit réacteur chinois remet une vieille piste nucléaire sur la table. À Wuwei, dans le Gansu, le TMSR-LF1 sert surtout de banc d’essai, mais ses résultats récents intéressent déjà les États, les industriels et les chercheurs.

À Wuwei, un prototype discret teste une autre manière de produire de la chaleur nucléaire
Le site n’a rien d’une centrale commerciale. Le TMSR-LF1 développe 2 mégawatts thermiques, soit l’échelle d’un laboratoire, sans injection directe d’électricité sur le réseau. Sa portée vient plutôt du procédé testé : un combustible liquide mêlé à des sels fondus.
Un réacteur à sels fondus utilise un sel chauffé comme fluide de travail. Le combustible peut aussi y être dissous, comme du sucre dans un sirop très chaud. À Wuwei, le Shanghai Institute of Applied Physics pilote cette filière pour l’Académie chinoise des sciences.
Oak Ridge avait déjà montré le principe, mais l’industrie nucléaire a choisi une autre route
L’expérience de référence reste américaine. Le Molten Salt Reactor Experiment d’Oak Ridge, au Tennessee, a fonctionné de 1965 à 1969 et cumulé plus de 13 000 heures à pleine puissance. Alvin Weinberg, alors directeur du laboratoire, défendait cette voie pour produire de l’électricité.
Le programme américain n’a pas disparu après un échec technique net. Les choix industriels et stratégiques ont plutôt favorisé les réacteurs à eau, déjà compatibles avec la filière uranium. Le thorium, lui, intéressait moins un système bâti autour des usages civils et militaires de l’uranium.
La Chine a relancé cette branche en 2011. La construction du TMSR-LF1 a commencé en 2018, puis le réacteur a atteint sa première criticité, c’est-à-dire une réaction nucléaire auto-entretenue, le 11 octobre 2023. La pleine puissance a suivi en juin 2024.
Le thorium attire parce qu’il promet un cycle différent, pas parce qu’il efface les limites
Le jalon le plus suivi concerne le combustible. Selon l’Académie chinoise des sciences, l’équipe de Wuwei a obtenu en 2025 des données expérimentales sur la conversion thorium-uranium. Cette étape ne prouve pas une maturité industrielle, mais elle transforme une promesse en mesure de laboratoire.
Le thorium n’est pas un carburant prêt à brûler. C’est une matière fertile : sous irradiation, elle peut former de l’uranium 233, fissile, donc capable d’entretenir la réaction. La nuance compte, car elle sépare la ressource disponible du combustible réellement utilisable.
La sûreté passive et les futurs modules restent les deux tests décisifs de cette filière
Dans cette architecture, la sécurité passive attire l’attention. Le système cherche à tirer parti de la physique plutôt que d’un ordre informatique. Si le sel se dilate quand la température monte, la réaction ralentit, comme une file d’attente qui s’étire et bloque le débit.
Les sels fondus fonctionnent aussi à pression plus basse que l’eau des réacteurs classiques. Cet avantage peut simplifier certains scénarios de sûreté, sans supprimer les défis de corrosion, de chimie du sel et de maintenance. Le graphite, les alliages et les capteurs restent des pièces critiques.
La taille du démonstrateur impose la prudence. Un prototype de 2 MWth ne dit pas encore comment une chaîne industrielle gère les coûts, les déchets et les arrêts longs. À Wuwei, le circuit de sel reste suivi par des capteurs dans le désert du Gobi.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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