Un satellite en bois : ce n’est ni un mythe japonais, ni un délire d’artisan. C’est un pari très sérieux de Kyoto, observé de près par la NASA, avec un bois sacré : le magnolia. Ce matériau ancestral pourrait bien, contre toute attente, apporter des solutions concrètes aux crises spatiales actuelles.

Dans le vide spatial, le bois montre une stabilité surprenante face aux métaux
Sur Terre, le bois est vulnérable : il se dégrade, il absorbe l’humidité, il craint le feu. Mais dans l’espace, ces ennemis disparaissent. Pas d’oxygène, pas d’eau, pas de vie microbienne. Ainsi, le vide agit comme un stérilisateur absolu. Le bois devient alors un matériau d’une stabilité inattendue.
Par conséquent, des tests rigoureux menés à bord de l’ISS l’ont confirmé. Plusieurs essences de bois ont été exposées pendant une année à l’environnement spatial : vide, radiations, températures extrêmes. Les résultats ont surpris les chercheurs : aucun signe de dégradation, pas de perte de masse, pas de fissures. Une performance remarquable.
Mais ce n’est pas tout. En effet, le bois amortit naturellement les vibrations, grâce à sa structure cellulaire. Il s’agit donc d’une propriété idéale pour protéger les composants sensibles pendant le lancement. De surcroît, c’est aussi un excellent isolant thermique, bien plus performant que le métal face aux variations brutales de température.
Le magnolia japonais, choisi pour sa précision d’usinage et son héritage artisanal
Ce n’est pas n’importe quel bois qui a été choisi pour LignoSat. En effet, les chercheurs japonais ont porté leur choix sur le magnolia du Japon (Honoki). Une essence vénérée, utilisée depuis des siècles pour les fourreaux d’épées ou les instruments chirurgicaux. Pourquoi ? Car il est uniforme, stable, précis à l’usinage. De plus, les équipes de Kyoto ont réutilisé le savoir-faire ancestral du Sashimono, un art d’assemblage japonais qui permet de créer des structures entièrement emboîtées.
Ainsi, zéro colle, c’est zéro dégazage toxique dans le vide. Pas de vis = moins de points de fragilité. On assiste donc ici à une fusion entre artisanat traditionnel et haute technologie, où la nature inspire l’innovation la plus pointue. Par ailleurs, ce choix matériel s’inscrit dans une logique d’écoconception poussée.
Une alternative propre à l’aluminium pour protéger notre haute atmosphère
Pourquoi ce projet intéresse-t-il autant la NASA ? Pour une raison simple : les satellites classiques, en fin de vie, laissent dans leur sillage des particules d’alumine en se consumant dans l’atmosphère. En effet, ces micro résidus métalliques peuvent altérer la couche d’ozone ou modifier le bilan radiatif terrestre. En comparaison, en brûlant, le bois ne produit que de la vapeur d’eau et du CO2, sans déchets persistants.
Dans un contexte où les méga-constellations de satellites explosent (merci Starlink), l’enjeu est colossal. Ainsi, construire des satellites biodégradables, c’est assurer une fin de vie propre et durable, et éviter un jour de devoir fermer l’accès à l’espace. D’autant plus que cette solution s’inscrit dans les grandes orientations d’une conquête spatiale responsable.
Conçus sans métal, ces satellites permettent une architecture plus simple et fiable
Un dernier avantage, et non des moindres : le bois n’est pas conducteur. Contrairement au métal, il ne bloque pas les ondes électromagnétiques. Cela veut dire qu’on peut intégrer les antennes à l’intérieur du satellite, sans système de déploiement extérieur. Résultat ? Moins de pièces mobiles, moins de pannes, et une forme plus compacte et économique. Ce gain de simplicité s’avère crucial dans un secteur où la fiabilité prime.
Par conséquent, pour les CubeSats, très prisés par les universités et les start-up, chaque gramme compte. Le bois permet de réduire les systèmes mécaniques, d’intégrer l’électronique au cœur de la structure, et de simplifier la fabrication. C’est une façon directe d’allier économie, efficacité et durabilité dans l’ingénierie spatiale.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Source: AmphiSciences
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