Derrière une croissance affichée comme solide, un autre récit se dessine en Russie. Comment une économie portée par l’effort de guerre peut-elle fragiliser ses propres fondations financières ? Entre crédits risqués, dettes massives et signaux d’alerte, un équilibre inquiétant se met en place.

Une croissance dopée par l’effort militaire qui masque des déséquilibres économiques profonds
Officiellement, les chiffres impressionnent. Avec près de 4 % de croissance en 2024, l’économie russe semble défier les sanctions internationales. Mais derrière cette façade, certains économistes parlent déjà de stagnation déguisée, une dynamique artificiellement entretenue par des dépenses publiques massives orientées vers l’effort militaire.
Ce modèle repose sur un moteur bien particulier : les banques. Depuis 2022, elles distribuent des volumes considérables de crédits pour soutenir l’industrie, notamment celle de la défense. Une stratégie efficace à court terme, mais qui transforme progressivement le système financier en colonne vertébrale sous pression.
Des banques transformées en piliers du financement militaire, au prix d’un risque croissant
Au cœur du système, certaines banques jouent un rôle clé. C’est le cas de Promsvyazbank, pilier du financement militaire. Longtemps présentée comme un symbole de résilience, elle a pourtant enregistré des pertes colossales en 2025, après avoir provisionné des centaines de milliards de roubles pour couvrir des prêts devenus incertains.
Ce phénomène ne se limite pas à un établissement isolé. L’ensemble du secteur bancaire commence à montrer des signes de fatigue. La baisse de 55 % des profits bancaires en un seul mois illustre une dégradation rapide, alimentée par la montée des défauts de paiement dans plusieurs secteurs économiques.
Une accumulation rapide de dettes risquées chez les ménages et les entreprises stratégiques
Les chiffres donnent le vertige. Fin 2025, les prêts problématiques atteignent plus de 10 000 milliards de roubles, un niveau en forte hausse. Officiellement, les retards de paiement restent contenus, mais les données internes révèlent une réalité bien plus fragile.
Du côté des ménages, la situation est encore plus préoccupante. Avec plus de 13 % de crédits jugés risqués, la politique de prêt facilité mise en place au début du conflit commence à produire ses effets secondaires. Une partie croissante de la population peine à rembourser ses dettes.
Mais le véritable point de tension se situe ailleurs. Les entreprises, en particulier dans les secteurs stratégiques, accumulent les emprunts. L’industrie de défense représente désormais plus de 23 % des crédits aux entreprises, un niveau inhabituellement élevé pour un secteur historiquement instable.
Un système sous tension entre resserrement du crédit et dépendance aux revenus énergétiques
Face à cette situation, les autorités tentent de reprendre le contrôle. La banque centrale a commencé à resserrer les conditions de crédit, ralentissant volontairement la distribution de nouveaux prêts. Une décision qui vise à éviter une surchauffe, mais qui freine également l’activité économique.
En parallèle, le pouvoir incite les grandes entreprises énergétiques à utiliser leurs profits pour réduire leur endettement. Une stratégie qui souligne une réalité : une partie du système repose désormais sur des équilibres précaires, dépendants des revenus pétroliers et gaziers.
Reste une inconnue majeure. Que se passera-t-il si les prix du pétrole chutent ou si les tensions internationales évoluent ? Dans ce scénario, les banques pourraient se retrouver en première ligne, contraintes de demander un soutien massif de l’État. Et derrière cette mécanique financière, c’est toute la stabilité économique qui pourrait vaciller.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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