Aller au contenu principal

Une expérience simple, un résultat déroutant : pourquoi les corneilles viennent de bouleverser ce que l’on croyait savoir sur l’intelligence

Et si l’intelligence n’avait pas la forme qu’on lui prête ? Aujourd’hui, des corneilles noires réussissent un test de géométrie abstraite qui ébranle plusieurs certitudes scientifiques. Jusqu’ici, repérer une irrégularité sans apprentissage spécifique semblait réservé à l’humain. Désormais, cette expérience pousse à repenser nos critères et à regarder autrement l’intelligence animale.

Corneille noire observant des formes géométriques sur un écran lors d’une expérience scientifique sur l’intelligence animale
Une corneille noire face à un écran affichant des formes géométriques, au cœur d’une expérience scientifique sur la reconnaissance visuelle et l’intelligence abstraite – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Une tâche qui semble ludique mais qui mobilise en réalité des mécanismes cognitifs complexes et abstraits

À première vue, le protocole ressemble à un jeu. Concrètement, six formes géométriques apparaissent sur un écran : cinq identiques, une différente. La corneille doit alors identifier l’intruse pour obtenir une récompense. Au début, l’exercice paraît simple. Cependant, la difficulté augmente rapidement. Progressivement, les différences évidentes disparaissent au profit de variations infimes d’angles, de symétrie et de régularité.

Or, les chercheurs observent un phénomène inattendu. En effet, les oiseaux réussissent dès les premiers essais, même face à des figures totalement inédites. Ainsi, ils ne mémorisent pas une forme précise. Au contraire, ils comprennent un principe abstrait. Dès lors, l’expérience dépasse le simple conditionnement et révèle un véritable raisonnement cognitif.

Comprendre pourquoi distinguer une irrégularité géométrique révèle un niveau d’abstraction longtemps attribué à l’humain

Repérer une forme irrégulière au sein d’un ensemble homogène demande bien plus que percevoir une différence de taille ou de couleur. En pratique, cette tâche impose d’analyser des relations spatiales complexes, de comparer des proportions et, surtout, de détecter des déséquilibres subtils, parfois invisibles au premier regard.

Jusqu’à récemment, les scientifiques associaient cette compétence à l’intuition géométrique humaine. Elle permet, par exemple, de reconnaître un carré légèrement déformé ou un visage asymétrique. Pourtant, les corneilles réussissent cet exercice sans langage, sans symboles et sans apprentissage spécifique. Par conséquent, cette performance remet en cause une vision trop anthropocentrée de l’intelligence.

Le contraste avec les primates remet en question nos critères classiques pour évaluer et comparer l’intelligence animale

Le point le plus déstabilisant apparaît lors de la comparaison avec d’autres espèces. Dans des expériences similaires, des babouins, pourtant plus proches de l’humain sur le plan évolutif, n’atteignent pas les mêmes performances, même après un entraînement approfondi. Dès lors, une question s’impose. L’intelligence dépend-elle réellement de la taille du cerveau ou de la présence d’un cortex développé ?

Les résultats apportent une réponse claire : non. Les corneilles, bien qu’elles en soient dépourvues, démontrent une efficacité remarquable. Leur atout repose plutôt sur une organisation neuronale alternative, plus compacte, mais particulièrement performante pour certains traitements cognitifs. Ainsi, une conclusion s’impose : il n’existe pas une seule architecture de l’intelligence.

Ce que cette découverte change dans notre compréhension de l’intelligence animale et des chemins de l’évolution

Cette découverte ne se limite pas aux corneilles. Plus largement, elle pousse à repenser la manière dont l’intelligence est définie, évaluée et hiérarchisée. Encore une fois, la nature montre qu’elle contourne sans difficulté des catégories humaines trop rigides.

De fait, les corneilles utilisent des outils, planifient leurs actions, reconnaissent des visages et, désormais, manipulent des concepts géométriques abstraits. Elles accomplissent tout cela avec un cerveau très différent de celui des mammifères. Dès lors, le message devient évident : l’intelligence est multiple, façonnée par l’évolution et capable d’émerger sous des formes inattendues.

Enfin, cette expérience pourrait bien marquer un point de départ. Derrière cette porte à peine entrouverte, d’autres espèces et d’autres formes de cognition pourraient apparaître. Ainsi, des capacités encore insoupçonnées attendent peut-être d’être révélées. Pour l’instant, la recherche scientifique avance avec méthode, prudence et curiosité, consciente de n’en être qu’aux premiers pas aujourd’hui.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

Source: Sciencepost

Étiquettes: ,

Catégories: ,

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *