En Alsace, plusieurs projets industriels creusent à des kilomètres sous terre pour exploiter la chaleur naturelle et le lithium dissous dans l’eau. Soutenue par l’État, cette technologie promet énergie locale et batteries. Mais sur le terrain, les mini‑séismes et les inquiétudes des habitants alimentent un débat vif.

En Alsace, des forages profonds cherchent à produire chaleur et lithium pour soutenir la transition énergétique française
Au milieu des champs près de Betschdorf, une tour métallique de 51 mètres domine le paysage. L’entreprise Lithium de France prépare ici un forage profond destiné à exploiter la chaleur naturelle du sous‑sol alsacien.
Le principe reste simple. Les ingénieurs injectent de l’eau froide à plusieurs kilomètres sous terre. L’eau remonte ensuite autour de 150 degrés. Cette eau géothermale peut alimenter des réseaux de chaleur. Parallèlement, l’entreprise vise l’extraction de lithium dissous utile aux batteries.
Pourquoi l’État soutient ces projets industriels capables de produire chaleur locale et lithium pour batteries électriques
Ces installations intéressent fortement le gouvernement. Début février 2026, le ministre Jean‑Noël Barrot s’est rendu sur place pour défendre cette technologie. Selon l’exécutif, elle pourrait renforcer la souveraineté énergétique et réduire la dépendance aux importations.
Le sous‑sol alsacien présente un avantage rare. L’eau chaude y apparaît moins profondément qu’ailleurs en France. La géologue Julie Maury, du BRGM, explique que cette configuration facilite l’exploitation de la géothermie profonde.
En parallèle, les industriels misent sur la production de lithium. Lithium de France vise environ 1 500 tonnes d’équivalent carbonate chaque année. Ce matériau sert de base aux batteries des véhicules électriques.
Des secousses parfois ressenties en surface alimentent les craintes autour des projets de géothermie profonde
Cependant, ces forages peuvent provoquer des secousses. Les spécialistes parlent de sismicité induite. Ces tremblements restent généralement faibles. Toutefois, ils se produisent souvent plus près de la surface que les séismes naturels.
La région en a déjà fait l’expérience. En juin 2021, un projet à La Wantzenau a provoqué une secousse de magnitude 3,9. Depuis, plusieurs installations ont été stoppées ou suspendues dans le nord de l’Alsace.
Entre promesses énergétiques et inquiétudes locales, habitants et élus demandent des garanties sur les risques
Dans certains villages proches des sites, l’inquiétude reste forte. Des habitants redoutent les risques sismiques et les nuisances. Certains évoquent aussi pollution sonore, odeurs ou éclairage nocturne autour des installations industrielles.
Les opposants citent aussi des précédents. À Lochwiller, un forage ancien a laissé des maisons fissurées et des rues abîmées. En Allemagne, la ville de Staufen‑en‑Brisgau subit encore un soulèvement du sol après un projet géothermique.
Face à ces critiques, les industriels insistent sur la sécurité. Les opérateurs promettent une surveillance sismique continue. Au‑delà d’un seuil précis, les travaux s’arrêtent automatiquement. Ensuite, seule la préfecture peut autoriser une reprise des forages.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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