Une équipe de Kiev propose d’utiliser certains astéroïdes proches pour raccourcir ou protéger de futurs trajets vers Mars et Vénus. L’idée intrigue, car elle promet moins de carburant et moins d’exposition aux radiations. Mais, pour l’instant, elle reste très théorique.

Publiée fin 2024, cette étude repère 120 astéroïdes capables d’enchaîner des passages utiles vers Mars et Vénus
Le texte source avançait 2026. En réalité, les auteurs ont déposé la prépublication sur arXiv le 22 octobre 2024. Deux chercheurs de l’université Taras-Chevtchenko de Kiev passent au crible plus de 35000 objets géocroiseurs pour repérer des itinéraires.
Leur tri aboutit à 120 candidats pour des transferts que les auteurs jugent rapides, en moins de 180 jours. Ensuite, l’étude décrit des routes entre Terre, Mars et Vénus. Elle ouvre même la porte à des liaisons planète à planète sans retour préalable par la Terre.
Le pari des chercheurs repose sur un abri naturel : la roche pourrait réduire l’exposition aux radiations
L’idée centrale ne consiste pas à se poser sur Mars plus vite à tout prix. Elle consiste d’abord à utiliser la roche comme bouclier passif. C’est crucial, car la NASA classe toujours les radiations parmi les grands risques des vols habités lointains.
En clair, des travaux antérieurs ont déjà évoqué cette piste. Un vaisseau pourrait rejoindre un astéroïde proche, puis profiter de sa masse. Ainsi, l’équipage passerait une partie du trajet à l’abri d’un abri minéral déjà présent.
Pour vous, l’intérêt est simple à saisir. Moins de temps dehors, c’est moins d’exposition cumulée. Toutefois, un gros caillou spatial ne règle pas tout. Il ne supprime ni la microgravité, ni la complexité médicale d’une mission habitée.
Sur le papier, certains trajets tombent à 180 jours, mais ce gain ne règle pas encore le vrai casse-tête technique
Le chiffre qui frappe, c’est 180 jours. Dit autrement, six mois. Or, un trajet classique vers Mars tourne déjà autour de 200 jours pour certaines missions robotiques. Le gain potentiel existe donc, mais il ne ressemble pas à un saut spectaculaire.
Le vrai verrou apparaît ailleurs. L’étude trie des orbites, pas des véhicules prêts au départ. Elle ne dit pas comment rejoindre l’astéroïde, y vivre, puis repartir. Bref, la fenêtre de tir existe sur le papier, pas encore dans un programme spatial.
L’idée reste fragile : la prépublication n’est pas relue par des pairs et ne décrit ni rendez-vous ni vie à bord
Autre point décisif, ce travail reste une prépublication scientifique. ArXiv diffuse des manuscrits avant l’évaluation par les pairs. Vous devez donc lire ces résultats comme une proposition sérieuse, mais provisoire. Ils ouvrent une piste, ils ne valident pas une future mission.
Les auteurs le reconnaissent d’ailleurs. Leur liste dépend du catalogue disponible en 2024. Comme de nouveaux objets proches sont découverts chaque année, les candidats peuvent bouger. Certains deviendront plus intéressants. D’autres sortiront simplement du radar des planificateurs.
Ce qu’il faut retenir est plus modeste et plus solide. Des astrophysiciens ont trouvé des trajectoires intéressantes. En revanche, ils n’ont pas construit le mode d’emploi d’un voyage habité. Pour l’heure, l’autoroute d’astéroïdes reste une carte prometteuse, pas un billet.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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