
Des fouilles dans le nord du Soudan ont révélé les premiers documents attestant de l’existence de Qasqash, souverain de l’ancien royaume chrétien de Makuria, jusqu’alors uniquement connu à travers des légendes largement postérieures à son règne.
Le souverain du royaume chrétien de Makuria
Réalisée par des chercheurs de l’université de Varsovie, la découverte est intervenue à Dongola, capitale historique de Makuria. Comme l’explique l’étude publiée dans la revue Azania, jusqu’à présent, le roi Qasqash était uniquement brièvement mentionné dans un ouvrage hagiographique datant du début du XIXᵉ siècle, ce qui avait poussé de nombreux chercheurs à le considérer comme une figure semi-légendaire.
« L’ordre émis au nom du roi Qasqash démontre son existence historique et offre un aperçu rare de la dynamique politique et économique de Dongola lors d’une période de l’histoire du Soudan marquée par de profonds bouleversements », note le chercheur Tomasz Barański. « Il nous aide à comprendre le fonctionnement de l’autorité royale et éclaire les changements culturels intervenus à la fin du Moyen Âge dans la vallée du Nil moyen. »
Abordant essentiellement des questions administratives, ce manuscrit daté du début du XVIIᵉ siècle suggère que Qasqash et sa cour supervisaient la distribution des biens et du prestige au sein d’un système hiérarchique reliant étroitement dirigeants et sujets.
Si sa rédaction en arabe reflète l’islamisation progressive de la région, il est probable qu’à cette époque, les communautés situées à l’écart de Dongola continuaient à parler des langues nubiennes.

Un style et un support révélateurs
L’équipe évoque un degré de conservation remarquable, le distinguant des autres manuscrits très fragmentaires mis au jour à Dongola. L’analyse stylistique révèle une maîtrise imparfaite de l’arabe, caractérisée par des tournures grammaticales atypiques et une calligraphie relativement simple. Selon l’équipe, ces éléments laissent penser qu’il n’était pas la langue maternelle des fonctionnaires locaux.
La nature irrégulière du support suggère également qu’il s’agissait d’un brouillon plutôt que de la version finale de l’ordre royal. Ce manuscrit a été découvert au sein d’un vaste complexe résidentiel lié à l’élite de Dongola, en raison de la présence d’artefacts précieux, notamment des textiles en coton, lin et soie, et des objets en ivoire d’éléphant et de rhinocéros.
Pour Barański, le fait que les locaux désignent depuis longtemps ces vestiges comme la « demeure du roi » illustre également l’importance de la tradition orale pour orienter les fouilles archéologiques.
Au cas où vous l’ignoriez, le Soudan est le pays qui compte le plus de pyramides, loin devant l’Égypte.
Par Yann Contegat, le
Source: Heritage Daily
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